VIU. LE BAPTÊME DE JÉSUS
En effet au moment où, devant Ténor mité de ces recherches sur lui-même, devant la complexité de cet examen de conscience avec retours constants et multiples sur la société qui l'entoure et l'histoire du passé, Jésus entrevoit la vérité supérieure qui sera la clarté souveraine pour sa carrière terrestre, mais ne possède encore que le cadre général, que Tidée principale de son ministère, Jean-Baptiste qui poursuivait un examen de conscience plus simple, plus élémentaire était déjà arrivé à la pleine possession des moyens qu'il devait employer. Pour Jean l'expérience personnelle de l'obligation et du péché l'a amené à la certitude de la nécessité pour tout homme de la repentance (iMatth., m, 1-12; Marc, i, 2-8; Luc, ni, 1-18). Voilà le seul élément moral qu'il possède en propre pour juger la tradition religieuse de son peuple. L'idée mes sianique n'a pour lui que le contenu historique. Son expérience morale l'amène seulement à comprendre que la régénération morale doit, comme cause, précéder la restauration nationale, comme effet; sa prédication il est vrai est toute imprégnée de cette pensée. Mais sa conception messianique reste la conception juive contemporaine. Ce qu'il apporte de o. r, 6
nouveau, c est la vivification des besoins moraux et des espérances morales ; ce qu'il présente, c'est la nécessité d'un renouvellement de vie morale, c'est une rupture avec les habitudes pécheresses. Il ne se fait pas d'illusion et ne pense pas pousser l'homme à réaliser ainsi par sa décision personnelle son propre salut. Il annonce bien qu'il ne fait que préparer l'œuvre de salut, que le don de Dieu nécessaire pour transformer l'homme pécheur, un autre que lui, le Messie pourra le communiquer (Matth., m, 11, 12; Marc, i, 8; Luc, iir, 15-17). Mais il exige que l'bomme fasse tout ce qui dépend de lui, la confession publique de repentance et du besoin d'un renouvellement de vie, pour que l'œuvre messianique vraie puisse ensuite être inaugurée*.
Il paraît que cette courageuse initiative du Baptiste répon-* dait bien exactement aux préoccupations des contemporains.
^ Nous devons à ce sujet exposer la pensée de M. de Pressensé. Les indications de Dieu ne sont pas pour lui des faits moraux, mais avant tout des faits extérieurs, magiques, merveilleux. « Sans doute Jean avait reçu des révélations directes sur la prochaine apparition du Messie... Son mandat lui a été directement conféré du ciel ». Certainement, mais la forme employée par M. de Pressensé laisse supposer que ce n*est pas par la voie morale que s*est faite celte communication de Dieu à Jean. Et cependant M. de Pressensé dit cxcellcment de cette appaiition de Jean : a L'Ancien Testament revit en Jean-Baptiste. Les deux grandes paroles qu*il apporte du désert résument les deux révélations capitales auxquelles aboutit toute la préparation évangélique, loi et prophétie, dénonciation du péché et promesse de pardon, flamme qui consume et lumière qui console, n'est-ce pas toute Tancienne alliance? » Et comme il exprime clairement la réformation réelle, pratique, qui se rattache à Jean ! a II substitue la notion de la purification morale à celle de la purification rituelle. » Mais nous retombons dans la mystérieuse communication : « La révélation que Jean avait reçue au désert sur le Messie avait éclairé pour lui d'un rayon les obscures profondeurs de son existence éternelle. »
Citons, à l'appui de notre explication de Tœuvre du Baptiste, l'opinion de Reuss : « Le baptême d'eau n'est qu'une cérémonie symbolique, pratiquée peut-être ici pour la première fois dans cette forme et dans ce sens spécial ; il représente la purification intérieure promise par ceux qui le reçoivent, ou, si l'on veut, opérée en eux, mais par suite d'une résolution subjective et de leur propre énergie morale. Le baptême de l'esprit doit donner quelque chose de plus, quelque chose de foncièrement différent, puisque Jean se déclare impuissant à l'administrer. »
