‹ La pensée religieuse dans le Nouveau TestamentChapitre 27 sur 78 · TI. LE SEIGNEUR GLORIFIA · texte numérisé non relu

TI. LE SEIGNEUR GLORIFIA

Jésus ne ressuscitera pas pour recommencer une vie terrestre dans de nouvelles conditions. Une seule tâche lui reste à accomplir après sa mort, relever le courage de ses disciples, fortifier leur foi défaillante, leur faire sentir et les préparer à comprendre les résultats admirables de sa mort. Dès que la preuve de sa résurrection leur sera donnée de manière complète, Jésus qui sera alors doué d'une vie supérieure à

I Cor. XV, afïïrme que toutes les apparitions du ressuscité énumérées par Paul doivent être comprises et interprétées comme celle qui vient la dernière, celle que Paul lui-même a contemplée. C'était déjà le point de départ de Holsten. Or, d'après les détails, nous voyons qu'il s'agit pour Paul d'une vision en esprit. 11 ne saurait être question ni de constatation sensible, ni de relation objective pour cette apparition. La signification de ces apparitions doit être partout la même. Nous devons donc juger d'après la dernière. Or, pour Paul, ce fut le commencement de sa foi, mais aussi de sa carrière missionnaire, de son apostolat. Nous arrivons donc à ce seu résultat positif, que les disciples ont été pénétrés, en un moment précis de leur existence, de la certitude que Jésus vivait et était auprès d'eux. Le récit de Paul exclut Tapparition aux femmes, puisqu'il la passe sous silence. En effet, ce qu'on a regardé plus tard comme une preuve de première importance pour la résurrection, le tombeau vide, Paul ne s'en occupe même pas. Ce qu'il veut établir seulement, c'est la foi à l'existence de Jésus après sa mort. Pas question d'une apparition corporelle ! I^a première apparition est donc celle de Pierre. C'est donc Pierre qui est Fauteur de ce grand mouvement, qui s'explique comme une contagion facile. Mais d'où vient l'apparition de Pierre? Il faut se rappeler l'importance pour lui de la scène de la transfiguration et, d'autre part, la prédiction bien claire du retour pour le rétablissement du royaume. C'est donc de la profondeur de sa douleur et de son découragement que jaillit tout à coup la foi avec cette puissance révélatrice ! C'est au milieu de toutes les teiTeurs de la mort du Maître que s'affirme la victoire de la foi, la certitude que le crucifié est cependant celui qui viendra dans la gloire de son Père, comme il Ta prédit ! Du même coup la foi est modifiée. On ne pourra plus distinguer nettement en Jésus la vie terrestre et la vie céleste; son existence actuelle glorieuse jette sa lumière sur tous les souvenirs de la carrière passée. C'est le chemin qui conduit à la conception de la nature surhumaine du Christ,

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la vie humaine, où le corps ne sera plus qu'un docile instrument de la vie spirituelle, devra quitter la terre. Où ira-t-il? Evidemment près de Dieu, de son Père ; le Fils sera rendu à la sphère divine» il retrouvera la place qui était la sienne, la gloire qui lui appartenait avant son apparition sur la terre, c'est -à-dire il xîoatinuera à -être le Fils unique du Père, ayant en quelque sorte reconquis ce qui était déjà auparavant son droit, ce à quoi il a renoncé par amour pour les hommes, la relation immédiate et permanente avec son Père. Impossible d'admettre une autre solution. Un être qui s'est seati toute sa vie Je Fils unique du Père, et qui peut se rendre le témoignage qu'il n'a rien fait que pour se soumettre toujours davantage à la volonté de son Père, que pour rendre plus intime la relation d'amour qui les unit, un être qui n'a pu s'expliquer sa nature spéciale, sa mission exceptionnelle et le secours constant de Dieu qu'en s'attribuant une préexistence à rétat de Fils unique du Père en relation immédiate avec Dieu, ne peut pas au moment où il quitte la terre connaître un autre état, se trouver en d'autres conditions que les relations intimes du Fils unique avec son Père dans la sphère céleste. Ce qui attend Jésus, c'est la gloire partagée de son Père, c*est la vie divine dans sa plénitude et sa beauté et son immuabilité*

