DAS D 98.210 1 33, 20,199 91. T, 45, 22,:11,294 23. II
vant le supplice d'Urbain Grandier, « eût laissé tranquillement: brûler ce curé par les autres curés (1) ».
Plus généreux, sinon plus profonds, apparaissent les gentilshommes de la Cour à l’armée de Perpignan : les Launay, les Gondi, les Fontrailles, les Montrésor (2) ; héros très simples et presque exclusivement bataïlleurs, qui méprisent le danger, courent aux duels parce que le duel est interdit, et ne pleurent pas leur voisin quand il tombe : Les Locmaria, les de Mouy, jeunes cavaliers volontaires qui donnent l’assaut au milieu des éclats de rire et des défis, dans’un déploiement de panaches (3); Vigny les a peints comme il avait rêvé d’être un jour de combat ; il prête « l’air doux de son âge » à un jeune chevau-léger qui fait grâce après la victoire (4). Ces gentilshommes aiment leur roi, qui le leur rend ; ils sont prêts, en cas d’émeute, à se faire tuer sur son seuil ou mutiler à son service (5). Aucun d’eux n’est susceptible de gouverner.
C’est au sage de Thou (6) que Vigny a réservé de définir le rôle idéal de l'aristocratie : bouclier du roi et interprète, auprès de lui, des vœux de la nation. Cet aristocratisme adouci se réclame du bien du peuple, du bien du roi, du bien des grands, conciliés avec opti-misme dans un régime patriarcal.
Tel est un des aspects de Cinq-Mars. Mais ce livre « bien pensant » s’adresse aussi à ia bourgeoisie libérale et voltairienne qui, depuis 1815, montre pour les philosophes un goût d’autant plus vif que la presse et la tribune sont baïllonnées (7). Vigny a trouvé sans peine, dans son sujet, les éléments d’une discrète satire politique. L'intérêt en avait été vu avant lui. Bonnelier venait de publier un Urbain Grandier, qui présente « exactement la justesse et la vérité que peut avoir un pamphlet (8) ».
ANONDM LIU MN2, C MSASEPISCINCLMN LATINE EU
6. Vigny a peut-être été attiré vers de Thou par de Ph. Chasles (Discours sur J. À. de Thou) où le père du héros est étudié avec une sympathie libérale : « Il aimale trône et le peuple ; il défendit la couronne et la liberté (0. c., 42),
7. La faveur de Rousseau et de Voltaire inquiétait le parti dévot.
8. MaïGronN, Le roman historique..., 121. 1? Urbain Grandier de Bonnelier porte en épigraphe :
C’est aux moines qu’on doit la superstition, La nuit des préjugés et des erreurs grossières Qui couvrit si longtemps les siècles de nos pères.
L'auteur conclut son Zntroduction par ces mots : « Je me suis applaudi, en
NN
Vigny a parlé de la Bourgeoisie comme il avait parlé de la noblesse : il en a fait l'éloge ; et, par là, il a assouvi sa double rancune, contre l’arbitraire politique et contre l'influence du clergé.
Tandis que, sa vie durant, Vigny n’a cessé de haïr « l’intrigante bourgeoisie », il se montre pour elle, dans Cing-Mars, d’une bienveillance assez appuyée. Il loue les Parlements, noblesse récente, de médiocre aloï, située à mi-chemin entre la bourgeoisie riche et la noblesse d'épée ; il y voit les « antiques barrières et en même temps puissants appuis de l’autorité royale » (1). « Les Parlements humiliés, déplore Cinq-Mars, n’ont plus de voix... (2) ». Il estime les avocats. « Par quel hasard, s’écrie de Thou, vois-je entrer M. Fournier ? etc. (3)». C’est le langage dont on eût salué un avocat philosophe et sensible du temps de Voltaire plus que du temps de Richelieu. Il est vrai qu’entre ces bourgeois et la noblesse, le lien n’est jamais rompu. Fournier, homme de robe, a des gestes belliqueux ; il brandit ses papiers « comme un guerrier en colère saisit le pommeau de son épée (4) » ; et le comte de Lude, qui l’escorte, appartient, par sa naissance, au même monde que Cinq-Mars.
