‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 39 sur 311 · Dupuy, À. de V · texte numérisé non relu

Dupuy, À. de V

LES ÉTAPES DE L'AFFRANCHISSEMENT Écii

« Je ne suis point surpris, écrira-t-il beaucoup plus tard, du froid des Pyrénées (1). » Il fait le compte, mélancoliquement, de ceux à qui Le sort a paru sourire : Dittmer a franchi les Pyrénées comme cuirassier ; de Cailleux, y fait une « facile » et « lucrative » campagne; Taylor et d’Houdetot sont partis l’un et l’autre avec l’étatmajor du 5° Corps, sous le général de Lauriston. C’est une aventure pareille que Vigny rêvait pour lui : l'éclat des armes, sans l'horreur du sang ; l’occasion d’écrire des rapports héroïques et gracieux, dans le genre de celui que d’Houdetot date de Saragosse le 7 octobre 1823 (2) : la guerre faite en romantique et en gentilhomme.

Désabusé, il prête une oreille complaisante aux plaintes qui eiweulent contre FPadministration de l’armée ; il répéterait volontiers avec Pasquier : « Comme toujours, on ne choisit pas les plus capables ; on prit surtout des hommes fort bien pensants, mais d’une habileté très médiocre (3). » Son détachement du métier sen accroît. Dès 1824, il reprend, en février, un congé jusqu’en juin (4), et, à peine revenu à sa garnison de Pau, nouveau déboire : il manque tomber dans un traquenard.

La ville était libérale, le régiment passait pour ultra {5).Un scandale avait été commis dans une église, et la répression en causait quelque bruit. L'arrivée du 55€, connu pour ses opinions royalistes, parut l'indice d’une réaction plus sévère, et, à la voix d’un agitateur nommé Beauvais-Poque, la foule attaqua soldats et officiers. Tout se borna pourtant à peu de chose ; le 23 août, le Mémorial Béarnais affirmait son attachement à la «famille adorée de nos rois » ; la Cour d’Assises acquitta les perturbateurs (6). Mais Vigny oublia moins vite que les soldats, et, dégoûté, ne songea plus qu'à partir : le 10 décembre, il était remis en congé (7).

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