Tandis que le Fils unique du Père aura retrouvé les splendeurs éternelles correspondant à sa dignité, son œuvre se développera sur la terre. Les disciples directs seront chargés de la propager. Ils devront annoncer partout le témoignage de ce qu'ils ont vu et entendu pour faire porter à la vie et à la mort de Jésus les fruits qu'elles peuvent produire ^ Le champ d'activité qui s'ouvre aux disciples, ce n'est plus le

^ « L*œuvre essentielle de Jésus fut de créer autour de lui un cercle de disciples auxquels il inspir» un attachement sans borne et dans le sein desquels il déposa le germe de sa doctrine. S'être fait aimer à ce point qu'après sa mort on ne cessa pas de l'aimer, voilà le chef-d'œuvre de Jésus et ce qui frappa le plus ses contemporains. » (Renan.)

peuple d'Israël seulement, c'est l'humanité tout entière. Jusqu'à Jésus, la nation élue a été chargée de préparer la réalisation du royaume de Dieu sur la terre, mais elle n'a pas réussi dans cette tâche, et elle finit par s'y soustraire et s'y opposer en condamnant le Fils de Dieu. Aussi elle sera dépossédée de ses privilèges et avantages, et c'est à une nouvelle nation, au peuple des croyants, aux disciples de Christ, qui réaliseront beaucoup mieux les intentions de Dieu, qu'ils seront transférés (Malth., xxi, 33-40, xxu, 1-14; Marc, xrr, 1-12; Luc, xiv, 15-24, xx, 9-18). Et cependant, il n'est pas encore trop tard. Tant que Jésus et ses disciples sont au milieu du peuple, les Israélites qui répondent à l'appel sont acceptés avec joie et obtiendront leur récompense comme ceux qui se sont attachés au Maître dès les débuis de son ministère, car dans le royaume la loi n'est pas la froide et implacable rétribution, mais la charité de Dieu qui use des biens spirituels selon sa bonté (Matth., xx, 1-16).

Mais la simple parole des apôtres aura-t-elle assez d'influence pour convaincre et pour convertir? Et, d'autre part, cette œuvre va-t-elle s'accomplir sans le secours de Jésus? Jésus serait- il seulement un personnage historique exceptionnellement important, mais condamné comme les autres à une courte période d'influence directe, ne comptant pour l'avenir que sur les conséquences nouvelles et nécessaires de son apparition au milieu de Thumanité. Ses disciples immédiats auraient-ils le privilège exclusif de l'avoir connu et d'avoir subi son action, et désormais faudrait-il se contenter de l'activité des apôtres et des disciples des apôtres? Le Fils unique du Père, après avoir été dès le commencement l'instrument et l'ouvrier de son œuvre de préparation au salut jusqu'au moment où il est venu réaliser pleinementles desseins de Dieu sur la terre, se contenterait-il, après son retour à Dieu, d'assister en spectateur indifférent aux destinées de ses disciples ! Le salut serait donc une action historique spéciale, bornée à une époque particulière, confiée à ce véhicule si insuffisant et si peu sûr qui s'appelle l'histoire ! Non,

Jésus demeurera, à travers les siècles, la source et l'auteur du salut, n conservera son influence sur la terre après ravoir quittée. Il conservera son rôle, sa mission de propagateur de la délivrance.

D'abord, il restera en communion avec ses disciples directs, qui ne se sentiront pas abandonnés, seuls pour accomplir leur tâche (Jean, xtv, 12-20, xvi, 7). Il exercera encore la même influence sur eux qu'ils ont connue de son vivant, avec cette seule différence qu'il ne sera plus personnellement avec eux, qu'il n'agira plus comme un homme visible agit sur des hommes qui l'accompagnent, mais comme Dieu invisible agit directement sur les cœurs. Voilà ce qui prolongera et achèvera l'influence de Jésus sur ses disciples, l'œuvre du Saint- Esprit en eux ^ C'est ainsi qu'en réalité Jésus demeurera encore avec eux.

