‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 183 sur 311 · Corr., 1, 150 (31 janv · texte numérisé non relu

Corr., 1, 150 (31 janv

9. La Mort du Loup a pour décor les environs du Maine-Giraud. Un brouillon porte cette note au crayon: « Regarde ce qu’hier j'ai vu en France au milieu des bruyères que tu aimes et près du vieux château qui t’est cher... » (Inédit).

3. « À ne jamais entrer dans le pacte des villes » (P., 217). 4 Je 117.

T1 ne fut pas exaucé. En 1840, on le verra revenu à la formule de 1834 (1). À Lamartine qui vient de perdre son père : « Comme je sais qu’il n’y a pas de consolation, ie ne tenteraïi pas de vous en donner (2) ». En 1842, il fait pour lui-même l'apologie de Caïn (3). Dans un fragment inachevé de 1843, « Croyance et Religion », il oppose l'intérêt spéculatif de la première à la valeur purement pratique de la seconde (4). :

Durant toute cette époque, sa pensée religieuse est dominée par a lecture de la Vie de Jésus de Strauss (5).

Le Mont des Oliviers, comme des fragments de la Deuxième Consullation portent la marque du christologue allemand.

«L'auteur, disait Strauss dans la Préface de la {re édition, sait que lessence interne de la religion chrétienne est complètement indépendante de ces recherches critiques. La connaissance surnaturelle du Christ, ses miracles, sa résurrection, son ascension au ciel demeurent d’éternelles vérités, à quelque doute que soit soumise la réalité de ces choses en tant que faits historiques. Un chapitre, à la fin de l'ouvrage, montrera que le sens dogmatique de la vie de J'sus n’a souffert aucun dommage ». Il est ‘très vraisemblable ‘que Vigny a admis la partie critique du livre. Dans sa dissertation finale, considérant son champ de bataille, jonché de ruines, Strauss ajoutait avec onction : « La piété se détourne avec horreur d’un attentat si affreux (6) ». Et l’hégélianisme lui offrait le moyen de concilier deux contradictoires, de satisfaire tout ensemble la science et la foi, par une interprétation mythique de la personne de Jésus-Christ. « L'idée de l’umité des natures divine et humaine n’est-elle pas, si j’en conçois l’humanité comme la réalisation, une idée réelle dans un sens infiniment plus élevé que si j'en limite la réalisation à un individu ? Une incarnation éternelle de Dieu n'est-elle pas plus vraie qu’une incarnation bornée à un point dans le temps ? Telle est la clef de toute la christologie, Placées dans un individu ou dans un homme, les propriétés ou les fonctions que l'Eglise attribue au Christ se contredisent : elles concordent dans l’idée de l'espèce. L’humanité est la réunion des deux natures : le Dieu fait homme, c’est-à-dire l'Esprit infini qui s’est ahéné lui-même jusqu’à la nature finie, et PEsprit fini qui se souvient de son infinité. » (7)

Rien ne permet de dire que Vigny ait souscrit à cette dialectique hégélienne. Le caractère fini du Christ Jui apparaît seul, et ce n’est,

1. cf. J.,86. 2. Corr., 124. 3. J., 160 (1840). 4. J., 464 (1849. 5. J., 188 (1839). 6. Srrauss, o. c., 666. 7. Ibid, 711-744.

pas Cun instant», comme son Stello de Daphné (1), c’est pour toujours qu’il oublie le Dieu.

Mais les dernières pages de Strauss rétablissaient pour lui, en un sens différent de celui qu'avait cru l’exégète, le caractère divin du Christ-Humanité. «[L’humanité], disait Strauss, est celui qui fait des miracles, car, dans le cours de l’histoire humaine, l’esprit maîtrise de plus en plus complètement la nature, au-dedans comme au dehors de l’homme, et celle-ci, en face de lui, descend au rang de matière inerte sur laquelle son activité s'exerce. Elle est l’impeccable, car la marche de son développement est irréprochable. Elle est celui qui meurt, ressuscite et monte au ciel, car, pour elle, du rejet de sa naturalité procède une vie spirituelle de plus en plus haute. Eh quoi, nous prendrions à quelques guérisons opérées en Galilée un plus haut intérêt qu'aux miracles de la vie morale et de l’histoire du monde, qu’à la domination croissante et irrésistible de l’homme sur la nature ? »

Le Christ est donc « l'individu qui réalise l’idée substantielle » de l'humanité ; et c’est à ce caractère tout humain, mais synthétique, que Vigny s'arrête dans sa figuration du Christ, même quand il a dépouillé son poème de quelques vers d’un ton brutalement agressif (2). Le Christ a accompli une révolution : celle d’interpréter la nature symboliquement. Par là, il a fondé l’idéalisme ; il a substitué l'Esprit à la Chair, la Pitié à la violence. Il revit et ïl souffre dans toutes les douloureuses conquêtes de la Bonté humaine, dans tous les outrages dont gémit l'Humanité. Désormais, c’est l'Humanité qui s’érige en hypostase divine.

Ainsi, la figure de Jésus-Christ revêt-elle, et non plus incidemment comme dans Daphné, une portée sociale. « Jésus, lit-on dans un brouillon du poème — se confesse de l’avenir et pleure les crimes qu’engendreront ses paroles... L’Égalité fera couper les têtes les plus hautes et les plus belles » Voilà pour la Terreur, voici pour les maistriens :

« Père Libérateur | Jette aujourd’hui, d'avance, etc. »

L’idée du Christ n’est devenue pour Vigny, sous l'influence des exévètes allemands, que le véhicule qui permet à la Pitié, engloutie dans l’échec de Stello, de reparaître au seuil des Destinées.

Dès 1834, Tocqueville avait publié De la Démocratie en Amérique;

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