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puiçque sa prédication attirait tant d'auditeurs, puisque son baptême recrutait tant d'adeptes (Matth.,ni, 5,6; Marc, i, 5 ; Luc, III, 7-14). L'impression produite sur Jésus est considérable. U était à ce moment de sa pensée, où il se demandait non pas quel était son devoir, sa tâche, mais comment il convenait de commencer, quels moyens il convenait d'employer. Et l'apparition de Jean-Baptiste au désert est comme la réponse fournie par Dieu lui-même. Elle lui montre : 1^ que le peuple éprouve un besoin profond, instinctif, irrésistible de purification, de délivrance du péché, de vie nouvelle droite et sainte, c'est-à-dire que le peuple juif présente les prédispositions nécessaires pour l'œuvre même qu'il doit accomplir ; 2^ que la voie tracée par le Baptiste, de la repentance et du baptême est l'introduction naturelle de sa mis sion^ qu'il doit s'y rattacher et entraîner dans cette direction la masse des indécis, des hésitants ; 3^ que le moment est venu pour lui de se mettre à son œuvre. Pour Jésus, il n'y a pas de doute que cette mission de Jean ne soit voulue de Dieu, ne soit une préparation nécessaire. C'est pour lui une indication d'en haut, de son Père. Et alors il faut qu'il aille, qu'il se rende sur les lieux où cette œuvre s'accomplit. Il convient qu'il se mette d'abord à l'école, sous la direction de ce Jean à qui Dieu confie une mission avant d'avoir offert à son Fils le moyen et l'occasion d'entrer dans sa tâche. Il n'est pas question ici pour Jésus d'un devoir, mais c'est une convenance historique (Matth.,iii,15); il ne peut se rattacher à l'œuvre de Jean qu'en la soutenant de son exemple, qu'en s'y soumettant le premier. Par ce moyen il sera mis en présence du Baptiste et Dieu sait ce qu'il en tirera pour l'exécution de ses plans ^
^ Nous ne pouvons comprenais Topinion de Renan que les relations de Jésus avec Jean-Baptiste tendirent plutôt à faire dévier de sa voie le jeune prophète de Nazareth. G*est que Renan ne voit pas Timportance de la tendance morale que Jean donne aux espérances messianiques. Pour lui toute rotilité de Jean a été de substituer un rite privé, le baptême, aux cérémonies
La rencontre est solennelle (Matth., m, 13-17 ; Marc, i, 9- 11 ; Luc, III, 21 , 22 ; Jean, i, 32-34). Jean demandait à tous une confession des péchés commis. Jésus n'a pas de péché à se reprocher, et il vient confesser sa sainteté avec une autorité qui s'impose de suite au Baptiste. Jean n'a donc pas de baptême k administrer, mais Jésus réclame de lui qu'il se soumette à une convenance qu'il ne comprend pas. Par cet acte de déférence vis-à-vis du Baptiste, d'obéissance à l'indication historique de Dieu, Jésus s'est incorporé volontairement à cette foule d'Israélites fidèles qui attendent le Messie et se préparent à faciliter, à seconder son œuvre. C'est là sa place, c'est en ce cercle restreint que peut commencer son action avec quelque chance de succès. Mais cet abaissement volontaire est récompensé par un don nouveau, un privilège plus haut encore que Dieu lui accorde. Le Saint-Esprit désormais habite en lui.
Nous nous souvenons que, dès sa naissance, Dieu exerce en Jésus son influence sous la forme instinctive de l'attrait naturel du bien. Du moment où Jésus devient conscient de cette initiative bienfaisante de Dieu en sa faveur, il y répond en entrant en relation consciente avec Dieu, toujours consulté, toujours écouté. Jésus soumet volontairement, délibérément, sa volonté à la direction de la volonté suprême, son cœur à l'amour du Père. Le développement devient complet, atteint son apogée, quand Tœuvre de la liberté humaine attire cette
légales, et par là de préparer la suppression des prêtres. Il conclut que la seule chose que Jésus dut à Jean ce furent en quelque sorte des leçons de prédication et d'action populaire. Cest enyisager les événements par leur petit côté. Nous ne comprenons pas davantage Tinterprétation qu'on veut donner du baptême de Jésus, sans s'appuyer sur aucune espèce dlndice, et sans même tenir compte de la valeur exacte des paroles prononcées, en en faisant Toccasion d'une confession par Jésus des péchés de l'humanité. (( Celui qui veut mourir pour la race déchue ne peut-il pas se repentir pour eUe et porter sur son cœur le fardeau de ses misères morales ? » (De Pressensé.) Nous sommes dans le domaine de l'imagination et non plus de la réalité historique. Quant à Ghavannes, il fait, au contraire, de Jésus un disciple du Baptiste, ce que nous ne pouvons pas mieux accepter.