Puis Jésus donnera à leur témoignage une valeur exceptionnelle, une autorité indiscutable et une puissance spéciale (Jean, xrv, 25-26, xv, 26-27 ; xvi, 8-16), ce qui veut dire simplement que les disciples parlant d'expérience, appuyés sur leur expérience du Saint-Esprit, auront pour eux, en leur faveur, la force de la vérité et le calme du bon droit.

^ Nous sommes habitués au langage apostolique qui donne une grande importance au terme Saint-Esprit. Il faut cependant observer que dans la bouche de Jésus il est très rare. Il semble que la pensée authentique de Jésus soit que TEsprit, cette action de Dieu dans les cœurs, qui joue un rôle prépondérant dans l'ancienne alliance, ait reçu son véritable contenu, sa vraie expression dans sa personnalité historique, et que depuis sa mort rinâuence directe de Dieu dans les cœurs doive être considérée plutôt comme la communion avec Christ, comme l'habitation de Christ dans Tâme de son disciple, que sous la forme générale de TEsprit. A ce sujet, nous reproduisons ici la pensée très juste de Beyschlag: « Pendant la vie de Jésus, on peut distinguer entre sa personnalité humaine et l'Esprit qui agit en lui, mais après sa glorification il n'est plus possible en ce qui concerne l'influence exercée sur les hommes de séparer Christ et l'Esprit. » Nous croyons qu*ici Beyschlag, comme Reuss d'ailleurs, a raison contre Weiss, qui affirme que la communion avec Christ ne doit pas être considérée comme opérée par le Saint-Esprit. Impossible de chercher une explication de la différence entre l'influence de Christ et celle de l'Esprit dans les deux circonstances historiques de Pâques et de la Pentecôte.

Ils ne parleront pas en théorie, avec la sagesse humaine, avec Thabileté de l'éloquence, mais ils témoigneront de leur pratique, avec cette connaissance mystérieuse et profonde que donne l'expérience derEsprit,avecrà-propos,le tact que communique la discipline de l'Esprit. Aussi, ils n'auront pas besoin de se mettre en peine des objections et des contradictions qu'ils pourraient rencontrer, ni de chercher avec soin les réponses qu'il convient de leur faire, ils n'auront qu'à se laisser, en tout, conduire par l'Esprit (Matth.,x, 19-20; Marc, XIII, 11 ; Luc, xii, 11-12, xxt, 14-15) et leur expérience personnelle leur indiquera en chaque occasion ce qu'il convient de dire.

Mais d'autre part, il se trouvera que cette même influence s'exercera sur ceux qui entendront et recevront leur témoignage. Ce sera comme le sceau mis par leur Maître et par. Dieu à leurs paroles, à leurs promesses, à leurs assurances. L'influence de Jésus sera exercée sur les auditeurs comme si le récit des événements de sa vie et des paroles de sa bouche leur parvenait de Jésus lui-même ; non seulement leur attention sera éveillée, leur imagination surexcitée et leur pensée gagnée, non seulement la conviction se fera en leur esprit, mais leur cœur sera atteint et touché, mais la réalité de Texpérience religieuse des disciples leur sera immédiatement rendue sensible parce qu'ils l'éprouveront comme eux. Ainsi Jésus lui-même par l'influence de l'Esprit en eux et autour d'eux les accompagnera et les aidera dans leur tâche.

Cela ne veut pas dire qu'ils n'y rencontreront pas de difficultés. Ils soulèveront sur leur route la haine des pécheurs, comme Jésus (Matth., x, 16-42 ; Marc, xiii, 9-11 ; Luc, xii, 2-10, XXI, 12-14 ; Jean, xv, 18- 25,xvi, 1-4), ils trouveront des embûches préparées par le Prince de ce monde, comme Jésus, ils auront à souffrir et même au besoin à faire le sacrifice de leur vie, comme Jésus ^ . Mais en toutes ces misères,

^ Les disciples reDContreront des adversaires dans leur propre famille; il se trouvera que cette hostilité déchaînée contre la propagation de

au milieu de toutes leurs détresses, fis se sentiront soutenus par l'Esprit, c'est-à-dire accompagnés partout par Jésns lui-même.

