‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 212 sur 311 · Œuvres, TITI · texte numérisé non relu

Œuvres, TITI

2. Le lien de Velléda à Carmenta, de Chateaubriand à Ballanche, est perceptible dans le passage suivant : « Carmenta est une prophétesse palingénésique.. Les virae latines de cette époque participèrent à la cité. Les mystères de Vesta leur appartenaient. Elles rendaient des oracles. Elles ont donc des analogies avec les femmes des nations celtiques » (BALLANGHE, Œuvres, IV, 64).

3. L’influence indéniable de Shelley sur la pensée de Vigny a été indiquée par M. Dorison (Un symbole social, 35-37) : « Les poètes sont les vrais philosophes ». Il les fait rois et pasteurs des peuples. Ce sont, dit-il, les «législateurs inconnus » de l’histoire. Platon les chassait. Ilfaut les consacrer. Shelley pousse même plus loin la hardiesse. Les poètes appartiennent à la race inspirée. Ils ne désignent pas à l'avance la forme des événements, mais ils en prévoient l'esprit. Ils perçoivent le présent avec force; c’en est assez pour découvrir les principes des lois selon lesquelles le présent doit être ordonné. Dans le présent, ils voient l’avenir. Leurs pensées sont, dit-il, « les germes de la fleur et du fruit dos temps futurs ».

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Camilla n’était pas belle, et sa jeunesse s’écoulait (1). IL n’est pas impossible, par la correspondance publiée, de dire qu’un amour secret les a, par instants, rapprochés (2). Instruite, sérieuse, Camilla traduisait en anglais Moïse et Paris, et cet hommage fut pour le poète d’une grande douceur. Il aime à lui expliquer ses ouvrages, à lui communiquer ses manuscrits encore inédits. Elle devient peu à peu sa confidente, presque sa conseillère. En 1839, durant son séjour en Angleterre, où résidait alors Camilla —, ne fût-elle pas ainsi, quelques mois, une « fille de l'Océan » ? — ils ont passé de longues soirées à causer, dans une intimité chaste (3).

« Sur mon cœur déchiré viens poser ta main pure... »

On pense, en relisant ce vers, à Camilla, à la sérénité tendre qui émanait d’elle. Quand il la dépeint, marchant « d’un pas de vestale, calme et recueillie, au pied des belles montagnes et sur Île

“bord des grandes eaux (4) », on revoit la « Rêverie amoureuse et

paisible » foulant d’un pied léger la terre où dorment les secrets. Camilla fut pour lui comme une sœur venue librement à lui, qui songeait à son âme, dans les heures de détresse, et luisouhaïtait la « couronne de la religion, meilleure que celle des poètes (5) ». Elle allait « l'esprit sérieux d’un homme à la grâce d’une femme (6) ». Ce caractère d’intellectualité tranquille et doucement victorieuse se retrouve dans le mythe d’Éva. Il n’est pas question de substituer le nom de Camilla à celui d’Augusta Holmès, ou de l « amie », ou de Lydia ou de Dorval, ou de toute autre. Mieux vaut, croyons nous, restituer à chacune de ces figures leur place sur le plan d’inspiration où elle est venue s’insérer dans l’esprit du poète.

Encore faut-il remarquer que Camilla était pieuse. Eva, au contraire, incarne l'indépendance de la pensée en face du Créateur, du présent en face du passé. Ici, une fois de plus, les inédits apportent une lumière.

M. Baldensperger a signalé un projet, mentionné au Journal de 1845, sous le titre : l’Age d’or de l’ Avenir, poème, réponse d'Eva. C’est d'août 1843 qu'il faut dater la première idée de ce poème, remanié sans doute jusqu’en 1845 et même au-delà, selon le Journal

inédit (7). Nous en connaissons les deux premières strophes — non datées :

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