‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 35 sur 311 · MAISTRE, Soirées. Septième Entretien · texte numérisé non relu

MAISTRE, Soirées. Septième Entretien

2. Le rapprochement de ces textes est dû à M. Baldensperger { A. de V., contribution… 61). « Le métier de la guerre, dit de Maistre, ne tend nullement à dégrader, à rendre féroce ou dur, du moins celui qui l’exerce » ; et Vigny parle, de son côté, de « l’innocence de mœurs particulière à l’honnête race des soldats » ; mais l’un tend à justifier l’armée, l’autre à apitoyer sur le soldat.

- 3. NV. ci-dessous, Chap. 1.

4, La remarque a été faite, par M. Citoleux, à propos d’une autre source de Vigny (Vigny et l’ Angleterre, o, c.).

5, Stello, 211.

cite à l’action dans le « siècle », à la recherche des compensations terrestres : c’est pourquoi Vigny, de vingt-quatre à vingt-sept ans, va faire un double effort d’affranchissement : comme officier, puis comme écrivain.

L'année 1820 marque l'ouverture, en Europe, d’une période d’attentats et d’expéditions militaires. Ballanche écrivait : « Un fils de France tombe baigné dans son sang. Un trône en Espagne chancelle. Croyez-vous l'Italie paisible sous la domination de ses maîtres ? Êtes-vous sourds, qui n’entendez pas les bruits souterrains qui mugissent dans le nord de l'Allemagne ? (1) » Vigny les entend ; et lui qui reste muet devant le meurtre du duc de Berry, s’'émouvra à l'assassinat de Kotzebue. Est-ce pour partager l’indignation et l’effroi des cours ? Non, mais pour ébaucher un poème, Sand, qui doit son titre au nom de l'assassin lui-même : pour se demander -

Jusqu'où vont les vertus ? Où commencent les crimes ? (2)

Question qui reparaîtra quand l'officier aura déposé l'uniforme. Pour l'instant, ces meurtres et ces guerres ouvrent à Vigny de confuses perspectives d'avenir. Sous-lieutenant de la Garde depuis 1816, il 8 été nommé lieutenant (à l’ancienneté) en juillet 1822. Il est bien noté, mais sans éclat ; s’il a fait un peu plus que son devoir en certaines circonstances, on ne lui en a pas tenu compte (3). Or, 1822 est l’année des complots militaires, suivis d’une réaction moins brutale que basse. L’armée sert à d’étranges besognes ; en 1823, dans les Vosges, il n’est pas impossible que Vigny ait reçu quelque écho du complot, déjà lointain, de Colmar, et de sa singulière répression (4). Peu à peu naît en lui l’idée que l’armée est une force dégradée par l’obéissance passive et par l'intrigue politique.

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