C*est ainsi que l'œuvre de Jésus est étendue à tous les temps et à tous les pays. Son influence directe, immédiate, toute -puissante, s'exerce partout sur les cœurs, à la faveur du témoignage apostolique. Pas de témoignage, pas d'action du Saint-Esprit. Mais là où il y a témoignage apostolique reçu, il y a immédiatement influence du Saint-Esprit, communication de vie spirituelle, réalisation de la mission de délivrance de Jésus. Et ainsi jusqu'à la fin des temps, jusqu'au bout du monde, Jésus reste directement en contact avec ses messagers (McJlth.,xxviir, 20), entre en relation directe avec ceux qui les reçoivent et cherche ainsi encore partout à établir la communion spirituelle avec lui.

vu. LES DESTIN i:£S DU ROYAUME

11 importe aussi que la communion fraternelle soit établie entre ses disciples, qu'ils ne restent pas dispersés, étrangers les uns aux autres '. 11 faudrait tout d'abord une cérémonie simple et pratique qui représentât la rupture des convertis avec leur vie passée, avec la puissance acceptée du Prince de ce monde et leur entrée dans un domaine nouveau sous la conduite demandée du Saint-Esprit. Cette cérémonie est toute indiquée, c'est le baptême que Jean a institué, que Jésus s'est approprié et qu'il a modifié selon son esprit. Le baptême représente le changement radical de vie et Tintroduction en

TEvangile remportera morne sur les liens du sang. Ainsi, bien loin d'apporter la paix, Jésus aura contribué à développer la guerre sur la terre (Matth., x, 34-39 ; Luc, xn, 49-53, xxi. 16).

^ « La communion spirituelle de tous avec Jésus implique nécessairement une communion de tous entre eux. » (Ileuss.)

LE SALDT DU MOKDK 207

une nouvelle existence. Le baptême pour être chrétien, est administré au nom, c'est-à-dire en l'autorité de Dieu dont la révélation est désormais complète sous cette triple activité, celle du Père céleste, celle du Fils unique et celle du Saint- Esprit (Matth., xxviii, 19). Le disciple de Jésus administre le baptême, non en tant que disciple, mais en tant que représentant de Dieu, du Dieu des chrétiens, du Dieu qui s'est fait connaître comme un Père céleste, qui s'est révélé dans la personne du Fils unique et qui agit maintenant dans les âmes par son Esprit. Celui qui demande le baptême, est par là séparé du nombre des hommes soumis au Prince de ce monde, arraché à la descendance d'Adam et incorporé à cette nouvelle humanité dont Jésus glorifié demeure le chef, le guide et le sauveur ^ .

Mais encore, il ne suffit pas que l'homme se sente membre d'une société invisible, il faut qu'il fasse partie réellement d'une organisation visible. Le modèle qui se présente tout naturellement à Jésus est celui de la synagogue. C'est sous la forme de l'organisation de la synagogue que se grouperont en divers lieux les disciples en églises visibles. A quoi doivent servir ces églises ? A continuer l'œuvre des apôtres, à conserver à l'égard des étrangers le témoignage des disciples directs. Les églises locales, voilà les vrais successeurs des apôtres. Et à l'égard de leurs membres, elles doivent entretenir chez eux la vigilance et la charité (Matth., xxv,l-13,14- 30 ; Luc, XII, 35-48, xix, 11-27 ; xxf, 34-36 ; Jean, xui, 34- 35, XV, 12-17). Il importe que les disciples ne se relâchent jamais de leur foi et de leur espérance et qu'ils ofirent en réalité au monde hostile le tableau du royaume de Dieu réalisé ^. La vie même des églises doit être la vie de la charité

^ ff Le baptême est la représentation extérieure et matérielle d*un fait consommé intérieuremenl et spirituellement. » (Reuss.)

