‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 33 sur 311 · Masson, o. c., dans R. H. L., 1909, p · texte numérisé non relu

Masson, o. c., dans R. H. L., 1909, p

3. « C’est des Hébreux errants le chef, le défenseur, ete. ».

(L’' Invention).

4. M. Baldensperger a montré ce que Vigny a pu devoir à cette « influence de la première heure » tant pour sa connaissance de Byron que pour sa curiosité des choses orientales ;en janv. 1824, le poète signale, dans la Muse, Française la mort de Bruguière (Cf. Esrève Byron et le Romantisme français, 355).

œuvre de Bruguière de Sorsum, en août 1819, et, en 4820, par la traduction Pichot. Ce fut un éblouissement. Le Byron factice qu’on admire en 1820 est un jeune gentilhomme que dévore la nostalgie des grandes choses du passé ; il s’assied, comme René, sur un rivage au delà duquel il entrevoit des peines et des gloires également surhumaines ; il n’ose se rappeler la Révolution ni l'Empire, mais il en porte l'empreinte ; le rayonnement de leur splendeur militaire (1) est au fond de ses yeux ; ces trônes écroulés, ces frontières mouvantes, ces dynasties en exil, quinze ans de triomphes ou de malheurs effacés en quelques mois, ce rapide brassement d'hommes et d'idées, si rapide qu’il ait paru, laisse, dès que son tumulte s’apaise, les âmes à la fois fatiguées et impatientes de nouveaux combats. Les pères, qui ont connu les réalités déplorables de l’émigration, échappent à ce mirage ; mais les Français de vingt à trente ans, prêts en 1814, comme Vigny, à servir les aigles, regrettent, sous les fleurs de lis, ils ne savent quelle grandeur évanouie. La rancune politique contre l’usurpateur s’efface devant la majesté poétique de sa figure « Bonaparte est mort, écrit Deschamps à Alfred de Vigny le 10 juillet 1821 ; il ne faisait plus rien sur la scène du monde, mais c'était encore un immense spectateur et un juge souverain de tout ce qui se passait. poétiquement parlant, c’est une perte (2) ». Sur le fond de cette grande ombre impériale, la figure de Byron se détache avec une puissance, un peu satanique, mais profondément révérée (3). Sous des masques divers, gentilhomme, proscrit, brigand ténébreux, amant désespéré, il court à travers l’Europe. Il est de bonne race, comme ces jeunes gens qu’il obsède ; il est malheureux, comme ils croient l'être, d’un malheur trop vague et trop complexe pour être défini ; il cherche, sans trouver «autour de lui... pour qui mourir », comme ces officiers à l'épée inutile, et demande à l'amour, en attendant l'heure du combat, ses ivresses et son oubli. Ainsi, Vigny, ainsi les salons

1. Tout un aspect du romantisme naissant paraît être un effort pour concilier la fidélité aux fleurs-de-lis avec la gloire impériale. Cette dualité existe dès l’origine. De là l'enthousiasme pour la guerre d'Espagne et pour indépendance grecque qui sont des guerres-croisades. Cet état d'esprit est très net dans la Muse Française.

2. Beaucoup plus tard, Vigny affirmera d’une autre façon la valeur poétique de la figure impériale : « Bonaparte entendit un jour (Parseval de Grandmaison) réciter des vers d’un poème intitulé : les Amours lyriques : « Que fais-tu donc là ? lui dit-il. Tu ne vois donc pas que les Pyramides et moi nous sommes bien plus poétiques que tes Amours lyriques ? » (Corr., I, 265, 4 sept. 1849).

8. Cf. Esrève, o. c. Dans la jeunesse littéraire s'entend. La vie politique n’en semblait pas troublée.

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royalistes et romantiques qui concilient leur conservatisme inquiet avec lattente prochaine d'indéfinissables exploits.

Mais Byron aussi est un dissolvant. Son irréligion agressive, le cynisme d'œuvres comme Cuin et Heaven and Earth donnent à limpie un arsenal contre Dieu. Dans quelle mesure Vigny offritil une résistance ? L’Ode au malheur est un poème très byronien, ou même baudelairien avant la lettre (1), de facture aisée mais de sens imprécis. Il doit peut-être quelque chose à Mme de Staël (2) ou à lélégie de Moyria, citée plus haut, ou encore à Ballanche, ‘qui avait dit : « Si l’homme peut enfin secouer le joug de la fatalité, il n’échappera cependant point au malheur (3). » La Fille de Jephté, beaucoup plus claire, procède, on le sait, de Chénier et sous le voile de la résignation transparait l’'amertume douloureuse qui, un jour, deviendra révolte :

Cest la vapeur du sang qui plaît au Dieu jaloux !

Or, précisément, quelques mois plus tard, un prophète de ce Dieu faisait, par son dernier livre, grand bruit à travers l Europe : les Soirées de Saint-Pétersbourg paraissaient en mai 1821.

Si brillant qu’eût été l’éblouissement premier, Vigny ne pouvait porter la marque de Byron d’une façon bien profonde, parce que sa nature différait trop de la nature du poète anglais. Vigny était, essentiellement, un laborieux et un dévoué. Il souffrait, à l’armée, non d’obéir à une discipline, mais de trouver l’armée inférieure à son rêve. L’individualisme agressif &e Byron, bon pour renverser ce qui, déjà, vacillait en lui, ne pouvait substituer à ses cultes détruits aucun idéal positif. En 1821, Vigny, incomplètement conservateur et incomplètement dissident, cherche son maître il doit céder, au moins temporairement, à l'énergie du penseur orthodoxe. Son esprit accoutumé aux écrivains anciens et aux textes bibliques se meut aisément dans l’érudition maistrienne. Il y a, entre de Maistre et Vigny, une communauté d’origine sociale ; sur tous deux pèse le signe de la Révolution. Vigny souffre, depuis son enfance, de l'énigme des destinées cruelles ; de Maistre explique cette

1. LAUVRIÈRE, 0. c. 79. Ce poème semble une réplique au passage suivant d’ Young : « Que nous sommes aveugles de perdre nos malheurs ! Le plus infortuné devrait sourire de ses larmes. Bannissons la tristesse. C’est un blasphème contre le Créateur écrit sur notre front... Que le Ciel ne risque jamais mon ami dans la prospérité qu'après lui avoir appris dans l’école du malheur Part d’en user et d’en jouir »(Nuits, 1, 342). M. Citoleux a fort bien montré que Young agissaitsur Vigny par contradiction (Vigny et l Angleterre, dans Feuilles d'Histoire, 1944).

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