IX. LA TENTATION
Un bienfait de Dieu n*est jamais un privilège, mais une responsabilité de plus. Jésus possède l'Esprit sans mesure, mais TEsprit n'agit pas mécaniquement. Une fois donné par Dieu, il faut en quelque sorte qu'il soit installé par la volonté de l'homme. C'est là l'explication de la Tentation (Matth., iv, 1-11; Marc, i, 12-13; Luc, iv, 1-13). Par toute sa vie précédente Jésus s*est établi à une hauteur où la décision de faire en tout la volonté de Dieu est inébranlable. Ce n'est plus sur ce point que la tentation peut l'atteindre. Mais nous savons par notre expérience humaine que pour l'homme droit deux étapes différentes doivent être franchies ; la première l'amène à la détermination constante de faire son devoir, coûte que coûte ; la seconde le conduit à reconnaître exactement et facilement en tout quel est le devoir. En réalité il est tout aussi difficile et tout aussi angoissant de savoir discerner son devoir que de savoir l'exécuter. Seulement cette inquiétude ne se fait connaître qu'à celui qui est déjà décidé . à obéir à l'obligation. Jésus est semblable à nous en ce trait. Jusqu'ici il n'a connu aucune hésitation sur la route à suivre, aucune difficulté dans la détermination du devoir à exécuter, car toute son éducation l'amenait seulement à la décision volontaire du bien, du devoir accepté. Maintenant la difficulté se présente à lui. Il a en lui la force de la vaincre. La question qui se pose est celle-ci : devant l'indécision où il se trouvera pour déterminer sa route, saura-t-il librement et volontaire-
dès longtemps Jésus a dû faire le rapprochement de son propre état de conscience et de sa propre capacité avec les espérances messianiques des prophètes. Le baptême est donc proprement le moment de Tappel par Dieu au ministère actif, qui suppose dès longtemps la conscience messianique éveillée en Jésus.
ment faire appel à cette puissance souveraine de l'Esprit qui est à sa disposition, mais 'dont il doit s'emparer, ou bien n'aura-t- il recours qu'à des lumières étrangères, insuffisantes désormais pour le conduire dans sa carrière ?
Comment se fait-il que la route à suivre pour son ministère ne se présente pas immédiatement claire et belle à sa pensée ? C'est que le Prince de ce monde a pris la peine d'y entasser à l'avance les obscurités et les difficultés. Il a exploité le besoin naturel du cœur humain, qui aspire à une existence facile, douce et sans secousse, pour amener l'homme à ce point où il s'étonne et s'irrite des peines de la vie, pour disposer l'esprit humain à regarder comme son bienfaiteur celui qui écarte les cailloux et les épines de sa route, plutôt que celui qui lui apprend à les accepter. Dans son œuvre messianique, si Jésus se présentait comme supprimant à son profit et au profit des autres les misères physiques, ce serait pour lui une chance de succès considérable. Et au point de vue humain, il n'y a ni défaillance morale, ni infidélité à Dieu à vouloir être de cette manière le bienfaiteur de l'humanité. Mais l'Esprit de Dieu consulté à ce sujet établit de suite la supériorité qu'il y aurait à faire accepter par confiance en Dieu, par obéissance à la volonté de Dieu, les épreuves de la terre qui ne sauraient être inutiles, superfiues, mais qui doivent être des instruments dont Dieu se sert pour ramener les hommes à lui. En conséquence Jésus s'interdira de supprimer pour lui ou pour les autres les difficultés matérielles et les souffrances physiques, qu'il s'efforcera au contraire de faire tourner en auxiliaires de sa tâche.
Le Prince de ce monde a exploité l'attrait mystérieux qu'exerce sur les hommes le merveilleux, dans un état d'ignorance presque complète des lois de la nature, pour faire regarder la magie comme le vrai mode de la religion. Ne pouvant supprimer du cœur humain le besoin religieux qui demeure comme un symptôme ineffaçable de la vraie destination de l'homme, il a du moins voulu en obscurcir la vraie nature, en pervertir les manifestations, et cela sous une
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double forme, en séparant pour l'homme le domaine moral du domaine religieux, en transformant pourDieu Tintervention morale en magie. Dans son œuvre messianique, si Jésus se présentait comme suspendant arbitrairement à son caprice les lois de la nature, s'il s'offrait à son peuple sous la forme d'un thaumaturge, ce serait pour lui une chance de succès énorme, et en jugeant au point de vue des hommes, il n'y aurait aucune infidélité à sa mission à se servir ainsi du besoin de merveilleux, k satisfaire cette aspiration naturelle de l'homme qui ne veut se confier qu'à Dieu et qui ne voit Dieu que dans la magie. Mais l'Esprit de Dieu, consulté à ce sujet, entrant ici en activité, établit bien clairement le danger de la confusion de l'intervention morale de Dieu avec le merveilleux et la magie, réclame que tout élément superstitieux soit écarté de l'œuvre du salut, exige que les hommes soient appelés à se décider uniquement devant le salut lui-même et non devant des moyens extraordinaires employés pour l'accréditer, mais sans relation directe et nécessaire avec lui. En conséquence, Jésus s'interdira toute démonstration de puissance surhumaine qui n'aurait pas sa raison morale, qui ne serait pas directement imposée par Dieu. Il ne fera jamais appel à rétonnementy à l'éblouissement provoqués par une action destinée seulement à mettre en évidence sa supériorité sur la nature.