' La communauté, représentant la réalisation du royaume sur la terre, et possédant l'assurance que Jésus mcme est au milieu d'elle, la préside et la dirige, devient naturellement l'arbitre souverain entre ses membres, qui, imparfaits encore, peuvent rencontrer des difficultés inextricables entre

exercée généreusement envers tous ; mais pour cela il faut en réalité entre les membres des églises une communion fraternelle, alimentée et soutenue par une communion cons tante avec le maître glorifié* (Jean, xv, 1-11). Pour en rappeler le besoin et pour en fournir l'occasion, Jésus instituera la Sainte Cène (Matth., xxvi, 26-30; Marc, xiv, 22-26; Luc, xxii, 19-20 ; I Cor., xi, 23-26). Cette cérémonie très simple et très compréhensible est destinée à rappeler sa mort. Le pain rappelle son corps, le vin représente son sang. Manger le pain, c'est un symbole et une confession de la nécessité pour le disciple de faire sa nourriture constante de l'influence de Jésus. Boire le vin, c'est un symbole et une confession de la nécessité pour le disciple de faire son breu vage constant de l'influence de Jésus. La commémoration se rattache directement à la mort du Maître, car c'est par ce sacrifice, par ce dévouement admirable qu'il a en réalité assuré son œuvre de salut. La forme du repas commun appelle en même temps les disciples h sentir le lien profond qui les unit, qui les fait membres les uns des autres *.

eux, de nature à rompre les relations qui doivent subsister dans le royaume. Mais s'il arrive qu*un membre de la communauté refuse cet arbitrage, alors il n'est plus réellement participant à la réalisation du royaume. L'Eglise n'est pas appelée à l'expulser, mais un autre membre de l'Eglise n'a plus avec lui que les relations qu'il soutient encore avec ceux qui sont étrangers au royaume (Matth., xviii, 15-20).

La base des relations entre membres du royaume, c'est la charité, la disposition permanente à pardonner les offenses, comme Dieu a pardonné (Matth., XVIII, 21-35).

^ « Si le baptême est le rite symbolique de l'introduction du croyant dans l'Eglise, la sainte Gène sera celui de la communauté permanente avec elle et avec son chef. » (Reuss.)

^ Rappelons ici l'explication de Renan : « Les repas étaient devenus dans la communauté naissante un des moments les plus doux. » Et à propos de la cérémonie de l'institution de la Gêne : « Sur le moment ce repas ne frappa personne, et à part les appréhensions dont le Maître fit la confidence à ses disciples, qui ne comprirent qu'à demi, il ne s'y passa rien d'extraordinaire. Mais après la mort de Jésus, on attacha à cette soirée un sens singulièrement solennel, et l'imagination des croyants y répandit une teinte de suave mysticité. » Ne faut-il pas plutôt ici accuser l'imagination.

^ensemble des églises ainsi constituées formera le royaume de Dieu réalisé sur la terre ou du moins la représentation du royaume et l'instrument de sa propagation, car il y aura encore dans leur sein bien des souillures et des taches. C'est là le domaine où se réalisera spontanément, sous l'influence de la vie spirituelle qui y régnera, l'ensemble des réformes repoussées par Israël. C'est donc là que s'achèvera l'œuvre que Jésus a voulu exécuter sur la terre dès les débuts de son ministère ^

Les églises deviendront toujours plus nombreuses, s'établiront dans tous les pays et jusqu'aux extrémités de la terre. Mais ce ne sera pas sans lutte. Le Prince de ce monde déploiera toujours plus d'acharnement et d'habileté à attaquer les églises triomphantes. A mesure que le royaume de Dieu fera des progrès sur la terre, le royaume du péché se montrera plus arrogant et plus entreprenant. Mais si le Prince de ce monde veille et s'ingénie à défendre son œuvre, Jésus ne sera pas endormi et accordera à ses églises une protection efficace. C*est ainsi que, dans cette grande bataille séculaire, il y aura comme des moments de crise, des périodes où le mal semblera déployer toutes ses énergies, et déborder avec rage pour étouffer les disciples et où il faudra une intervention toute spéciale de Jésus pour les sauver.

Alors Jésus reviendra pour diriger en personne le combat. Ce sera un retour glorieux du Fils unique dont la présence terrifiera les adversaires et accordera aux siens une prompte victoire.

