‹ La pensée religieuse dans le Nouveau TestamentChapitre 26 sur 78 · T. RÉSURRECTION · texte numérisé non relu

T. RÉSURRECTION

Ainsi, c*est bien au devant de la mort que Jésus s'achemine. Mais pour ses pauvres disciples, encore si inintelligents et si peu formés aux réalités de la vie spirituelle, la mort de leur Maître sera immédiatement cause d*un grand découragement. Us attendent encore confusément la réalisation des espérances charnelles du peuple; ils ferment volontairement les yeux aux symptômes pourtant bien évidents de ce messianisme tout moral et religieux qui est celui de Jésus. Au moment de la mort du Maître, leurs yeux seront brusquement ouverts et leur déception sera grande. Leur foi ne risque- 1 -elle pas d*y sombrer tout entière ; le groupe des disciples ne sera-t-il pas dispersé par ce vent de tempête? C'est à ces vues humaines le résultat le plus sûr de la mort de Jésus. C'est bien ce qu'attendent ses adversaires. Mais Dieu ne le permettra pas. La mort est certaine, la mort est nécessaire. Mais Dieu empêchera qu'elle produise sur les disciples cet effet désastreux d'annuler l'œuvre de Jésus, d'anéantir son influence^.

œavre. L'expression figurée (>uTpov) nous rappelle immédiatement Tidée d*une servitude et d*une délivrance. Rien ne nous éclaire ici sur la question de savoir comment la mort de Jésus a opéré ou opère cette délivrance. »

^ En prévision des tragiques événements qui vont couronner sa carrière, Jésus sent le besoin d'affernûr la foi de ses disciples. C'est pourquoi, il provoque la confession de Pierre (Mattli., xvi, 13-28 ; Marc, vni, 27-29; Luc, ix, 18-22). Il a déjà lu dans le cœur de Tapôtre le changement radical qui s*est produit. Plus profondément que son attachement ardent pour le Maître et que ses espérances et ambitions charnelles, se trouve maintenant cette action mystérieuse de Dieu dans son cœur, qui s'appelle le témoignage du Saint-Esprit, et qui lui fait reconnaître en Jésus, quoi qu'il puisse lui arriver, le messager par excellence de Dieu, le Messie, le Fils de Dieu. Ce n'est pas là une leçon apprise et plus ou moins bien retenue, ce n'est pas là une influence humaine, pas même celle de Jean-Baptiste, pas même celle de Jésus, c'est l'action même de Dieu, et c'est là le seul terrain solide où puissent se fonder les aspé-

Or, dans l'état de désespoir et de crainte où ce coup imprévu les plongera, une seule chose pourrait leur rendre leur courage et leur énergie, la résurrection ^ Jésus les connaît assez peu développés, assez peu spirituels, pour être certain qu'à moins de retrouver leur Maître vivant après l'avoir contemplé mort, ils seront dans une impuissance radicale de supporter cette épreuve, ils renonceront à toutes leurs assurances et à toute leur foi. Il faut donc espérer que Dieu le ressuscitera,

rances de Jésus. Mais encore faut-il qu*il y rende attentifs et Pierre luimême et les autres apôtres. Aussi Jésus profite de Toccasion de l'incrédulité du peuple, pour questionner ses disciples sur leurs pensées.

C'est par une mésintelligence complète du texte ou plutôt par la substitution totale de la lettre à l'esprit qu*on en est venu à voir dans la confession de Pierre comme telle, dans la formule qu'il emploie, le fondement de l'Eglise chrétienne. Non, Jésus compte pour fonder son Église sur Pierre, parce qu'en ce moment, Pierre vient de se montrer le seul qui ait subi cette action intime de Dieu, décisive et définitive qui fait d'un homme un membre du royaume.

Jésus tient aussi à faire assister ses principaux apôtres à la scène grandiose de la transfiguration (Matth., xvii, 1-13; Marc, ix, 2-13 ; Luc, IX, 28-36). Nous avons là un événement de la nature des apparitions spirites, qui font grand bruit de nos jours. Attendons que la science se soit prononcée à ce sujet pour hasarder une explication. Il faut retenir, d'après le récit lui-même, que les apôtres étaient en un état de trouble et de fatigue qui ne leur permettait pas de juger sainement de ce qui se passait, que le résultat que Jésus se propose et qui est réellement atteint pour les apôtres, c'est de montrer l'accord parfait de la destinée de Jésus avec des organes autorisés de l'ancienne alliance, et que le moyen employé, qui n'est certainement pas la simple conversation de Jésus avec ses apôtres, trahit d'une manière ou de Tautre une intervention de Dieu, en réponse à la prière de Jésus. Nous ne croyons pas quon puisse jamais déterminer plus exactement la nature de l'événement, à cause de l'insuffisance des renseignements.

*■ Jjes disciples ne douteront pas de la résurrection spirituelle de Jésus, de sa survivance au tombeau. Jésus leur a indiqué en termes trop clairs et trop profonds la source bienfaisante de cette certitude pour qu'ils l'oublient: celui qui a vécu pour Dieu, qui a été en relation intime avec Dieu, peut mourir au monde, il ne meurt pas à Dieu; Dieu ne peut être privé des rapports qu'il a soutenus avec ceux qui lui sont demeurés fidèles. Ils se consoleront par la pensée que leur Maître est entré dans la gloire du Père. Mais eux se sentiront comme abandonnés, leurs espérances à jamais brisées, leur foi à jamais détruite (Matth., xxii, 23-33; Marc, xii, 18-27).