Le Prince de ce monde a su enfermer presque complètement, enchaîner solidement l'homme dans les réalités sensibles qui forment ici- bas le cadre de son existence. Il a donné aux biens terrestres une taleur si grande, il a attaché les désirs des cœurs et les ambitions des esprits si fortement aux satisfactions et aux succès d'ici-bas, qu'en comparaison les biens spirituels et les réalités invisibles semblent bien pâles et bien insuffisantes. Sous l'empire du Prince de ce monde, la terre prend pour l'homme toute l'importance, les bonheurs présents deviennent avant tout désirables. Ce trait de la puissance du péché, cette préférence donnée aux intérêts et aux bienfaits d'ici-bas, s'appliquant à la noble espérance messianique des
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Juifsi l'avait modifiée de manière à faire prédominer en elle l'élément politique et national sur l'élément spirituel et moral. C'est là certainement l'œuvre de l'adversaire de Dieu que d'avoir introduit la corruption de son influence matérialisante sur ce magnifique don de Dieu, l'idéal messianique. Sous l'influence du Prince de ce monde, le peuple juif fait du Messie, personnage moral et religieux, un être politique et guerrier ; del'œuvre du salut, délivrance de l'empire du péché, un affranchissement national ; des bénédictions de Dieu, spirituelles et célestes, les avantages et privilèges terrestres assurant sa domination sur tous les autres peuples. Dans son œuvre messianique, si Jésus se présentait comme un révolutionnaire, brisant le joug des Romains, appelant la nationaux armes, comme un général conduisant le peuple à la victoire, comme un roi. triomphant mettant sur sa tête la couronne de David, son grand prédécesseur, ce serait pour son œuvre une chance énorme de succès auprès du peuple, prêt à se dévouer pour lui, disposé à lui assurer par son sang joyeusement répandu non seulement le pouvoir national, mais encore l'empire du monde. Et, considérée au point de vue patriotique, cette tâche ne manque pas de grandeur, ne semble pas incompatible avec une réformation intérieure, avec un développement moral et religieux des institutions dlsraël. Mais l'Esprit de Dieu, donnant à cette occasion la vue immédiate de la vérité dans toute sa profondeur, y démasque une idolâtrie latente.
C'est, en réalité, la volonté du peuple, égaré en ce point comme en beaucoup d'autres par les ruses du Prince de ce monde, c'est-à- dire c'est la volonté de Satan qui se propose ici en contradiction avec la volonté de Dieu, ou du moins cherchant à s'y substituer par ruse. Céder à cette exigence nationale, c'est, en réalité, accomplir la volonté de Satan plutôt que ceUe de Dieu, c'est adorer Satan et non pas Dieu. Jésus ne se permettra dans l'exécution de son œuvre aucune concession aux ambitions charnelles du peuple, il ne cédera pas à l'entraînement de faire œuvre politique et
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nationale, il fera l'œuvre de Dieu, spirituelle, morale, religieuse ^
Jésus s'engage donc par avance à respecter les lois morales de répreuve, les lois physiques de la nature, les lois politiques de l'histoire^. Il trace les limites restreintes de l'œuvre qu'il veut accomplir. Et c'est là la première manifestation de l'existence en lui de l'Esprit dans sa plénitude. La tentation que faisait naître pour lui le don de l'Esprit, et que Satan savait exploiter avec habileté, était vaincue ; il s'était montré capable de faire appel au secours de l'Esprit contre les insinuations du Prince de ce monde ; il venait de faire l'expérience qu'il savait désormais discerner de suite le point de vue de Dieu en toute occasion. 11 ne lui restait plus qu'à faire comprendre aux hommes le travail intérieur qui venait de s'accomplir, afin de tracer à leurs yeux les limites qu'il reconnaissait à son action. Ne pouvant exposer tout au long ce qui s'était passé, il devait préciser par des faits particuliers, concrets, les principes généraux qui s'étaient offerts à lui ; il devait personnifier directement la tentation et établir en face de lui l'adversaire qui indirectement avait préparé les occasions de se tromper sur le chemin à adopter, les moyens à employer ; il devait prêter à l'Esprit un langage accessible.
