‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 26 sur 311 · LAUVRIÈRE, À. de V · texte numérisé non relu

LAUVRIÈRE, À. de V

7. L'état ce de 1817 comporte 15,639 officiers et 2775 gendarmes en demisolde (CHarLETy, La Restauration, 108),

as]

18 LE SLRVICE

officiers dont le dos voüté avait encore l'attitude d’un dos de soldat (1)», et dont il pouvait recevoir des leçons d’abnégation silencieuse ; il cite quelques noms dans une lettre au càpitaine de la Coudrée (2). Leur vue a élargi son expérience ; elle lui a fait pressentir la beauté d’un monde étranger à l’idéal de son enfance.

En bons termes avec ses chefs, le comte de Montlivaut et, plus tard, M. de Fontanges (3), il use de leur complaisance sans pénétrer dans leur intimité. Aueun obstacle d'âge ou de rang ne devrait le séparer des capitaines ou lieutenants comme Jui : Savigny de Montcorps, d’'Houdetot, Dittmer, Ravignan, de Lagardie, Taylor, Cailleux, de Pons (4) ; Dittmer est le seul d’entre eux avec qui il ait noué des relations profondes. Les Mémoires inédits ajoutent les noms suivants des officiers de la garde royale : Magnan, adjudantmajor au 3 régiment ; Baraguay d’Hilliers, chef d’escadrons de cavalerie ; le marquis de Castellane, colonel des hussards de la Garde ; le lieutenant Le Breton, camarade immédiat de Vigny ; Lahitte, chef d’escadron d'artillerie ; de Turgot (qu’il retrouvera plus tard), tous, qui devaient se rallier à Napoléon TT, eux qui « avaient fait tirer cent-un coups de canon en l'honneur de la naissance d'Henri V » (5}. Cette remarque ironique est ajoutée après 1852, quand Vigny s'indigne des appétits sans limite des officiers du Second-Empire ; plus jeune, il ne s'irritait guère que de leur ignorance et de leurs poses : « fumeurs et joueurs éternels, attentifs seulement à la rigueur de leur tenue, savants sur la coupe de leur habit, orateurs de café ou de billard (6) ». Le nivellement social de l'armée a passé sur eux ; ils constituent eux aussi, une « espèce » : l'ambition de Vigny, à eette époque, est de se compter hors de cette espèce, d'échapper à ce nivellement.

Pourtant, il reste fidèle aux devoirs de convenance envers le milieu de son origine ; il appartient par sa naissance au faubourg Saint-Germain (7), et fréquente quelques familles du « grand monde », comme il aime à le dire (8), les d’Orglandes, les Craon,

2, « Notre bon capitaine Pétaubert.. Cassio. Dreptin... » (Corr. FE, 27).

3. I! prétexta la mort de M. de Fontanges comme une raison suffisante de quitter l’armée (à Ed. DeLcprar, 18 avr. 1827. Corr.Il, 266).

4. M. PE. Dupuy a étudié (A. de V., les amitiés, 94-128) ces «amis du régiment ».

5. Un biographe favorable à Baraguay d’Hilliers écrit que «sous la Restauration, ses opinions bonapartistes bien connues n’étaient pas de nature à l’aider à faire vite son chemin » (BLAZE DE Bury, Hommes du iour, 221).

Page 1