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autrement aucun des fruits de sa mort ne pourrait se produire.

D'ailleurs, Jésus et les disciples possèdent déjà comme une promesse et un signe avant-coureur de la résurrection du Maître, dans les résurrections qu'il a opérées de son vivant. Si, a cause des dispositions morales des familles, et comme accomplissement partiel de sa tâche de bienfaisance et de miséricorde, Jésus a pu obtenir de Dieu la résurrection de la fille de Jaïrus et du flls de la veuve de Nain et de Lazare, à bien plus forte raison, en présence des dispositions de Jésus et de rétat misérable où sa mort plongera ses disciples, en vue de la réalisation complète, parfaite, de son œuvre de salut, Dieu accordera au monde la résurrection de Jésus. Impossible que Jésus en demeure à la certitude de sa mort sftDS aller aussitôt avec une ferme confiance à la pensée -de sa résurrection.

Le fait delà résurrection, qui est le corollaire indispensable de la mort de Jésus, n'est d'ailleurs pas une intervention magique et incompréhensible de Dieu, mais paraît bien plutôt l'expression d'une loi, la révélation d'un ordre supérieur. Jésus, à cause de sa vie d*intimité permanente avec son Père, est bien sûr de ne pas disparaître tout entier dans sa mort. Il y va dépouiller ce qu'il a voulu revêtir, le corps humain, mais il demeurera en ce nouvel état ce qu*il est resté sur la terre, le Fils unique du Père. Non seulement l'existence de sa personnalité est assurée, mais voici que les événements lui font prévoir la résurrection de son cadavre, la permanence de son corps. L'événement une fois devenu fait historique indéniable établira clairement pour tous que l'homme normal, que rêtre humain qui demeure dans la sainteté, qui ne livre pas son cœur à la puissance du péché, traverse impunément la mort, et sauve même son corps de la destruction. Jésus en tant qu'homme meurt, mais en tant qu'homme saint et en relalion d'intimité filiale avec Dieu ressort victorieux du tombeau, non seulement en esprit, mais en son corps.

C'est ainsi que Jésus devient capable de délivrer les

hommes de la terreur de la mort. H nous apprend que, si nous étions comme lui sans péché, si nous n'avions jamais subi cette désastreuse influence, la mort pourrait bien nous atteindre, mais que nous sauverions même notre corps. Du moment où nous sommes pécheurs, où nous avons déjà subi l'influence du mal, et où notre organisme en particulier est tombé sous son esclavage, si, nous attachant à Jésus, nous recevons en notre esprit la vie spirituelle qu'il possède et communique, notre corps, il est vrai, est destiné à la mort, et nous ne nous en plaignons pas, il est devenu plus apte à servir le péché qu'à se plier à la volonté de Dieu, mais au moins notre esprit qui participe à la vie spirituelle de Jésus, échappe h la puissance de la mort. En notre qualité d'êtres pécheurs, mais régénérés, nous ne mourrons pas tout entiers ; Jésus en sa qualité d'être normal, ne meurt pas du tout, mais traverse simplement la mort et en ressort plus grand, plus spirituel. Voilà la grande vérité qui découle de la résurrection *.

^ Rappelons, en regard de cette conception de la résurrection, Topinion de Renan : a Pouvoir divin de Tamour! Moments sacrés où la passion d'une hallucinée donne au monde un Dieu ressuscité... La mort est chose si ahsurde quand elle frappe Thonmie de génie ou Thomme d'un grand cœur, que le peuple ne croit pas à la possibilité d'une telle erreur de la nature. Les héros ne meurent pas. La vraie existence n'est-elle pas celle qui se continue pour nous au cœur de ceux qui nous aiment? Ce maître adoré avait rempli, durant des années, le petit monde qui se pressait autour de lui de joie et d*espérance, consentirait-on à le laisser pourrir au tombeau. . ? Non, il avait trop vécu dans ceux qui Tentourèrent pour qu*on n*affirmàt pas, après sa mort, qu'il vivait toujours... La petite société chrétienne opéra le véritable miracle ; elle ressuscita Jésus en son cœur par Tamour intense qu'elle lui porta. Elle décida que Jésus ne mourrait pas... Ce que Géphas n*a pu faire, Marie l'a fait : elle a su tirer la vie, la parole douce et pénétrante du tombeau vide.... Marie seule aime assez pour dépasser la nature et faire revivre le fantôme du maître exquis... La gloire de la résurrection appartient donc à Marie de Magdala. Après Jésus, c'est Marie qui a le plus fait pour la fondation du christianisme. »

Quant à D.-H. Meyer son raisonnement est beaucoup plus simple : « On ne pourrait pas se confier en un Sauveur dont la victoire sur la mort n'aurait pas été mise en évidence par son retour à la vie. »

Weizsâcker s'appuyant pour son étude exclusivement sur le passage

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