En particulier, le moment du premier de ces retours, de la

de Renan. Voir au sujet de l'institution de la Gène, l'admirable étude de Bejschlag, qui a pleinement raison contre Wendt, aussi bien que contre Weiss. Wéizsacker : « Le repas lui-même devient un acte religieux; c*est un sacrifice d*actions de grâces, c'est aussi le symbole et la preuve du royaume réalisé, qui pénètre et transforme toute la vie naturelle et sociale. »

* Voir, au sujet de l'Eschatologie, la très scrupuleuse étude de Beyschlag, dont les résultats nous semblent indiscutables.

première de ces crises historiques, se présente nettement au regard prophétique de Jésus (Matth.,xxiv, 15-22 ; Marc xiii, 14-20 ; Luc xxi, 20-24). Ce serra l'époque de sa revanche sur le peuple juif infidèle, le moment où la malheureuse nation expiera son grand crime à l'égard de son Messie, l'heure où les Juifs seront dispersés loin du sol de la patrie, où le temple lui-même sera renversé, où la protection de Jésus s'étendant seulement à ses disciples, les fera échapper aux horreurs de cette grande destruction.

La ruine de Jérusalem doit avoir lieu dans un avenir prochain, du vivant de la génération présente. Cette certitude vient de la grande pensée que, par le rejet et la condamnation de Jésus, le peuple juif aura mis le comble à ses crimes. Le châtiment ne saurait se faire attendre. C'est la génération qui a commis le péché le plus monstrueux contre son Dieu et sa propre destinée qui doit en porter la peine. Cependant un espace de temps lui sera laissé pour le repentir possible, pour la conscience du forfait commis, et le retour à Dieu qui peut en résulter. Mais ce délai ne saurait se prolonger. En réalité avec la mort de Jésus, le rôle d'Israël comme nation est fini, le temple juif est condamné. L'exécution historique de cette vérité ne peut être ajournée longtemps *.

Après que le peuple aura rejeté son Messie, le. grand danger pour lui, c'est que des imposteurs, voulant tirer profit de ses préjugés, ne se proclament Messie et n'entreprennent de réaliser l'image militaire et glorieuse que les contemporains attendaient. Alors la nation sera capable pour ces faux Messies de l'enthousiasme qu'elle refuse à Jésus. Mais ce sera le meilleur moyen de hâter la catastrophe, la ruine du pays (Matth.,xxiv,23-26;Marc,xiii,5-7,21-23; Luc, xxi, 7-10.)

Au delà de cette première crise, il y en aura d'autres, que Jésus ne discerne plus nettement, mais qui seront pour lui l'occasion d'un retour glorieux et où les disciples devront s'attendre au secours de leur Maître, mettant en lui toute leur

*■ Voir à ce sujet Tétude de Bejschlag.

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espérance. Et enfin, après bien des triomphes partiels, viendra l'heure du combat décisif ^ Alors ce sera le moment solennel du retour par excellence de Jésus dans toute sa gloire. L'Évangile aura été annoncé par tout le monde, les églises auront pris pied sur toute la terre, le triomphe du salut de Dieu sera presque complet; mais pour terminer cette œuvre il est juste que celui qui en a eu toute la peine en ait toute la gloire. Pour frapper le dernier coup, pour la destruction de l'empire du Prince de ce monde, Jésus reviendra et c'est lui qui sera le triomphateur (Matth., xxiv, 29-31, 37-42 ; Marc, XIII, 24-27 ; Luc, xvn, 20-37, xxi, 25-27). Alors le Prince de ce monde sera anéanti.

Mais, avant de remettre le royaume à son Père, il faut encore un acte préliminaire, le jugement (Matth., xxv, 31-46). Cest Jésus lui-même qui l'exerce, par la raison que le jugement doit s'opérer entre les hommes d'après un très simple critère : la position que chacun aura prise en face de Jésus ^, et non pas seulement en apparence, en profession de bouche, ou en pensée, mais en réalité et de cœur. Tout homme qui s'est fait l'instrument du Prince de ce monde et a repoussé Jésus est condamné ; tout homme qui a fait profession d'être pour Jésus, mais qui n'a pas travaillé à la réalisation du royaume de Dieu par la charité établie entre les hommes, se trouve en réalité avoir repoussé Jésus et servi indirectement les intentions du Prince de ce monde, il est condamné. Ainsi la seule question qui soit posée à l'homme en ce jugement, est celle-ci : As -tu contribué par ta charité à l'établissement du royaume de Dieu sur la terre, ou bien par ton égoïsme as-tu

* Nous ne croyons pas qu'on puisse appliquer à Jésus, mais bien à ses disciples, la remarque de Renan : « Par une illusion commune à tous les grands réformateurs, Jésus se figurait le but beaucoup plus proche qu'il n'était ; il ne tenait pas compte de la lenteur des mouvements de l'humanité. » Non, Jésus diffère en cela des réformateurs, qu'il voit clairement le développement organique excessivement prolongé de son œuvre.

