‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 177 sur 311 · Corr., 1, 12% (12 sept · texte numérisé non relu

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7. L'opinion de Vigny sur Chateaubriand a curieusement varié. En 4824, il est le « grand homme qui a laissé la France sans ministre » (Corr., I, 20, 28 août 1824) ; peu après, il aurait dit de lui, au témoignage d’Edmond Géraud: : « Oui, M. de Chateaubriand s’est fait diplomate comme Dieu s’est fait homme. H faut espérer que ce sera, aussi, pour nous sauver, mais il est descendu du ciel. » (Un homme de lettres sous la Restauration, 226). En 1839, Chateaubriand west plus qu’un «esprit inquiet de ne pas voir assez reconnue son habileté diplomatique »- (Corr., I, 114). Après 1840, ce sera bien pis.

BATIMAT.

parce qu’elle captive les médiocrités par cette. sorte d'habitude qu'on a de se tenir droit à l’église quand on y est prêché (1) ».

Victor Hugo, souple flatteur des majorités successives, fréquente au: Pavillon de Marsan, flatte Molé et Pasquier, brigue la pairie, et obtiendra bientôt. Avant que la mort de Léopoldine ne lattendrisse sur la souffrance humaine, Vigny semble invectiver son ancien ami en vers secrets, mais très durs (2). Dans cette brigue uni-

1. Et c’est peu avant qu’il lui écrivait : « Quelle grâce charmante vous mettez à tout, mon ami ! » (déc. 1840, Corr., 1, 127). Vigny était très probablement jaloux de voir Lamartine développer avec succès à la tribune des idées voisines de celles que lui-même eût aimé développer en ce même lieu. En 1843, Lamartine:cherchait à arracher à la Chambre une loi consacrant la propriété littéraire à longue durée : il combattait Berville et le rapporteur Portalis « Du moment, répond-il à Portalis, que le travail est le premier titre de propriété, il n’est personne parmi: vous... qui conteste la qualité de travail à ce produit magnifique et saint que la nature a donné, à l’homme ». Et, à Berville : « Dans un noble langage, il {Berville] a mis une couronne sur le front de la pensée, mais n’oubliez pas que c’est la couronne suspecte, la couronne injurieuse de Platon chassant les poètes de sa république. » N'est-ce pas comme un écho de Stello ? Voici un passage où reparaît une idée éparse dans toute l’œuvre de Vigny : « Le caractère du génie est précisément de marcher si loin.en avant de sonsiècle qu’il n’en est pas reconnu, ou bien de lui apporter des vérités si hostiles aux préjugés qu’elle [la Société] les persécute et les tue, pour que ces vérités ne troublent pas son repos ». Plus loin, une allu. sion à la destruction des fortunes héréditaires, dont souffrit Vigny : « En entrant dans la vie, ces jeunes hommes de lettres avaient autrefois des carrières, des patrimoines indirects qui les préservaient de ces excès dont nous rougissons ». Il terminait ainsi : «On a parlé de moi en termes trop bienveillants dans cetteaffaire : je n’en parle pas moi-même. Je sais les limites de mon horizon borné, borné par mon nom, borné par ma fortune d'homme de lettres. (Rumeurs négatives). Je n’ai pas d'enfants. Je suis désintéressé par le côté de la gloire, par la médiocrité de mes œuvres : elles ont eu déjà plus que ce qu’elles méritent (Won ! non!) Je suis désintéressé du côté de l’avenir par ma solitude ici-bas. Mais mon bonheur, ma fortune, ma gloire seraient, je l’avoue, d'obtenir de la justice de mon pays cette loi généreuse,.ce patrimoine de quelques années de plus pour mes maîtres, mes émules et mes amis. » (Très bien | Très bien ! M. de Lamartine en descendant de la tribune, reçoit de nombreuses félicitations), (Moniteur Universel, 24 mars 1841, p. 728). Durant les mois suivants, ii semble qu’un dîner en tête à tête ait contribué

* à la brouille des deux poètes (E. Dupuy, À. pe V., Les amitiés, le rôle littéraire,

I, 304); pourtant le 28 août, Vigny proteste encore de son amitié pour lui et même, chose bizarre, se porte garant de sa passion politique (à Mme de Lagrange Letires inédites, 97). Trois ans plus tard, la prédilection avouée de Lamartine pour Aimé Martin, concurrent de Vigny au fauteuil! de Nodier, dut élargir la séparation.

2. BALDENSPERGER, Un poème inédit d’ A! de V.,(R. H. L.1917),223. Ce morceau présente plusieurs singularités de sens et de langue : éloge outrancier de Charles X, attaque contre Thiers, expressions peu accoutumées comme lupanar et ripailles, platitudes telles que «et forcer à roupir la France et les beauxarts ». Son destinataire, le comte lœventhielm, avait été rencontré par Vigny en Angleterre (1839).

verselle, les volontés « s'évaporent » ; on se prendrait, par intervalles, à regretter le pouvoir absolu (1). Vigny comprend le mépris de Byron pour les assemblées de son pays, si semblables aux nôtres (2), et, quand il hérite du Maine-Giraud, il constate mélancoliquement : « Les impositions sont énormes et me donnent le droit d’être député ; c’est justement ce que je ne veux pas être (3) ». A quoi bon s’avilir, quand on est poète, à distribuer des bureaux de tabac (4) ? Sans cesse, il découvre quelque trait contre « l’intrigante bourgeoisie » et, s’enfonçant dans l’erreur historique de Cinqg-Mars, il semble ne faire la chute de la Monarchie que l'issue d’un complot ourdi pendant trois siècles (5).

A cette bourgeoisie, si impatiente de former une Cour nouvelle, il adresse le sonnet suivant (1842) :

« Eh quoi, vous désertez votre sage comptoir Pour bâtir des châteaux, prudente bourgeoisie | Vous qui portiez jadis courte robe à fond noir Y voulez-vous broder le noble écu d’Asie ?

Dame Pernelle, assise en votre humble manoir, Vous y formiez jadis société choisie,

Et, lorsque les auteurs venaient lire et s’asseoir, Ils ne voulaient qu’avoir fleuron de poésie.

Eh quoi, vous les fardez des couleurs d’un blason Mal singé des pennons qu’en nos belles années Nous pendions teints de sang au seuil de la maison ?

Tremblez que, réveillé par votre ambition, Le bourreau qui faucha nos têtes couronnées Ne soit un jour trompé par la peau du lion ! (6) »

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