Ibid., 24 févier
3. Vigny ajoute : « En observant la vase aux feux d’un microscope, On voit dans les serpents ces agitations ». C’est la transcription versifiée de cette remarque faite dix ans plus tôt : « Les intrigues [pour la Révision de la Constitution] vont se multiplier pendant la prorogation, et elles s’agitent déjà comme les serpents qu’on voit dans le vinaigre, au microscope » (2 août 1851, Corr. II, 295).
4. Il faut noter que le 8 janvier 1863, relisant son poème, Vigny le trouva « exagéré, injuste sur quelques points » (E. Esrève, Les Destinées, 50). À
5. La révocation d’un ami qui lui était cher, comme poète et comme cœur fidèle, celle de Victor de Laprade, venait d’être prononcée le 48 décembre 1861. Laprade est aux yeux de Vigny, un de ces justes qui ont pour armes le « cristal » de la conscience et le « diamant » de la poésie. « Dans ses Votes, après avoir parlé de sa visite au P. Captier, V. de Laprade raconte la visite qu’il fit lui-même à
il y rassemble tous les éléments qu’il a laborieusement réunis en lui-même : à Honneur et à la Bonté appris dès l'enfance, la poésie, prophétique a joint la prévoyance, l’agnosticisme a joint la «raison», l’étude a ajouté la science ; la Conscience les contient tous, et, éclairée par eux, agit librement. L'idée de la destinée s’efface. La contrainte du monde extérieur disparaît. Les souffrances du corps n'ont pas courbé l’optimisme du poète.
Le « Cristal » marque la première étape de la pensée, la lutte contre l’erreur et contre le mal ; reste à étendre à d’autres consciences le bienfait de cette discipline subjective, reste à passer de la vie individuelle à la vie collective (1) : c’est l’office du Diamant, c’est-à-dire de la Poésie.
Le Diamant ! C’est l’art des choses idéales.
Un même courant de pensée unit les Oracles à l'Esprit Pur, daté du 10 mars 1863.
On sait que Vigny reprit une esquisse de Lettre à Eva, vieille de vingt ans déjà. Mais il dépouille Eva de tout sens personnel. A cette mystique confidente, il raconte les « mémoires de son âme »
Alfred de Vigny quelque temps après sa destitution... Quand Laprade entra, Vigny. se leva et se jeta à son cou. L’attendrissement fit bientôt place à un accès de colère contre le ministre et contre le souverain « qui ne permettait pas à un poête d'exprimer des idées aussi justes, aussi élevées, que celles qui remplissaient ces belles pièces : Pro aris et focis, Jeunes fous et jeunes sages, Une statue à Machiavel, les Muses d'Etat ». À. de Vigny était tellement irrité de l’injure faite à la poésie dans la personne de de Laprade qu’il l’excitait à des représailles... » (E. Brré, V. de Laprade, sa vie et son œuvre, 252-253 ; cf. Dupuy, 4. de V., Le rôle littéraire, 144-145).
4. On rapprochera de l’idéal exprimé dans les Oracles celui que Littré exposait dès 1852 dans Conservation, Révolution, Posttivisme, dont Vigny s’inquiétait de son lit de malade (30 avril 1863, Corr., II, 254) : « Culture de nos meilleurs sentiments et'de notre meilleure intelligence autour de notre idéal suprême, l'Humanité, voilà pour le spirituel ; paix et travail sous les chefs industriels substitués aux rois et aux Césars, voilà pour le temporel » (L1TTRÉ, Conservation, Révolution, Posivitisme, IX). En positiviste orthodoxe, Littré souhaite de voir renforcer le pouvoir central au détriment du Parlement, « Gouverner n’est pas parler, écrit-il ; nous l’avons bien vu chez ces rhéteurs éminents dont la langue était si forte et le main si faible (Zbid., XX). On ne saurait voir dans cette critique une source des Oracles puisqu’il apparaît qu’en 1863, Vigny n’avait pas lu ce livre ; mais il permet de souligner une fois de plus, l’harmonie de la pensée de Vigny et de la politique positive. « Maintenir l’ordre matériel, laisser la liberté spirituelle » (Zbid., 325) formule où Littré se résume, où Vigny pourrait se résumer aussi, .
322 LE NOUVEAU CYCLE pour les années qui viennent de s’écouler : il résume l’échec de Blanzac.
Il rappelle l'échec de Féra : la « guerre vagabonde » des temps monarchiques est évoquée avec pesanteur. Sur les âges d’action brutale, le vieux penseur jette un regard de mépris.« Les généalogies. devraient être des livres d'histoire et l’auraient pu devenir sans linsouciance , l'ignorance et la légèreté d’une race de Francs qui n’aimaient que la guerre. François Ier s’exerçait à rompre trente lances en un jour, et ne lisait rien, et chantait (1) ». Ces observations sont condensées dans le vers :
Dès qu’ils n’agissaient plus, se hâtant d'oublier.
Ces âges sont clos. Maïs les chevaliers ont laissé la place aux «orgueilleux méchants», à l’écolede Joseph de Maiïstre, et, près d’eux, le siècle mercantile a fait une place aux « riches frivoles » (2), aux dandies qu’il a rudement blâmés dans son ami d'Orsay et qu'il définissait «sots qui n’ont ni naissance... , ni talent, ni esprit, ni cœur (3) ». Ainsi, à l’âge féodal a succédé l’âge bourgeois. Cet âge est-il le dernier ? Non : le temps du « diamant » viendra. est venu déjà.
Ce temps est synthétique. Ilemprunte aux vieux âges leur grâce, et leur langue parfois : le Diamant lance les mêmes feux
.…D’argent, d’or, de pourpre et d’azur,
que le blason des aïeux (4) ; le règne de l'Esprit s’exprime par des « litanies » comme les adorations catholiques, ou emprunte aux Mystiques du Moyen-Age leurs ivresses verbales (5). Mais.