‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 245 sur 311 · De Monrser, Souvenirs (Préface, x1X · texte numérisé non relu

De Monrser, Souvenirs (Préface, x1X

5. La terreur du peuple de Paris avait mis, sur les lèvres de tous, Ces formules d’une sincérité douteuse. Cest l’époque où Louis Blanc tentait, dans la malveillance universelle, l'expérience des ateliers nationaux. Le Charentais présente en ces termes la candidature de l'avocat Rateau : « Il reconnaît, avec tous les bons esprits, que la Révolution qui vient de s’opérer est à la fois sociale et politique ; car elle a été provoquée par le malaise des classes travailleuses » (5 avril 1848). Or le Charentais est républicain conservateur. Vigny fait une place au « Malheur » dans l’énumération de ce qui lui paraît digne de soins ; de quel

IL invoque l'exemple des États-Unis, et, une fois de plus, sou-haite l'avènement d’un gouvernement, probe, discret, économe ; c’est le rêve d’un artiste aisé qui n’a soif que d’indépendance.. Vigny ignore si la crise économique permet à l’ouvrier de souhaiter, lui aussi, un gouvernement qui ne se fasse pas le maître des for. tunes et des métiers (1). Mais Vigny ne connaît rien à l’état des. . classes laborieuses ; il entend dire que la Révolution a été sociale ille répète ; en vérité il n’y croit pas. Le Stello de 1834 ne se pro-. longe qu’en écho bien affaibli dans le Stello de 1848.

Pourtant un tel langage, bien qu'incomplet, eût pu toucher le corps électoral de la Charente, pays agricole, de condition aisée, . laïc (2) et. conservateur. La Montagne y était en minorité, et le suffrage des petits propriétaires allait y confirmer cette république modérée dont Vigny semble prêt à se faire le représentant. Mais, par une singulière récurrence de ses scrupules d’artisteoude ses dédains de gentilhomme, il refusa d’aller se présenter devant le « souverain juge » sous prétexte qu’il ne faut point, «tenter de: lPentraîiner ou de le séduire (3)»: c'était s’éliminer Soi-même. . Dès le 23 mars, le « Comité Electoral pour les élections de la Charente » avait tenu à Augoulême une réunion de 800 personnes. On. avait. décidé de choisir « des Charentais (4) probes, désintéressés, vraiment, patriotes, bien décidés à lutter Courageusement contre:

l'anarchie et. à sauver la République (5). ». Cinquante-six can-

didats se produisirent, quelques légitimistes (6), d’un ralliement. incertain, quelques Montagnards, comme le commissaire du gouvernement Babaud-Laribière, et une masse d'anciens orléanistes,

malheur s'agit-il ? Du malheur des prolétaires ? C’est bien obscur. Du malheur de la destinée humaine ? Le législateur n’y peut rien.

1. Vigny demande que le gouvernement « ne pèse pas sur la nation. et la laisse librement s'épanouir dans toute Sa puissance » : c’est la formule de l’économie libérale : il était plus étatiste en 1832, même en 1840.

2. On remarquera que la religion n’a pas un mot dans cette profession de foi. 3. A. DE V., Œuvres posthumes, 234.

2. M. Hubert avait dû signaler à Vigny la méfiance provinciale pour les candidats étrangers au pays. Un certain M. Juzeau ayant proposé de nommer, au besoin, des parisiens (« La décentralisation de Paris, disait-il, serait la perte.de la France ») fut couvert de huées À Passemblée du 23 mars. La proclamation du 27 est signée : « Alfred de Vigny... de la Charente ».

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