‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 75 sur 311 · III. — LA MARÉCHALE D’ANCRE · texte numérisé non relu

III. — LA MARÉCHALE D’ANCRE

En 1834, Vigny écrivait Chatterton, et, en songeant à l'originalité de son premier drame : « Avec la Maréchale d’Ancre, dit-il, j'essayais de faire lire une page d’histoire sur le théâtre (2) ». Dans la Maréchale d'Ancre, reste fidèle aux principes de déformation des faits énoncés en tête de Cing-Mars. Son héroïne n’est pas plus historique que ne l'avait été Richelieu ou le P. J oseph.

L’idée primitive est, on l’a dit : l’abolition de la peine de mort pour crimes d’État. Mais derrière le procès des ministres, c’est tout le régime déchu qui lui apparaît, etla chute de Concini ne devient qu’un artifice pour évoquer la chute de Charles X. Le pamphlet de circonstance devient donc un tableau satirique de la vie politique, à la façon de Cing-Mars.

Pour animer ce tableau, il y joindra — sans que la fusion des deux trames soit parfaitement accomplie — une histoire d'amour à l’italienne, où puisse se révéler le talent de Mme Dorval, qu’il commence à aimer en secret (3). Enfin, à un pian plus éloigné encore des réalités présentes, se déploie l’idée de la Destinée, déjà flottante dans les Poèmes et dans Cing-Mars, mais qui revêt ici une force d’obsession singulière. Si bien qu’en définitive, la Maréchale a un intérêt triple, parce qu’elle révèle simultanément trois plans d’inspiration distincts : c’est un ouvrage politique de circonstance, une peinture historico-politique, et un drame « philosophique ».

Vigny n’a rien négligé de ce qui pouvait faire de la marquise d’Ancre une intéressante victime d’adversaires aveuglés : on recourt contre elle aux plus grossiers subterfuges : la magie, la sorcellerie, le témoignage d’une italienne affolée de jalousie ; on choisit pour la juger ceux-là mêmes qu’elle a élevés dans leur charge et qui, hier, comme Thémine, se vendaient à sa faveur. Ainsi les Pairs,

4. Odilon Barrot, préfet de la Seine, avait qualifié l’adresse de « démarche inopportune ». 2. J., 90.

3. « C’est une femme de vingt-neuf ans, passionnée et spirituelle », R, D. M., 700). Me Dorval, née en 1798, avait alors trente et un ans.

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