‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 284 sur 311 · Inédit · texte numérisé non relu

Inédit

2. Rangeait-il dans leur cercle Mmes de Girardin ? La sévérité des Souvenirs qui lui sont consacrés (1855) montre que Vigny ne lui avait pas pardonné sa vie mondaine : « Elevée dans la vanité et pour laïvanité, elle était toujours enscène... Sa mère ef son mari répandaient autour d'elle quelque chose de théâtral et de bâtard» ({nédit).

3. Les fragments de Mémoires consacrés à d'Orsay sont sévères. « En toutes choses et partout le plus aimable et le plus gracieux des enfants gâtés » (Znédii). Brummel, que d'Orsay continuait, est un « vieux fat » (Corr., IE, 223).

&. Les Vigny portent : « d'argent à quatre lions de gueules cantonnés et en cœur un écusson d'azur avec. un chef d’or... » (L. Sécn$, À. de V. et sontemps, 161).

5. L'interprétation de l'Esprit Pur est compliquée par Fincertitude du texte. M. Ascoli a proposé de lire « livre d’or », non « disque d’or »(Ascozr, Note sur une strophe de PEsprit Pur (R; H. E.), 409). « Livre: d'Or » entraîne la correction «héros de Pesprit » pour éviter une répétition de mot. Enfin «traînes», jugé étrange, serait utilement corrigé en « {races ». M: Baldensperger a adopté la première et

la troisième de ces variantes. M. Martino les a. critiquées (MarTrno, Votes sur

Dis D a DE

ce legs n’est qu'apparence. La poésie de 1862-1863 a les mêmes prétentions, les mêmes caractères profonds que la poésie semipositiviste de 1843. Elle aspire, elle aussi, à être indestructible ; elle aussi requiert la Paix comme condition première, l'Ecrit etses Hbertés comme moyens indispensables ; Vigny pardonne à la presse ses outrances. Elle aussi console l'individu périssable en lui parlant des morts, en l’incorporant au Grand-Ëtre dont chaque génération future fera revivre les traits.

Jeune postérité d’un. vivant qui vous aime !

Mes traits dans vos regards ne sont pas effacés :

Je puis, en ce miroir me connaître moi-même, Juge toujours nouveau de nos travaux passés ! (1)

C’est l’idée dernière, la plus profonde de l'Esprit Pur, et elle seule en justifie la dédicace. Plus encore qu’en 1843, Eva n’est que le symbole de ce Grand-Être à qui Vigny parle comme à sa fille,

trois corrections au texte de l'Esprit Pur (R. H.L). M. Estève croit, avee M. Martino, que « disque »se comprend bien après « auréole». Nous nous rangeons pleinement à cet avis malgré les doutes de M. Canat. (R. Canar, À. dé V., Morceaux choisis, 554). Au surplus, la lecture disque pour livre paraît difficile. Jamais le jambage descendant du g n’aura pu être identifié par erreur. C’est pour la même raison que « héros » est complètement irrecevable. « Titres » peut se défendre et M. Estève adopte cette leçon (ESTÈvE. Les Destinées (éd. critique) 174). On peut admettre que Vigny, entraîné par l’imagination religieuse de toute la strophe, évoquât un livre ouvert comme celui que l’on voit à la porte des temples juifs ; les pages de ce livre formeraient un tableau. À ce souvenir religieuxse mélange une idée toute profane et vulgaire : les livres sont généralement assemblés en collection ; l’idée du savant s’associe à l’image d’une bibliothèque, de là le pluriel livres, peu rationnel. La correction « traces », adoptée par MM. Dalmeyda (Dalmeyda, Note sur un vers de Vigny (R. H. L.) Baldensperger (BALDENSPERGER, Notes et éclaircissements dans les Poèmes) et Estève me paraît douteuse pour deux raisons : 1° l’une, la plus faible, de sens ; « traces » ne s’oppose pas à « graves », tandis que « traînes » fait songer à l’effleurement d’aïle d’un oiseau fatigué qui rase le sol (c’est une Colombe qui vole) ; 2° Pautre, de lecture ; « traces » suppose un jambage entre a et e, « traines » en suppose trois ; jusqu’à l'examen du manuscrit, il m'est difficile de croire que la confusion soit possible.

