‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 217 sur 311 · Inédit. Cf. à Lagrange, 24 nov · texte numérisé non relu

Inédit. Cf. à Lagrange, 24 nov

2. « Après les élections de 1846, dit M. Charléty, il semble qu’il y aura place .dans les assemblées politiques pour de nouvelles pensées. Autour de Tocqueville se groupent quelques hommes, Dufaure, Billault, Rivet, Foucher. [C'est] l’élargissement de la pensée conservatrice, c’est une tentative pour lui donner de la susbtance, pour lutter contre l’anéantissement dans l’immobilité débile et stérile » (CrarLéry, La monarchie de juillet, 320). Parmi eux était Duvergier de Hauranne auquel s’intéresse Vigny (Recueil de Luppé, 82 et sv.).

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pacifiste et démocratique. Comme eux pourtant, il croit à la nécessité de concilier l’ordre et le progrès, en faisant à l’Intelligence une plus large place dans les conseils politiques. Comme eux, il pressent la démocratie et s’en accommode, bien qu’il ne l’ait pas spontanément appelée. Mais, puisqu'il préférait, dans une indépendance politique complète, chercher une formule quiimposât à la discipline sociale une sorte de majesté religieuse, il prenait place parmi les penseurs issus du Saint-Simonisme, qui l’avait, lui aussi, marqué d’une profonde empreinte.

Quand Enfantin assignait à l'amour une vertu sociale et instituait au sommet de sa hiérarchie religieuse le couple du Prêtre et de la Prêtresse charnellement unis, (1) ne préformait-il pas la structure du couple spirituel dont Vigny fait, dix ans plus tard, le guide de l'humanité future ? L’union du Berger et d’Éva réalise, mystiquement, le couple prêtre d’'Enfantin.

Et quand Auguste Comte, (2) après avoir défini l’évolution irrévocable de l'espèce humaine, s’apprête à vénérer dans le Grand- Etre l’ensemble des êtres passés, présents et futurs par lesquels s’opère le perfectionnement de l'humanité, quand il lie par le culte des grands morts les générations nouvelles à celles qui les ont précédées, ne transcrit-il pas, en le dépouillant de toute signification sentimentale, le symbole d’Éva, signe de l’Intelligence humaine en travail, de l'audace adoucie par la Pitié ? Comte sortait du Saint- Simonisme ; la pensée de Vigny peut sans effort s’apparenter à Saint-Simon et à Comte tout à la fois.

* Il est impossible d’établir entre deux penseurs vigoureux à peu près contemporains, lune hiérarchie ou une descendance. Comte souffrit du reproche de démarquer le Saint-Simonismeï, à quoi, il répondit justement que lui-même avait fait, dès 1825, les premiers articles du Producteur, et que la descendance étaitinverse. A-t-il précédé Vigny ? On pourrait le croire, puisque le Cours de Philosophie Positive est écrit aux environs de 1840, la Maison du Berger

1. «Enfantin, dit M. Weill.. d’abord... voulait que le prêtre et la prêtresse fussent séparés par un nuage d’encens ; bientôt ses idées changèrent… Le couple prêtre, choisi parmi les plus aimants et les plus ardents, participe des deux natures à la fois [constante et inconstante] ; le prêtre et la prêtresse, en même temps qu'ils s’aiment passionnément, aiment leurs inférieurs et peuvent le leur témoigner… » (WEILL, o. cèt., 96-97).

2. Essentiellement préoccupé par la pensée religieuse de Vigny, M. Dorison a constaté que nul optimisme religieux n’éclairaitle poète vers 1843 et il a projeté ce pessimisme sur la pensée sociale. Ce qui lui interdit de relier la penséede Vigny à celle de Comte, bien qu’il ait pressenti et affirmé ce rapport (Cf. notamment Dn symbole social, 186,188).

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