Vigny a placé, par une confusion de dates, le procès d’Urbain Grandier au moment où Henri d'Effiat passait à Loudun ; excellent artifice, à ses yeux, pour introduire une satire de la procédure secrète et des tribunaux d'exception. Au moment où la Restauration, fondée sur les cours prévôtales (5) rétablissait le crime de sacri-
fouillant les annales d’un temps où [cette heure] arriva, de vivre à une époque où la raison a triomphé de l’ignorance et de me trouver sujet d’un gouvernement sous leque! la voix de la justice n’a plus à redouter les plis épais d’une soutane rouge » (xvitr, xrx). « Le cardinal de Richelieu, dit-il encore, consentait à croire au diable pourvu que cette stupide croyance lui procurât les moyens de brûler son ennemi, lei se fait remarquer l’atroce iniquité de l’illustre cardinal ; il pour suivait dans le magicien Urbain Grandier, curé de Loudun, l’auteur d’une satiresanglante dirigée contre sa personne et qui avait pour titre la Cordonnière de Loudun » (IX, X). Vigny a rejeté ce trait (C. M., I, 79) ; par contre, il paraît avoir suivi Bonnelier dans la peinture des P. Barré, Mignon et Joseph ; il décrira comme, lui, les accès de fureur démoniaque du Cardinal : « Ils rient, Joseph, ils rient ! Et les échafauds de Montmorency et de Cinq-Mars sont encore dressés et je suis au faîte du pouvoir ! Ils rient ! Qui ? Nomme-les moi que je voie l’effet que produisent eux, le rire, les Jarmes et le sang » (0. c., 107). L'épisode de la calotte de Laubardemont (1, 75) y figure, p. 237 ; plus loin : « Lactance ayant voulu embrasser Grandier, la victime indignée cria : « Voilà un baiser de Judas ! Sur quoi le Récollet furieux lui brisa les mâchoires avec un crucifix de fer qu’il présentait comme s’il eût voulu le lui faire baiser » (o. c., 239. Cf. l'épisode modifié dans Vigny, I, 106).
49€. M., 11, 105.0 2,C. M:,199-400.C.-M., If, 10: 3, C.-M.,1,59. L, C.-M., I, 59. 5. CHARLETY, La restauration, 94-95.
lège (1), tandis que s’élevaient des voix pour rétablir le gibet (2), le plaidoyer en faveur d’Urbain prenait un intérêt d’actualité (3). Le même Richelieu, que Vigny a peint aux royalistes en usurpateur du pouvoir royal, est, aux yeux de la bourgeoisie, l’oppresseur de toutes les libertés. Aussi, le tableau pouvait-il sans danger être poussé au noir : en médisant de Richelieu, Vigny était assuré de plaire à tout le monde. Aucun vice ne lui est} étranger : cruel (4) jusqu’au sadisme (5), égoïste (6), fourbe (7), goguenard (8), insolent (9), luxurieux (10), d’une vanité ridicule (11), victime, quelquefois de ses «impurs instruments » (12), mais, plus souvent bourreau de ses propres agents (13); dévoré d’une ambition folle (14), qu’interrompent seulement ses terreurs de la mort (15), — trait qui le rapproche de Louis XI, le roi tyran ; — ici, c’est un loup (16) là, c’est un démon (17).
Quelle pauvre figure fait le Roi en face de lui! Si Vigny aime à évoquer Henri IV (18), il ne cache aucune des tares de son fils : son impuissance à vouloir, prince qu’on gouverne par des éclats de voix (19) ; sa lassitude de tout et de sa propre couronne — en quoi il annonce Louis XV (20); — sa puérilité d’esprit (21), son incapacité militaire (22), son incapacité politique (23), sa dureté moqueuse (24) et surtout sa lâche fourberie (25) ; c’est elle qui est le nœud de toute l’intrigue. Cinq-Mars perd courage en voyant ce que dans la balance du destin, pèse «le cœur d’un roi » (26). La solitude de Louis XIIT, en un moment de péril, semble présager déjà la fin de la dynastie (27).
Sur ce roi lâche et la nation soumise, Richelieu fait peser l’emprise du Clergé. Il gouverne le roi par son confesseur qu’il a choisi (28) ; par le P. Joseph, espion du ministre et confident du prince (29) ; il tient la nation par les tribunaux ecclésiastiques et par la docilité d’un épiscopat sans conscience,
ÉORUSE
2. On avait demandé que les victimes des cours prévotales fussent pendues, ensouvenir de l’ancien régime (1b., 95).
8. 1, 97.4 4, 137,185. 5. IF, 160. 6. I, 139,207. I 416% Au6.
8. 1,167, cf. I, 188. À Joseph : « Je commence aussi à trouver que la pourpre t'irait bien, car les taches de sang ne s’y voient pas » Cf. Huco, Hernani:
«Le bleu manteau des rois pouvait gêner vos pas : La pourpre vous va mieux, le sang n’y paraît pas ».