' Renan attribue à Féchec de Juda le Gaulonite cette influence d*aToir détourné Jésus de la voie politique. Il ne nous semble pas nécessaire d*avoir recours à de pareilles explications, à des avertissements extérieurs, quand nous pouvons trouver dans Texpérience même de Jésus, dans la logique de ses dispositions la clef de ses résolutions. L*erreur capitale de Renan dans son étude sur la préparation de la carrière et de la pensée de Jésus, c'est de foire de ce développement le produit complet des circonstances, sans tenir aucun compte de ce qui lui donne son caractère spécial dès le début : sa sainteté. Ce n*est pas, comme dit Renan, sa belle nature qui le préserva de Terreur qui eût fait de lui un agitateur ou un chef de rebelles, mais bien sa volonté réfléchie et le secours de l'Esprît.
* Nous croyons notre expression meilleure, plus exacte que celle de D.-H. Meyer : « Cette filialité divine, Jésus savait qu'il devait la manifester au sein d'une vie vraiment humaine sans user de sa puissance surnaturelle pour se soustraire aux besoins, aux souffrances, aux conditions d'existence physiques et morales auxquelles les autres hommes sont assujettis. »
compréhensible à tous, en donnant à son influence l'expression empruntée aux livres sacrés inspirés par lui. C'est ainsi qu'a dû se former pour Jésus l'admirable récit destiné à faire saisir la nature et la portée de la tentation subie par lui au désert.
La tentation de supprimer les souffrances, les besoins et les difficultés pratiques de l'humanité, s'exprime sous forme de pierres à changer en pain, et l'influence de l'Esprit qui la repousse s'exprime sous forme du passage qui fait de toute volonté de Dieu, quelle qu'elle soit, une nourriture pour l'homme. La tentation d'opérer une action puissante par voie de magie s'exprime sous forme de la témérité qu'il y aurait à se jeter du haut du Temple avec l'assurance du secours de Dieu, et l'influence de l'Esprit qui la repousse s'exprime sous forme du passage qui interdit de provoquer une intervention de Dieu, uniquement par ostentation. La tentation de concéder quelque chose aux ardentes espérances politiques du peuple s'exprime sous cette forme, qui en est le fond véritable, de la réclamation de Satan qui promet l'empire du monde à qui veut l'adorer, et l'influence de l'Esprit, qui en démasque la vraie signification, s'exprime sous forme du passage qui réclame l'adoration pour Dieu seul^
*• Rappelions ici Tinterprétation ordinaire de la tentation. Voici les réflexions de M. de Pressensé : « Quand on doit représenter une austère et sainte pensée, il est salutaire de vivre face à face avec elle et d'échapper à toutes les atténuations que les hommes lui feront subir. » Mais ne nous y trompons pas, M. de Pressensé ne va pas se contenter de ce point de vue moral. « De l'innocence naturelle et instinctive, il a dû s'élever à la sainteté voulue, périlleux passage où a succombé le premier Adam, mais où le second a vaincu avec les seules armes de la foi et de la prière sans s'être fait de sa divinité éternelle une impénétrable cuirasse. » Nous croyons que ce développement est fait dès longtemps, mais nous avouons ne pas comprendre comment Jésus se fut armé de sa divinité. Avec cette formule nous sortons de la réalité historique. En appliquant cette réflexion à la tentation, M. de Pressensé se condamne à ne pas comprendre l'importance particulière de cet événement. Jésus, ayant déjà passé de l'innocence instinctive à la sainteté réfléchie, va subir un autre d^ré de tentation qu*Adam, et il s'y présente avec toutes les ressources, possibles pour lui, mais non
Voilà le résultat de cette nouvelle expérience, de ce nouvel
nécessaires, de Fesprit dans sa plénitude. « Ce n'est pas que Fâme pure de Jésus ait été un seul instant attirée vers le mal, mais elle j a été certainement sollicitée du dehors, par le moyen d'une vision. » Il &ut avoir recours à une vision objective, ce n*e8t donc pas un processus intérieur. Nous crojons que le domaine de cette vision est Tintelligence même de Jésus et Toccasion, la nécessité pour lui de déterminer le chemin qu'il vent suivre. Ce n^est pas sur le but qu*il y a tentation, parce qu'à ce sujet il ne saurait y avoir hésitation pour Jésus ; c'est sur le moyen, parce que Jésus homme n*a pas de suite la science infuse des procédés historiques et des conséquences morales immédiatement reconnues. Cependant M. de Pressensé déclare que les traits concrets du récit recouvrent des principes généraux. « La lutte serait peu digne du Christ s'il s'agissait uniquement pour lui de résister à sa faim, de ne pas se prêter à un acte vaniteux et de refuser une gloire grossière.» .. 