'^ Haag : « Convaincu de la valeur morale absolue de sa doctrine, il la regardait comme la norme d'après laquelle serait jugé le monde. »

maintenu la puissance du Prince de ce monde ? Dans le premier cas, rhomme se trouve déjà récompensé par le triomphe du Fils unique et le sera davantage encore par l'avènement imminent du règne de Dieu dans tout son éclat. Dans le second cas, l'homme est déjà humilié par le triomphe du Fils unique et sera châtié en voyant le royaume réalisé sans y prendre part*. Alors l'œuvre du Fils unique est achevée. II s'est montré ouvrier excellent, il a réalisé pleinement les desseins de son Père, il n'a plus qu'à remettre à Dieu le royaume qu'il lui a préparé, qu'il a reconquis pied à pied sur le Prince de ce monde, et, de ce moment, c'est le règne éternel du Père.

Voilà dans tout son développement la pensée de Jésus. Elle part du plus profond des mystères, du plus obscur et du plus épouvantable abaissement pour s'achever sur des sommets vertigineux et éblouissants de clarté. C'est ici que nous pouvons encore une fois employer la pierre de touche qui nous a servi au moment où Jésus en est venu à cette

^Beyschlag a pleinement raison d'affirmer que la grande vérité exprimée par cette conception du Jugement exercé par Jésus, ce n'est pas que Jésus se trouve le modèle parfait et saint auquel tout homme sera comparé (car le résultat serait certain, la condamnation pour tous), mais bien que Jésus est le Sauveur pour tous, en sorte que personne ne sera condamné en tant que pécheur, mais seulement pour avoir repoussé celui qui pouvait et voulait le sauver du péché. Beyschlag qui a montré, dans le développement historique de Thumanité^ le jugement progressif exercé par Jésus, admet aussi et pour d'excellentes raisons un jugement progressif dans Tautre monde, mais il a le tort de ne pas laisser subsister avec cette explication le jugement final. La grande scène rapportée par Matthieu perd sa réalité pour se dissiper en une multitude de jugements partiels et temporaires. Tout en admettant les progrès moraux et religieux possibles et nécessaires pour les hommes, même pour les disciples du Christ, sous de nouvelles formes d'existence, il nous semble qu'il faut reconnaître à Jésus encore cette pensée d'un jugement définitif, exercé sur tous les hommes au point de développement où ils seront arrivés en suite de leurs expériences terrestres et supra-terrestres. Et ce que Jésus déclare de très consolant, c'est qu'en ces circonstances, la seule chose qui sera réclamée de l'homme, ce n'est pas sa position à l'égard de sa conscience, mais uniquement le degi*é d'épanouissement en lui de la charité.

sublime pensée qu'il est le Fils unique du Père. Si un homme dans une perception géniale avait contemplé ce tableau grandiose, fruit de son imagination, l'orgueil enflant son cœur lui aurait interdit d'accepter ce qui forme la base nécessaire, indispensable de cet enchaînement sublime. L'homme de génie qui aurait compris ce plan divin n'aurait jamais consenti à la mort ignominieuse de la croix.

