LE ROMAN
était dans ses oreilles, et le poussait à écrire un roman de cape et d’épée (1). Il songeait à Cing-Mars au pied des Pyrénées en 1824 ; il avoue avoir dès cette année, composé « sur une feuille de papier le plan entier de Cinqg-Mars » (2) ; c’est avouer aussi que toute la documentation érudite qu’il rassembla l’année suivante n’était qu’une « coquetterie de chroniqueur » (3), un trompe-l’œil. Luimême le reconnaît sans le reconnaître, dans les Réflexions sur la Vérité dans l’ Art (4), insérées avec la quatrième édition du livre : la Vérité du romancier est la vérité « tout intellectuelle que je sens, que je vois », c’est-à-dire la synthèse subjective du passé, — une œuvre d'art ; et c’est elle que Vigny prétend ensuite, par un oubli de sa propre méthode, offrir à l’instruction de ses contemporains comme une synthèse objective — une œuvre de science. Si le plan de Cing-Mars était écrit dès 1824 à Oloron, sans doute il pouvait être utile de courir l’année suivante les bibliothèques parisiennes en quête de Mémoires, de Lettres ou de rapports manuscrits ; mais ces documents n’allaient être que des témoins choisis et sollicités par la fantaisie du poète. L’historien cherche d’abord, conclut ensuite. Vigny a renversé les termes : il a conclu d’abord, et cherché ensuite. Il a lu, pêle-mêle, tout ce qui pouvait donner à ses fictions une apparence de vérité historique, le ton, le pittoresque de l’époque. Il n’a aucun souci de déterminer les sources les plus probantes ; la critique n’existe pas pour lui. Montesquieu, théoricien