11 est directement appelé à décider s'il accomplira la loi suprême et unique du monde moral, qui se résume dans l'obéissance et Tamour, ou s'il cherchera sa propre satisfaction, son propre intérêt. » Non pas directement, car cette tentation4à est déjà vaincue par toute son existence précédente, mais indirectement par l'emploi de moyens qui n'atteindraient pas le but. Voici les vraies tentations d'après M. de Pressensé : « Mets-toi au-dessus de l'ordre providentiel pour satisfaire ta faim Fais des miracles d'éclat, des prodiges qui n'aient d'auti*e
résultat que d'étonner et de fasciner le peuple Sois ton propre envoyé
et non celui de Dieu Après tout, le tentateur ne fait au désert que
résumer par d'expressifs syniboles tout le programme du faux messianisme juif qui, lui aussi, mettait sous le couvert de paroles saintes les rêves d'une ambition chameUe et terrestre. » Alors qu'est-il encore besoin d'une vision objective ? Certes, Jésus a eu sous les yeux le tableau réel qui constituait pour le Messie la tentation, c'est tout ce que sa vie précédente a contemplé des espérances et des attentes du peuple.
D*après Haag: f II était impossible que l'harmonie subsistât longtemps entre Jean, qui espérait un Messie politique, un roi terrestre, un libératem* du peuple, et Jésus qui ne voulait être qu'un Messie spirituel, un réformateur moral. De cette divergence naquirent sans doute des contestations qui donneraient peut-être Texplication la plus naturelle du mythe de la tentation. » Cest plutôt Tindication de l'occasion de la tentation. Jésus trouve en Jean le mélange de toutes les aspirations morales et de toutes les ambitions charnelles, une mission positive de Dieu et une influence indéniable des préjugés du peuple.
Stapfer « explique le récit mystérieux de la tentation au désert d'un
mot : la défiance à Tégard des idées messianiques de son temps Il s'est
douté que la doctrine d'un Messie cherchant sa propre gloire en changeant des pierres en pain, d'un thaumaturge se jetant du haut du Temple pour étonner le monde par ses prodiges, d'un Roi maître de toutes les nations de la terre, devait être une suggestion de l'Esprit des ténèbres et non pas ridée messianique conforme à la volonté de Dieu. »
examen de conscience plus profond encore. Jésus est prêt à commencer son œuvre. Il est devant son peuple avec la compréhension claire et complète de tous les éléments qu'il a sous les yeux. Au-dessus de lui, Dieu, son Père, qui le protège, qui l'a envoyé, qui lui conférera partout la force strictement nécessaire pour accomplir son œuvre sur la terre. Le seul danger pour lui à l'égard de Dieu serait de provoquer itmtilement son secours. Il est écarté par la décision qu'il a prise d'attendre toujours avec patience les ordres et les directions du Père, l'heure et les moyens que le Père a fixés. D autre part, en face de Dieu, Satan, hostile, déjà vaincu, repoussé, dont il n'a subi et ne veut subir absolument aucune influence. Le seul danger, de ce côté, c'est que par ruse Jésus soit entraîné à quelque décision qui serait en réalité un acte d'adoration pour Satan; il est écarté par la décision qu il a prise de n'accorder son adoration qu'à Dieu. Quant à lui, Jésus, il se sait le Fils unique et bien-aimé du Père, ouvrier dès le commencement du monde au service de Dieu pour l'exécution du plan de salut divin, incorporé pour le moment à l'humanité pécheresse afin d y réaliser pleinement les desseins d'amour du Père, ayant reçu pour cette œuvre le don de l'Esprit sans mesure, en sorte qu'en toute circonstance et immédiatement il est en union intime avec Dieu et com- [ncnd tout au point de vue de Dieu, comme Dieu. Le seul tlanger de ce côté serait pour Jésus d'écouter ses besoins physiques d'homme, ou les raisonnements et les préjugés habituels à son époque plutôt que de subir l'influence de l'Esprit; il (st écarté par l'installation solennelle de l'Esprit en lui, 1 acceptation de ses directions au moment de la Tentation du déi^ert^ En présence de lui, le peuple juif dont il est histo-
