A. LAUVRIÈRE, À. de Vigny
2. Vigny trouvait, à ce sujet une indication dans X. Marmier. « Maintenant- Moscou a vu disparaître, l’un après l’autre, ses plus beaux écussons : le régime autocratique a tout subjugué et tout absorbé. La noblesse russe a passé par le règne de Louis XI, elle en est à celui de Richelieu, et tombe, peut-être, à celui de Louis XIV » (X. Marmier, De la Russie du Nord et de la Russie du Sud, 1843, I, 117). Ségur dit pareillement, en résumant l’œuvre des tzars : « Les nobles vassaux des petits princes les abandonnèrent, devinrent tous vassaux du grand prince et... il n’y eut plus en Russie qu’une souveraineté » (De Séqur, Histoire de la Russie sous Pierre le Grand, 242). Q
3. C’était un lieu commun, en Occident, que de dire : « L’empereur Nicolas veut, nouveau Josué, arrêter la terre qui tourne. Il s’est fait l’incarnation, le champion à outrance de l'esprit du passé. 11 a enfermé son pays dans une vaste muraille d'hommes armés, de délateurs et d’espions ; il n’y a pas laissé filtrer un seul rayon de lumière et il s'étonne de n’avoir pu convertir ni boyards ni serfs aux sentiments de l’homme libre !.. L'empereur Nicolas ne s’est fait, après tout, qu’un renom d’ogre couronné et d’épouvantail.. » (Jouserr et Morvan. Tableau. de la Russie, 167).
« Berger », mû par la pitié : pitié pour sa fille et sa femme ; — (1) pitié pour les Serfs (2) ; mû aussi par l'intelligence, qui lui révéle raït la fécondité du travail agricole.
Qu’-est-il en réalité ? Un despote (3) gouvernant par des ukases, et occupé seulement d’assurer par les armes la perpétuité de l’obéissance militaire (4).
Si le poème est dur pour le tzar, beaucoup plus dure était l’esquisse en prose, où Nicolas était appelé «chyène impériale (5) ». Si le poème renferme une allusion enveloppée aux troubles éventuels de l’Empire (6), le plan en prose portait : « Que plutôt les rois soient retranchés du monde que de voir avilir la vertu et anéantir l'enfance dans les cachots ! ». (6)
1. Wanda, strophe XXI « L’impératrice, très pâle, très souffrante... ne vit que par artifice » (fbid.,168).
2. Wanda,str. XXII Tourgueneff signale que «un ukase du 2 avril 1842 permet aux propriétaires fonciers de passer avec leurs paysans des contrats en vertu des quels les prestations de ces derniers, soit en nature, soit en corvées, seront déter-minées d’un commun accord pour un certain nombre d'années. Cet ukase n’est, sans doute, qu’un premier pas, mais... l’essentiel était que l’esclavage y fut flétri.… L'annonce de cette mesure m’a pénétré d’une indicible joie. Mon imagina tion m’a représenté le gouvernement russe [résolu] à marcher d’un pas ferme dans la noble voie qu’ils’est ouverte et ces bons paysans russes touchant enfin au terme de leur ilotisme...» (TourGuEnErr, La Russie et les Russes, IT, 500-502). Joubert s’exprime ainsi en 14854 : « Dans sa politique intérieure, il a été moins heureux. Son honorable tentative pour l’émancipation des serfs et pour convertir en unsimple contrat de louage obligatoire aux deux parties la dégradante servitude des sujets, fixés à laglèbe, a ‘complètement échoué. Les boyards l’ont repoussée comme attentatoire à leurs droits, les serfs eux-mêmes n’en ont pas voulu » (Jougerr et MornanD, Tableau. de la Russie, 167). Custine avait noté ces efforts (Cf. GrrauD, Sur lesSources de Wanda, R. H. L., 1914. 37).
3. Un poème à faire, le Despote, eût flétri, dans le tzar, celui qui condamne tous ses sujets, victimes comme les Polonais, ou bourreaux comme les Cosaques, à souffrir loin de leur pays (J., 237-238).
&. « Jamais l’empereur Nicolas, dit Joubert, ne quitte l’habit militaire. Cet habit n’est point, pour lui, un vain symbole. Il a hérité de son père, Paul, le goût de la correction militaire, poussée jusqu’à la minutie. Son œil perçant remarque, dit-on, au milieu de 30.000 hommes un ceinturon mal ajusté ou un bouton qui fait défaut» (Jouserr et MorNAND, Tab! +u... de la Russie, 165).