‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 98 sur 311 · Inédit · texte numérisé non relu

Inédit

Enfin, cet événement marque le règne de la Bourgeoisie, qui.

formait sous la Restauration le parti libéral. Tout le sépare d’elle. « Durant tout le règne de la Restauration, écrira-t-il un jour, on. sentit un désaccord secret et profond entre les Bourbons et le pays.

«La Bourgeoisie est maitresse de la France ; elle la possède en loñgueur, en largeur, en profondeur. Elle tient le sol, qu’elle fait trancher, retourner et aplanir par la pioche et l’arau du journalier ; les capitaux, qu’elle fait circuler et multiplier par les ouvriers de ses fabriques. Elle régit la force publique par ses magistrats, ses notaires, ses avoués et ses huissiers, elle juge le paysan et le grand seigneur... Du maréchal au caporal, elle commande presque seule toutes ses armées. » (1)

Pourtant, insatisfaite, elle a travaillé à renverser la monarchie, cachant, comme on l’a vu, sous l’apparent amour de la liberté sa haine de la noblesse.

«Ce mot était difficile à prononcer, péché lourd à porter, amer aux lèvres qui l’auraient confessé, parce que c’était une pensée envieuse et basse, un sentiment d’affranchi. Aussi ne fut-il prononcé par personne. Deux règnes et une fièvre de liberté ont fait sortir de toutes les âmes tous les aveux, hormis celui-là (2) ».

Dès 1831, dans sa lettre à l'Avenir, Vigny égratigne les « parvenus » de la « banque et du haut commerce », et leur reproche « sécheresse d’accueil, sécheresse d’âme, nullité de goût, hauteur (3)». Les Mémoires, écrits plus tard, abonderont en réflexions

1. Inédit. En 1833, dansses Vues sur l’Histoire contemporaine, Louis de Carné, gentilhomme catholique semi-libéral, insiste sur cet antagonisme de la bourgeoisie et de la Restauration : « Il est incontestable, dit-il, que le dogme fondamental et l’alentour obligé de la dynastie répugnaient instinctivement à tout ce qui, dans. la Chambre actuelle. sympathisait de près ou de loin avec les opinions de 89. [Chez les bourgeois] le constant embarras que produisait. la profession obligée d’un culte d'amour. auquel ne les associaient ni leurs amours, ni leurs affections politiques, les constituait dans un état de gène, de méfiance, et, par cela même, d’opposition permanente... Aujourd’hui que le principe et le drapeau du pouvoir ont changé, la bourgeoisie n’est plus fascinée par cette susceptibilité jalouse et cette irritabilité inquiète. Elle ne porte plus dans la vie publique que ce qui lui appartient en propre : un sens droit, mais borné, une probité trop égoïste, et des goûts de liberté étroitement subordonnés aux intérêts d'ordre matériel » (Vues sur l’histoire contemporaine, 11, 219-220), C’est tout à fait la pensée de Vigny, sous une forme un peu moins agressive, 2. Znédit.

3. Œuvres Posth., Ed. Séché, 221. I aurait pu ajouter : irreligion « L’ivréligion, dit un historien catholique, avait alors ce caractère d’être plus bourgeoise encore que populaire... N’a-t-on pas constaté combien il y avait de bourgeois, de « messieurs bien mis», parmi les dévastateurs de Saint-Germain-l Auxerrois ?»(THURIN- DANGIN, 0, c., I, 212).

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LA CRITIQUE POLITIQUE DANS STELLO 99 amères et satiri

ques sur les prétentions des vainqueurs de juillet : «La Bourgeoisie

est une aristocratie passionnée. Elle se sent humilée de la présence de l’ancienne noblesse, qui doré entre elle et le trône. EIl Soit la Cour (1).

forme un nuage e aspire à un trône bourgeois où elle » Le régime satisfait-il ce vœu en lui ouvrant la Chambre des Pairs ? Aussitôt, Vigny conteste l’utilité d’une Chambre haute. « Que représente, dit-il, M. Laïné ? Un homme de talent apportant à la Chambre l'influence de ses lumières ? Bien ! Mais que représenterait son fils ? Rien, si ce n’est la mémoire de son père (2) ».

La plus forte tête de cette aristocratie bourgeoise est Casimir- Périer, Prompt à réprimer les désor l'élément militaire, et les officiers libéraux de l’Empire, tenus à l'écart par la Restauration, font brillante figure autour du trône. Vigny les déteste. Stello a des mots haineux pour les « bons petits vieux généraux del signor Buonaparte (3) », et marque peu de goût

dres de la rue, il s'appuie sur

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