' D.-H. Meyer : « Ce qui fait le fond, l'onginalité et runité de la UDu-^fcience que possède de lui-même cet être à la fois divin et humain qui, lietirlant les jours de sa vie terrestre, s*appelle Jésus de Nazareth, c'est que ijous la forme de la libre et douloureuse obéissance du Fils de Thomme, il sâjL qu*il continue de réaliser la libre et absolue subordination du Fils au Turc. »
riquement le Messie, peuple qu'il faut gagner et convaincre. Le grand danger de ce côté pour Jésus serait de se laisser guider ou tout au moins influencer par les dispositions du peuple, ses préjugés et ses superstitions, il est écarté du moment que Jésus y a reconnu une forme d'idolâtrie. Au delà, Thumanité dans son ensemble, pour qui il vient sur la terre, à la délivrance de laquelle il va travailler. Le danger, de ce côté, c'est Tarabition d'y réussir trop vite, et de concéder quelque chose au besoin de gagner aussi les païens; il est écarté du moment que Jésus y sent encore une forme d*ido]âtrie. Quant à son œuvre dans son essence, elle lui est de longtemps connue : arracher les âmes h l'empire du Prince de ce monde pour les rendre à l'obéissance et à l'amour pour Dieu. Le moyen pratique immédiat : être le Messie juif, selon l'esprit des espérances messianiques ^ Le grand danger de ce
^ En prJsence de ce résultat de notre étude, rappelons Topinion de Renan, l'our lai, Jésus est tout ensemble un millénaire et un moraliste. « Le miUénaire seul n*aurait rien fait de durable ; le moraliste seul n'aurait rien fait de puissant. Le millénarisme donna l'impulsion, la morale assura Tayenir. » Pour nous, Jésus est un saint, qui à cause de sa sainteté unique du monde se sent en relation unique avec Dieu, se reconnaît une mission unique à regard des hommes. C'est sa sainteté même et son rapport personnel avec son Père qui déterminent exactement ce qu*il doit prendre et laisser des condilions où sa naissance le place. C'est ainsi que Tétude morale arrive à apprécier plus exactement et à ramener à une source commune ce que rétude historique seule doit nécessairement séparer et distinguer en exagérant la valeur de chacun des termes.
Rappelons aussi quelle est la pensée religieuse de Jésus d'après Renan. « L*idée fondamentale de Jésus fut, dès son premier jour, rétablissement du royaume de Dieu. Mais ce royaume de Dieu... Jésus paraît Tavoir entendu dans des sens très divers. Par moment, on le prendrait pour un chef démocratique voulant tout simplement le règne des pauvres et des déshérités. D*aulres fois le royaume de Dieu est Taccomplissement littéral des visions apocalyptiques de Daniel et d*Hénoch. Souvent enfin le royaume de Dieu est le royaume des âmes, et la délivrance prochaine est la délivrance par Tesprit. La révolution voulue par Jésus est alors celle qui a eu lieu en réalité, rétablissement d'un culte nouveau plus pur que celui de Moïse.» Nous verrons plus loin que ces remarques s'appliquent beaucoup plus justement au Cercle apostolique qu'à Jésus. Mais encore une fois nous reconnaissons que l'étude morale atteint plus certainement à la source, au centre. L*explication totale de la pensée de Jésus en un ensemble harmonique
côté, c'est la médiocrité des résultats, c'est l'opposition acharo^e du Prince de ce monde, ce sont les difficultés que lui susdteront les fausses espérances nationales, le matérialisme messianique. Il est écarté par le refuge toujours assuré et facile dans la communion du Père.
trouve son point de départ légitioae dans la conception du Fils unique venu sur la terre.
Mais ce qui est encore plus grave, plus décisif, rappelons le doute jeté par Renan en conclusion sur la sainteté de Jésus. Il dit bien: « Jésus reste pour l'humanité un principe inépuisable de renaissances morales. La philosophie ne suffit pas au grand nombre. Il lui faut la sainteté. » Mais il ajoute : « Jésus n*a pas été impeccable; il a vaincu les mêmes passions que* nous combattons ; aucun ange de Dieu ne Ta conforté, si ce n'est sa bonne conscience ; aucun Satan ne Ta tenté, si ce n'est celui que chacun porte en son cœur. De même que plusieurs de ses grands côtés sont perdus pour nous par la faute de ses disciples, il est probable aussi que beaucoup de ses fautes ont été dissimulées. Mais jamais personne autant que lui n'a fût prédominer dans sa vie l'intérêt de l'humanité sur les petitesses de Tamour-propre. »