‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 187 sur 311 · Corr., I, 126 (8 déc. 1840). 6. Corr., L · texte numérisé non relu

Corr., I, 126 (8 déc. 1840). 6. Corr., L

7. J. R. D. M., 720 (1840). C’est l'attitude de Lamartine qui disait le 26 mai 1840 : « Je ne suis pas de cette religion napoléonienne, de ce culte de la force, que l’on veut, depuis quelque temps, substituer dans l'esprit de la nation à la religion sérieuse de la liberté. » (Le Moniteur Universel, 27 mai 1840). Le Courrier Français, le National, le Constitutionnel, le Siècle blâmèrent Lamartine.

Le Constitutionnel du 14 septembre le renvoya dédaigneusement à la poésie (cf...

La paix conservée, reste à fonder une morale politique nouvelle. Le premier de ses principes est la Discipline sociale, dont le poème de la Flûte renferme l'expression. Le symbole de la Flûte semble provenir d’une réminiscence d’Hamlet ; Pinfluence de La Bruyère et celle de Bonald y sont perceptibles (1) ; mais on doit en chercher les vraies sources dans l'expérience de Vigny lui-même.

Le Pauvre de la Flûte est une évocation — sans bienveillance —

du Prolétariat rempli d’'amertume. Il est conçu en même temps que cette Troisième Ébauche de la Deuxième Consuliation (17 octobre 1840) où les « communistes jaloux » tuent celui qui vient les sauver (François), au eri de:« la quitté la blouse ». Hostile au socialisme, Vigny ne craint plus le socialisme : ses « ambitions folles » n’ont engendré que des « entreprises avortées ». C’est l’époque aussi, on Pa vu, où Vigny condamnait durement le Saint-Simonisme. Le Pauvre s’est cru un émule de Lamennais ou.d'Enfantin.

RER Chef de religion, De tous les écoliers, c’est la contagion ».

Après 1832, les efforts « théosophiques » sont abandonnés, mais 1 subsiste des écoles et des journaux révolutionnaires, de très faïble tirage et de vie incertaine, pour propager le fouriérisme et les utopies de Cabet :

«.…. Un journal, Radeau désespéré que, trop souvent, déploie L’équipage affamé qui se perd ef se noie ».

On a vu dans la Flûje une « haute création d'art et de pitäé (2) ». La pitié y est toute théorique. Blâme-t-il la Société d’avoir fermé ses portes à celui qui est devenu le vieux Pauvre ? Nullement.

QUENTIN-BEAUCEART, Lamartine homme politique, 76). La Bibl. Nat. renferme cent cinquante quatre pièces chantant de retour des cendres (Lib 51 3334, suite).

1. Barvenspencer. Motes et éclaicissements dans P, 370-371. L'expression de la Bruyère, parlant de l’âme : « Elle va d’égal avec les grandes âmes » est remarquable, quand on songe que le sous-titre projeté par. Vigny pour la Filüie, était : « l'égalité des âmes » (w. ci-dessous, Chap. x1, section III). Mais le fond de: Vinspiration est toute contemporaine. C’est en 1838 que Musset écrivait « Dupont et Durand ». 2. Dorison, À. de V., poète philosophe.

Si la Flûte met en scène le vaincu de la lutte sociale, la Sauvage en célèbre le vainqueur (1).

Il y a, de la Mort du Loup à la Sauvage, moins d'intervalle qu'on ne l’a dit parfois (2). La Mort du Loup n’était pas seulement une leçon d’individualisme anarchique ; La Sauvage n’est pas seulement une apologie de la société. Le personnage de l’Indienne a, comme la bête des bois, sa grandeur et sa dignité. La suggestion lui en était fournie par Tocqueville. « L’indien vit et meurt au milieu de ces rêves de son orgueil (3) ». « L’Indien, dit-il encore, sait vivre sans besoin, souffrir sans se plaindre (4) » ; ne croirait-on pas qu’il entend le conseil du Loup ? Dans l’état d’Alabama, comme Tocqueville se reposait près de la maison d’un pionnier, il vit venir une Indienne conduisant ‘une petite fille d'Européen ; « on voyait régner, jusque dans l’effusion de tendresse de la femme sauvage, un air libre, fier, presque farouche (5) ». C’est cet épisode, peut-être, qui a inspiré à Vigny l’attitude de l’Indienne.

.….. Elle entre à grands pas, de cet air calme et grave Près duquel tout regard est un regard d’esclave (6).

4. La rédaction de la Sauvage semble avoir arrêté le développement d’un autre poème, intitulé Burns. Vigny avait évidemment lu l’étude parue en 1837 dans la R, D. M. sous le titre: Poètes et Romanciers de la grande Bretagne, et dont le quatrième article traitait de Robert Burns. On y retrouvait une critique voilée de la thèse de Chatterton. « Les poètes sont malheureux..., disait l’auteur, mais il faut qu’ils soient malheureux » (L... W..., Poètes et romanciers de la Grande-Bretagne, IV : Robert Burns (R. D. M.),582). Suivait la biographie de Burns, fils d’un fermier du comté d’Ayr en Ecosse, et quiaprès une jeunesse insouciante, rustaude et galante, lutte vaillamment contre la misère, devient jaugeur (douanier), et meurt en laissant cinq enfants. Vigny transforme cette donnée, dans un plan daté du 15 mars 1843 : Burns labourait le long de la montagne, On lui demande s’il convient d'élever un monument à Chatterton. « Il est bien tard, répond-il. D’ailleurs, C'était un paresseux et un orgueilleux. Il vante sa propre vie. Tout à coup fondent sur lui les plaies de Job. Querelles avec son propriétaire au-dessus de lui, avec ses ouvriers au-dessous. L'ombre de Chatterton lui apparaît devant sa charrue. Il meurt en criant : Chatterton, tu avais raison ! ». « Trop semblable à Chatterton », observa Vigny. Sans doute, Et surtoutcomment en 4843, au moment où il publiait la Sauvage, pouvait-il se contredire en sacrifiant le Défricheur à l’artiste contemplatif ? 2. Lauvrière, Alfred de Vigny, 344.

3. TOcQUE VILLE, De la démocratie en Amérique, 11, 268. 4. Ibid. II, 39.

Page 1