C'est ici que s'affirment pour nous la vérité des prévisions de Jésus, la certitude de ses perspectives, qu'il n'est point enivré ni ébloui par elles, qu'elles ne font pas délirer son cerveau, comme celui d'un homme incapable de supporter de telles visions, mais qu'il les domine. Et c'est avec cette espérance au cœur et cette certitude dans la pensée que Jésus accepte les outrages de la populace, les insultes des soldats, l'horreur de l'agonie et le supplice de la croix. Celui qui a voulu s'abaisser à ce point était vraiment digne d'être élevé à la gloire suprême.

viii. l'ensemble de l/l carrière de Jésus

Nous dirons donc que Jésus après s'être proposé, dans une première période de son ministère, la Réformation des institutions et de la vie du peuple d'Israël, pour en faire le théâtre de la réalisation du règne de Dieu sur la terre ; après avoir compris qu'un obstacle à cette tentative provenait de l'absence dans le peuple de la vie spirituelle et s'être donné pour tâche, dans une deuxième période de son ministère, de propager au sein du peuple d'Israël la vie spirituelle dont il est le porteur et la source ; et après avoir compris qu'un obstacle à cette nouvelle tentative provenait de l'aveuglement des pécheurs sous l'influence du Prince de ce monde, a consacré la dernière période de son ministère à détruire cet état d'éblouissement des pécheurs, et a trouvé comme le seul moyen vraiment

efficace, sa mort, son supplice. Ce qu'il se propose donc, ce qu'il veut, c'est sa mort, eu telles circonstances et avec de telles explications qu* elle fasse éclater la puissance inique du péché, du Prince de ce monde sur l'humanité entière.

Au début, il espère, en offrant au peuple d'Israël les fruits du royaume, amener tout naturellement ses auditeurs à les produire. Il ne se dissimule pas que cette tentative est très superficielle, mais c'est bien par là qu'il faut commencer. Ensuite, Use propose d'établir dans le sol d'Israël les racines solides du royaume, comptant que cette plante se développerait d'elle-même et produirait naturellement ses fruits. Enfin il en vient à l'acte primordial, essentiel ; pour la production de ces racines elles-mêmes, il lui faut servir de graine d'où se développeront les racines et la tige ; il lui faut pour .cela être jeté en terre, mourir, pour donner naissance au royaume. Jésus ne pouvait en venir là, que lorsque tous les autres efforts se sont montrés infructueux, puisqu'il s'agit pour lui de mourir.

Nous avons maintenant devant nous l'organisme entier du royaume. Jésus, c'est la graine céleste du royaume, qui, jetée d'en haut dans le sol de l'humanité par la volonté toute bonne du Père céleste, y demeure quelque temps intacte et vivante, mais alors ne communique pas la vie à l'humanité, puis enfin doit y mourir pour y permettre une germination. Cette mort de Jésus produit directement la substitution dans le cœur de l'homme à l'éblouissement et l'aveuglement du pécheur à l'égard du péché, la reconnaissance et l'amour pour Jésus qui à un pareil prix, par sa mort, le délivre. De cette mort de Jésus sortent les racines du royaume, à savoir la vie spirituelle, la fécondation par le Saint-Esprit du principe de vie spirituelle en l'homme, l'esprit humain ; cette vie spirituelle, une fois éveillée, se développe et grandit. Tant que cette vie reste confinée en l'homme, enfermée dans la sphère de l'intimité du cœur, il n'y a encore là que des racines invisibles, mais réelles du royaume. Ces racines vont nourrir et entretenir une tige, une manifestation extérieure,

visible, gensible, dont le plein épanouissement, dont la floraison et la fructification sont les principes moraux, religieux, pratiques, d^existence terrestre que Jésus avait proposés au peuple juif dans la Réformation qu'il voulait introduire en son sein. C'est ainsi que toute l'œuvre, toute l'intention de Jésus se réalise.

Le progrés dans sa vie va de la périphérie au centre ; ses efforts se condensent toujours plus sur un fait principal, d'où découlera désormais tout le reste. L'œuvre de Jésus s'accom^ plit dès lors dans l'humanité en allant du centre à la périphérie. Ainsi se trouve justifiée toute la marche que Jésus a suivie dans sa carrière en vue de la réalisation de son œuvre. Et nous avons vu que toute sa pensée jusque dans les détails découle de la conscience qu'il possède de luimême, de l'état des esprits et des cœurs, du point où est arrivée la réalisation de sa tâche, des besoins de son ministère, des moyens vraiment efficaces à employer pour s'acquitter de sa mission. Jésus, sa personne et son œuvre nous apparaissent dans un ensemble harmonique et admirable, révélation complète et accomplissement définitif des plans d'amour et de miséricorde de Dieu.

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