‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 269 sur 311 · Corr., I · texte numérisé non relu

Corr., I

8. LAMARTINE, Cours familier de littérature. 9. Corr, II, 21.

10. Ainsi Jean Costa, auteur de Blaise Pascal (1848), Corr., 1, 236 ; Armand B... étudiant (16 nov. 1849) Corr. I, 279 ; Robert Maunoir, cousin de Camilla, Corr., IT, 33 et sv. ; Charles Farcinet Corr., II, 51 (1851) ; Jules Claretie (1860) Corr., II, 186.

jh d

Féletz, « vieillard aveugle et malade (1) », ou l’orientaliste Desgranges, qu'il se.flatte d’avoir soutenu (2). Aux jeunes poètes emportés, — mais en reste-t-il, alors, en dehors des gens de bohême ?— il préfère, aujourd’hui, les vieux savants inoffensifs.

Ni les confidences de 1852, ni sa liaison avec Nisard, ni sa présence à Compiègne, ni sa docilité devant les censeurs impériaux, ne, Jui donnèrent la faveur du prince.

L'étude lui restait. Depuis 1848, dans le silence de sa tour, il travaillait mystérieusement. Il hésitait à interrompre, peut-être pour bien des années, disait-il, ses poèmes, ses drames, ses livres (3). Depuis cette date, jusqu’à sa mort, Vigny n’a cessé de dire qu’il travaillait. Le 1er avril 1849, il s'apprête à donner un ouvrage dramatique à la Comédie Française (4) ; à la même époque, il « fait des poèmes inconnus encore à tout le monde (5) » ; il a en vue, selon quelque vraisemblance, le troisième épisode qui devait prendre place dans la Deuxième Consuliation (histoire de J.-J. Rousseau) (6). Le 9 octobre 1850, il promet à Busoni, pour l’{Uustrathon, « quelques fragments d’un ouvrage qui, je l'espère, ne tardera pas trop à paraître (7) ». S’il a dû sacrifier les premiers mois de 1850, à Paris, à ses relations mondaines, « je travaille beaucoup », dit-il le 16 juin 1851 (8). Le 11 juillet, à Charles Farcinet : « J’amasse [mes écrits nouveaux] en silence, maisleur jour n’est pas venu (9)». Le 9 février 1852, il fait allusion à sestravaux nocturnes, à l'heure où la Poésie devient sa souveraine maîtresse (10). Un mois plus tard, à la vicomtesse du Plessis : « J'écris (11) ». Le 13 juillet : « J’ai des caisses pleines de manuscrits (12) ». Le 10 août : « J’ai entassé des volumes dans mes vieilles tours. (13) » Un an plus tard : « Je fais de longues écritures pour moi seul (14) ». En 1858 : « Je vais chez moi, à minuit, écrire plus longuement une sorte de livre (15) ». En 1860 : « Ne m'’apportez pas de manuscrits, dit-il à J. Claretie, le temps me manquerait pour les lire ; je n’en ai pas assez pour mes propres travaux » (16). Le 9 décembre 1861, déjà mortellement atteint : « Je travaille toujours (17). » Le 2 avril 1863 : « J’allume mes bougies et j'écris, mes yeux en sont brûlés (18) ».

AACOrT DNA Corr Te 209 MS Corr APS ME E Con, 1228, DÉCorr 240 MON Corr A2 MR CorT AU 22 SR Corr. IT, 43° OMOorrll EL 10 Corn 62.41 Corr, 11, 69,412 Corn. 11,85:

13 CCorr, Al, 90.41% Corr., Il, 116. A5 \Corr., 11, 172.% 16.:Corr., 11, 4186: 47. Corr., 11, 206.7 18. Corr., 256, IT.

De ces renseignements, on peut dégager deux conclusions

l’une est que ce travail, abondant et fécond, semble-t-il, de 1848 à

1853, a paru interrompu à cette date, jusque vers 1858 ; et qu’à par-tir de cette date il a repris, jusqu’à 1863 ; mais les années 1854- 1858 sont les plus pauvres en Correspondance (1), et cette interruption n’est pas certaine; — l’autre est que, de toute apparence,. il s'agissait d’une œuvre en prose, de longue haleine. Pour la première période (1848-1853) le problème est éclairci:ies volumes entassés dans les tours sont des volumes des Mémoires. Le récit de ses malheurs académiques est écrit en 1851 ; les Mémoires de son enfance, dans les deux années qui suivent : les lacunes, porte un ma- nuscrit, devront être comblées à Paris : donc, le texte date du Maime- Giraud, où Vigny n’a fait aucun séjour prolongé depuis 1853.

Vers 1859 se réveille son activité ; à partir de 1861, dans ses insomnies de malade, il se borne à recopier soit ses deux derniers poèmes (mars 1862, mars 1863), soit des chapitres de ses Mémoires, dont la publication lui paraissait prochaine.

Reste done à savoir quelle œuvre d'imagination il a portée em lui, de 1848 à 1860 environ, et pourquoi cette œuvre n’a jamais-été écrite.

Considérons d’abord deux hypothèses extrêmes. L'une est qu’il n’a rien publié parce qu’il n'avait rien écrit. C’est l’mterprétation donnée avee malveillance par Sainte-Beuve (2), et reprise, courtoisement d’ailleurs, par la Revue des Deux Mondes à la mort du poète (3). Elle à séduit la plupart des critiques : ils expliquent diversement le silence du poète (4), mais ne mettent pas en doute l'arrêt de sa production.

L'autre est que Vigny avait beaucoup écrit, mais qu’il a détruit.

ses manuscrits. De son vivant même, on connaissait sa sévérité :

pour ses œuvres ; Mirecourt affirmait bravement : « Il a brûlé plus de trente volumes (5)». Avec une compétence autrement précieuse, Ratisbonne le montre devenant, avec l'âge, « extrêmement difficile (6) », et « jetant au feu le travail de ses nuits (7) ».

Rien ne permet d’infirmer le témoignage de Ratisbonne. Est-ce

Dans le recueil Séché, les années 1853-1857 renferment 32 lettres. . Le 10 juin 1838 (Sarnre-Bruve. Lettres à M. et Mme J, Ollivier) . Revue des Deux- Mondes, 1863, t. V, p. 751. . LAUVRIÈRE, À. de Vigny, 374 ; CANAT, À. de V., Morceaux choisis, 16 : E. Dupuy, À. de Vigny, 279.

Page 1