‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 88 sur 311 · V. ci-dessous, section III · texte numérisé non relu

V. ci-dessous, section III

&.« L’abolition de la peine de mort, dit Ballanche, est... la grande pensée géné-" rale, actuelle ou plutôt c’est la pensée extérieure qui sert d’enveloppe à la pensée intime à la pensée palingénésique et profondement religieuse de entière évolution du christianisme » (France Lüt., 1832, I, 236 et sv.). La Ville des Expiations est

précellence de l’esprit sur la force brutale ; il détourne ses yeux du passé ; mais la lumière qui guide le penseur chrétien manque au poète agnostique, et c’est par lueurs, séparées d’intervalles obscurs, qu’il réaperçoit Ballanche à travers le déroulement des Consultations.

De même que Ballanche, l’auteur de Paris ne craint ni ne souhaïte une renaissance du dieu hébraïque (1) ; il a (peut-être, mais non sûrement) pensé à l’auteur d’Orphée dans les lignes finales du poème, les seules où une espérance mélancolique se fasse jour à travers l’imprécision des mots.

Contre la violence, en effet, des voix pénétrantes se sont élevées :

surtout, à vrai dire, un asile ouvert aux victimes du sort ; aux criminels par devoir ou par erreur. La pensée de Ballanche est hostile à la peine de mort, à la mendicité, au paupérisme urbain : l’organisation laborieuse et agricole de sa Ville utopique la lui fait définir une « Salente chrétienne » (XIX, 1835, 231). À cette Salente, l'étranger ne parvient que par une initiation subtile où se déploie l’imagination de l’auteur d’Orphée ; un vieillard « vêtu d’une longue robe de lin » (1833, 237), fait pénétrer le visiteur dans un temple où l’on aperçoit une triple profondeur d’étoiles d’or sur fond d’azur: les quatre époques du monde y sont représentées symboliquement : la chute, le-déluge, la médiation, et l’époque à venir, réalisation totale du monde, sorte d'actualisation de Dieu. La Ville des Expiations connaît «la charité chrétienne pour base d’un nouveau régime pénitentiaire » ; le Lévitique y est répudié ; la doctrine maistrienne flétrie : « L’erreur de M. de Maistre est de vouloir nous replacer sous les dures lois de la solidarité antique, de la division initiale des castes, sous les lois traditionnelles, absolues, immobiles, de l'Orient, La Société qu’il voudrait rétablir. est condamnée par Celui qui a établi dans un temps la loi de la terreur et de la chair, et dans un autre temps. la loi de l'amour et de l’esprit ; par celui qui avait enfermé la deuxième loi dans la première, pour que l’une fût un développement et un corollaire de l’autre » (1834, 17-18). La Ville renferme «un collège de théosophes qui étudient sans relâche les monuments impérissables.. de la sagesse humaine. Les sages enfermés dans cette enceinte sont peu nombreux,ils se mêlent dans.le monde pour y répandre des idées” pour connaître celles qui circulent, pour rester en sympathie avec le mouvement des affaires humaines » (1833, 239-240) : c’est presque, à l'avance, la formule de Daphné, mais ‘d’une Daphné chrétienne. Une autre trace de la Ville des Expiations dans l’œuvre de Vigny est cette ébauche de poème : Les Trois forçats, où l’on voit trois libérés se tuer parce que la vindicte sociale leur ferme toutes les portes {(J., 256-257). ae D PT ENG PEL RENTE TL Le Sur nous L’ange exterminateur frapperait à genoux, Et sa main, à la fois flamboyante et timide, Tremblerait de commettre un second déicide.

Ces vers de Paris semblent une réponse à de Maistre qui avait dit : « Lorsque les crimes, et surtout les crimes d’un certain genre, se sont accumulés jusqu’à un point marqué, etc. » (Soirées.., septième entretien). Ainsi s’expliquent les maux de la France après son régicide de 1793. Paris s’inscrit en faux contre cette menace.

celles de quelques hommes « élus entre mille milliers de mille (1) » et susceptibles de constituer cette « aristocratie de intelligence » dont « l’électivité (2) » est la marque.

Songe qu’au-dessus de ceux dont j'ai parlé, etc (3).

En définissant ainsi «ses frères,» Vigny, donne une première expression, à demi religieuse (4), encore hésitante et enveloppée, de cette noblesse du poète qu'il va affirmer dans Stello.

Paris posait une question : Stello y répond. Le Journal est muet sur la genèse de cette œuvre ; mais nous savons que, dès le 21 novembre 1831, {Vigny avaitentrepris un drame de Madame Roland (5) où le peuple devait jouer un rôle ; il ne l’écrivit pas, et, tout em égratignant les Girondins dans Paris, en garda quelques cartons pour Stello. Les Mémoires (6) nous apprennent qu’en février 1831, causant avec le roi Louis-Philippe, il est curieux de détails sur Robespierre. Quand la Maréchale d’Ancre est jouée en juin, son

attention est déjà toute à l’ouvrage futur, qu’il date de janvier

1832, et il l'annonce ainsi à Lamartine, le 24 mars : « Je vais vous envoyer bientôt un livre qui s’appellera Stello. Cela ne veut rien dire, n'est-ce pas. ? Vous n’en penserez pas autant après l’avoir lu, j'espère (7) ».

De 1830 à 1832, la vie politique a évolué, non sans effort, vers la « résistance ». Casimir Périer avait constitué son ministère le

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