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nouvelle bénédiction qui est comme la réintégration dans la sphère consciente de Tétat initial, tel qu'il était dans rincpnscient. La communion volontaire devient l'union intime. Au début le mal est partout repoussé» le bien partout accepté, mais sans raison, presque sans intelligence, par un instinct naturel heureux. Dans la deuxième période, le mal est reconnu comme tel, repoussé comme tel, le bien recherché comme tel, par obéissance, par amour pour Dieu. Dans la troisième période, l'action de l'Esprit de Dieu sur l'esprit de Jésus est si prompte, si facile, si habituelle, que, pour Jésus comme pour Dieu, le mal sitôt démasqué est devenu impossible. Au début la relation avec Dieu n'est pas consciente. Jésus ne sort pas de lui-même, c'est en lui que sans le savoir il trouve Dieu. Dans la deuxième période, Jésus se distingue de Dieu, et le cherche, et sort de lui pour le trouver, et la relation devient objective et consciente. Dans la troisième période, la relation reste consciente, mais Jésus ne sort plus de lui-même, c'est en lui que constamment et sciemment il rencontre Dieu.
Jésus possède maintenant en lui la capacité de voir comme Dieu, déjuger, d'apprécier comme Dieu, de se mettre en tout facUement, aisément au point de vue de Dieu, à la place de Dieu. C'est là tout à la fois le résultat de son travail de conscience et de pensée, et la confirmation des résultats obtenus parle don de Dieu, la bénédiction de Dieu. Il est précisément au point de passage entre cette époque où les événements extérieurs lui enseignent sa voie, la volonté de Dieu, et cette époque où il trouve en lui la vue immédiate de la direction divine.
Jusqu'ici nous avons essayé de montrer le mode moral des interventions et révélations de Dieu. Voici une occasion, le Baptême de Jésus, où nous devons examiner s'il faut admettre une voix mystérieuse se faisant entendre du ciel. Si nous regardons à Jésus, cette manifestation est superflue; la révélation s'est faite, complète et décisive, dans le travail de sa conscience, et l'éclat soudain d'une proclamation céleste n'y ajouterait rien. Nous n'avons pas à faire entrer en comptes
pour le développement moral de Jésus» cette intervention. Si nous voulons en trouver la signification pour nous aujourd'hui» il faut reconnaître cpi'elle est nulle. Ou la voix extérieure affirme ce qui est conforme au développement moral et ce qui va se manifester par les faits, et alors nous avons les preuves suffisantes de la vérité de ce qu'elle avance dans l'étude morale et dans Tétude historique ; ou elle proclame quelque chose qui n'a point d'appui, ni dans la conscience ni dans l'histoire, et alors elle est pour nous sans importance. Rien de plus faux et de plus inacceptable que la prétention d'appuyer notre foi actuelle en Jésus sur les voix surnaturelles qui se sont fait entendre dans le cours de son ministère. Mais on peut soutenir que cette intervention était nécessaire pour les' étrangers qui assistaient au baptême de Jésus sans le comprendre, qu'elle leur donnait à eux l'impression qu'ils devaient ressentir, mais qu'ils étaient incapables de trouver par euxmêmes. Â cause de la distance énorme qui sépare Jésus même de Jean-Baptiste, il faudrait une explication des états d'âme qui sont clairs et compréhensibles immédiatement pour Jésus. Nous reconnaissons la justesse de cette observation. Et comme nous avons d'autres exemples historiques de voix mystérieuses entendues, nous ne faisons aucune difficulté à admettre que nous avons ici un de ces cas. Cependant nous devons aussi faire remarquer que c'est le propre du langage religieux que de prêter une voix distincte, soue forme de paroles formulées, k l'impulsion muette des événements, à la signification silencieuse et cependant éloquente des faits. Rien ne nous parait plus vraisemblable qu'une impression profonde produite sur Jean-Baptiste, en sorte que l'événement semble lui crier de la part de Dieu (Matth., m, 17; Marc, i, 11; Luc, III, 22) : Celui-ci est mon Fils bien- aimé, en qui j'ai mis tcoite mon afiection ^
*• Beyschlag voit dans le baptême de Jésus le moment de la naissance de sa conscience messianique. C'est exact s*il entend par là la circonstance qui le décide à entrer dans son ministère. Mais il faut alors ajouter que