4. Vigny nese considérait pas comme ayant trop peu de gloire : l’Esprit Pur le dit. Il était touché des rééditions de son œuvre Quitte pour la peur avait eu une excellente reprise en 1849 : « Une des fantaisies les plus exquises, dit le Siécle, sorties de la plume du comte Alfred de Vigny... Vous dire ce qu’il y a de fier, de distingué, de magnifiquement comme il faut dans cette intrigue à deux personnages, nous y renonçons (Ch. de Mathore!, 9 juillet 1849). Et les Débats : « Un charmant duo d'Alfred de Vigny... Que de créations qui ont vécu autour de cet homme qui est une gloire | Il a touché à la poésie d’une main inspirée, à la réalité d’une main hardie et sage » (19 juillet 1849), Et J. Janin écrivait : « Où est-

car il a contribué à le créer, comme à sa maîtresse, parce qu’elle le console et l’endort (1).

I] lui laisse, en mourant, son adieu, sous l’image d’une Colombe. D’âge en âge, Vigny a fait tenir sa Poésie de Progrès spirituel dans un symbole plus ténu : elle fut un temple, (Daphné), une cabane (La Maison de Berger), un flacon (la Bouteille à la Mer) ; elle est maintenant un oiseau.

Cette Colombe incarne la Pensée errante. Elle marque la noblesse de l'avenir, et porte sur elle je ne sais quel reflet des vieux ordres royaux : une colombe aussi ornait la plaque jointe au Cordon-Bleu. Ainsi l'Esprit Pur, l'œuvre vraiment finale, rassemble dans un symbole unique le Saint-Esprit, mythe du passé, le Grand-Être

: mythe de l’avenir : embrassement suprême du gentilhomme terrien,

chargé de liens héréditaires, et de l’aristocratie spirituelle dont il avait tracé les devoirs et dessiné le blason mystique (2).

ilen ce moment ? Qu'est-il devenu depuis février ? Quel poème t’occupe ou plutôt quelles tristesses ? Quels regrets et quelies espérances ? Oubliant et non oublié! » (1bid.). En 1851, Vigny se dit «surpris » de la vente « régulière et rapide de (ses) ouvrages, sans annonces, sans articles de journaux, sans affiches. » (12 nov. 1851, Corr., II, 54) ; en 1857, cons-tatant l’action de « Servitude » sua certaines âmes :« Un sentiment de paix, dit-il,et de profonde satisfaction me pénètre, pareil à celui qu'éprouverait un esprit qui pourrait savoir vingt ans après sa mort, que ses volontés ont été accomplies» (Journal Inédit).

1. En mai 1853, Littré définissait ainsi l’idéal positiviste : «A nous, pour qui la source de l’ancien miracle est tarie.... qui nous sentons intimement liés à ceux de qui nous descendons et à ceux qui descendront de nous, à nous qui avons foi dans l’amélioration constante des destinées et qui voulons que tout concoure à ce but saint et suprême, l'humanité est l’idéal en qui et par qui nous vivons, qui s’enfonce dans l’immensité du passé et de l’avenir, qui assujettit le globe terrestre, amasse et transmet les trésors du savoir et de la morale... L’humanité, comme Va dit, avec tant de grandeur, M. Auguste Comte, est composée de plus de morts que de vivants... En retour, (l’homme individuel) peut la servir et contribuer à sa grandeur et à sa gloire. Il faut que chaque génération laisse le cœur amélioré, l'intelligence illuminée, l’art enrichi de beautés merveilleuses. » (LITTRÉ, Conservation, révolution, positivisme, préface de la 3e éd., XXV-XXVI).

2. « Grenat, diamant, sainte solitude : devise » (septembre 1863, P., 381).

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