J., 1797, 1844. 5. Inédit
elle est forte de tout l'héritage de Stello qui a passé en elle. La pitié sociale, que les poèmes de 1840 semblaient exclure, reparaît à la faveur de cet esprit que Vigny, tout en le considérant d’« égal à égal », distingue subtilement du sien propre (1).
L'audace et la force d'Eva en font l’inspiratrice des mouvements sociaux.
Ceci nous achemine à la troisième signification du symbole.
L'épisode de Velléda dans les Martyrs, en fournissant à Vigny l’image de la maison roulante à laquelle est suspendu tout le poème, lui dépeignaiten Velléda une « femme extraordinaire » avec quelque chose de capricieux et d’attirant. «Son regard était prompt, sa bouche un peu dédaigneuse et son sourire singulièrement doux et spirituel. Ses manières étaient tantôt hautaines, tantôt voluptueuses. » Elle connaît les lettres grecques, gémit sur le sort de sa race, excite les Gaulois à un dernier combat. Ses conseils, comme son intelligence, ont un caractère mâle et guerrier. Le personnage de Velléda manque d’unité : la prophétesse armée de la faucille s’y transforme soudainement en une amoureuse prête au suicide. Ne remarque-t-on pas que ce disparate se retrouve dans l’Éva de Vigny ? Les traits physiques de Velléda sont eux-mêmes ceux d'Eva. Sa taille est haute, son teint blanc, ses lèvres sont roses, ses cheveux blonds : c’est le même type septentrional décrit dans la Maison du Berger. Dira-t-on qu’il s'explique par une communauté approximative de race ? Mme Holmès est anglaise, comme Velléda est gauloise, presque germaine. Mais le portrait moral, capricieux et attirant, ce mélange d’impérieuse douceur et de voluptueuse réserve n’a-t-il pas séduit Vigny par sa complexité même ? A Vigny désireux de créer un type complexe, le souvenir de Velléda a facilité la figuration poétique. On ne saurait guère nier, à tout le moins, que Vigny ait songé à cet épisode, puisque l’imagemère du poème en était tirée.
Toute l’œuvre de Ballanche est doucement illuminée par des
4. Il est choqué par ce qu’il trou ve d’insensibilité chez Mme de Sévigné qu’il lit vers 1840-1845. «Les affaires sérieuses, dit-il, y sont toujours remises à demain. C’est un salon qu’elle raconte à un autre salon. Comme on n’est pas bienvenu, dans le grand monde, d’attrister trop longtemps son entourage, comme sa fille pourrait être moins brillante en répétant des anecdotes par trop graves et tristes à dire, si les événements les lui apportent telles, elle les brise en les racontant avec un rire presque cruel, s’il le faut, pour bien tuer l'émotion » (Inédit).
di pret