L. RaTiSBoNNE. Préface du Journal d'un poète
7. Le texte de Vigny, Corr., II, 177, 13 déc. 1859, semble révélateur.
la piété seule qui km à inspiré la légende d’une œuvre brülée par le
poète ? Les publications posthumes, une à une, lui donnent raison,
contre Sainte-Beuve. Avant que les Destinées parussent, Sainte- Beuve croyait Vigny incapable d'efforts (1). Avant la publication de Daphné par M. Gregh, les meilleurs critiques songeaient « avec regret à ce projet persistant et inaccompli (2)». Les Romans historiques commencés, que rappelle Ratisbonne, n’ont pas disparu sans laisser de traces : quelques lignes d’une suite de Servitude ont
été publiées par M. Baldensperger (3) ; la publication intégrale
des Inédits mettrait au jour bien des révélations. .
Est-ce à dire qu’il ne faille rien prendre — non de la légende de Vigny stérile, que nous rejetons —, mais de la thèse mixte dont M. Paléologue, puis M. Baldensperger ont donné deux expressions, différentes quoique conciliables ? Pour M. Baldensperger, Vigny s’est &u parce qu'il avait mieux à faire qu’à écrire : « Au demeurant,
une. vie d’honnête homme, lettré et réfléchi lui suffit (4) ». Il rap-
pelle ses occupations académiques, cette magistrature des lettres qu’exerçait Vigny avec une bonté sans faiblesse. — M. Paléologue
explique le silerice de l’écrivain par la philosophie du penseur :
« Ecrire, c’eût été se plaindre ; il n’écrivit plus... On aperçoit ici la cause dernière et profonde de la longue stérilité littéraire d’Alfred de Vigny (5) ». Comme vous savons que Vigny écrivit toujours, cette cause n’est peut-être pas aussi décisive qu’on nous la dit (6), mais elle a le mérite de concourir à une explication synthétique: d'Alfred de Vigny.
Vigny west pas stérile, il est entravé. De 1848 à 1861, il appartient d’abord à la santé de sa femme. Rastisbonne, qui n’est pas suspect, la dépeint chommasse, comme nouée et demi-aveugle (7) »; Grenier confirme son aspect « commun (8) ». En 1848, Vigny se
1. SAINTE-BEUVE, Lettres à M. et Mme J, Ollivier, R. D. M.,t. cit., 748.
2. BALDENSPERGER, À. de V., Contribution à sa biographie intellectuelle, 156-