‹ La pensée religieuse dans le Nouveau TestamentChapitre 24 sur 78 · III. PUNITION DU PECHE · texte numérisé non relu

III. PUNITION DU PECHE

Mais comment expliquer que le Prince de ce monde fasse ainsi une œuvre qui le trompe, et pousse son influence sur l'humanité à un tel excès, qu'il la ruine du même coup et la rende désormais impossible ? C'est que le Prince de ce monde n'est ni tout-puissant, ni tout sage. C'est que le domaine de la conscience lui est inconnu, et inaccessible. C'est qu'il est incapable de prévoir les résultats moraux. C'est surtout que Dieu y a pourvu et ne laisse pas aller à la dérive l'histoire de rhumanité, les destinées de l'homme. Dans sa sagesse. Dieu a établi que partout naturellement à la faute est attachée son châtiment, au péché sa punition, comme au bien sa récompense. Le but de Dieu a été, là aussi, de rappeler à Thomme que le péché n'est pas sa destinée, que l'empire du Prince de ce monde n'est pas pour lui l'autorité légitime. Dieu n'a pas voulu que l'homme se trouvât parfaitement heureux et satisfait dans la voie mauvaise où le péché l'entraîne. Il lui rappelle constamment, par les conséquences désastreuses de ses fautes, son erreur et sa calpabilité, et Tattire par là à renoncer à cette fâcheuse influence et à i^evenir à l'exécution de son

devoir. C'est que Dieu ne se résigae pas à laisser l'homme^ sa créature» la proie du Prince de ce monde; c*est que Dieu aime, en Thomme, ce qui reste de son œuvre indestructible par le péché ; c'est que Dieu veut sauver l'homme de sa misérable déchéance, et annonce par là son intention dele délivrer. Or Dieu a établi, comme juste punition, comme châtiment légitime de l'état de péché de la race, qu'elle deviendra incapable dans l'aveuglement où la plonge le Prince de ce monde, de reconnaître la sainteté et d'y aspirer, en sorte qu'au moment où paraîtra dans l'histoire l'Être saint que Dieu veut envoyer pour sauver l'humanité, les hommes ne l'accepteront pas, le repousseront, le condamneront. Voilà bien une conséquence effroyable que cette incapacité, désormais radicale à rechercher la sainteté. La race humaine semble bien perdue. Et c'est le jugement du Prince de ce monde qui s'imagine sans doute que, une fois Jésus condamné, toute chance de retour à la sainteté est fermée irrévocablement pour l'humanité ; que, du moment qu'elle se sera étendue jusque -là, son influence ne reconnaîtra plus de limites. Mais Dieu dans sa sagesse en juge autrement. Comme toute punition a pour but de ramener l'homme coupable au bien, ce châtiment de 1 état de péché de la race, le supplice du saint, est calculé de manière à n'être pas du tout un obstacle, mais au contraire un moyen puissant pour ramener l'humanité au bien. Voilà où éclatent et la sagesse, et la justice, et l'amour de Dieu. Il fait tourner à son profit les machinations, en apparence les plus odieuses et les plus ingénieuses de son adversaire, dont le triomphe insolent se trouve en réalité la défaite complète. Il ne laisse point le crime impuni, il fait porter à l'humanité la peine de ses fautes ; il l'amène à se priver du plus grand bienfait de Dieu et en même temps à infliger un sort cruel au meilleur de ses représentants. Mais tout cela sert surtout son amour, il fait tourner toutes choses à la réalisation de son plan de salut et du supplice de son Fils fait découler la délivrance réelle de tous les pécheurs. Ainsi c'est bien en réalité pour la punition des péchés de la race, pour le châtiment du péché de

rhumaaité et pour la déli^rauca des pécheurs, que Jésus doit mourir. Aussi il accepte ces souffrances, ces angoisses, ces tortures que fait peser sur son front innocent le péché de la race, par amour pour les coupables qu'il veut sauver.

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