MORALE
La première tâche imposée à la méthode nouvelle, c'est de comprendre et de montrer les rapports de la base morale adoptée avec le Nouveau Testament. Que devient pour nous le Livre saint» comment Tenvisageons-nous ? C*est bien par cette question qu'il faut débuter. En effet, la foi protestante a reposé jusqu'ici entièrement sur les textes sacrés, et pour éviter une révolution radicale, comme pour abréger les inquiétudes légitimes des âmes pieuses, il est nécessaire de dire clairement quelle place nous allons assigner à la révélation évangélique. Mais il y a ici plus qu'un devoir d'opportunité et de charité ; la religion chrétienne est une religion historique, elle aura toujours nécessairement à sa base des faits historiques et un témoignage rendu à ces événements, il importe donc de comprendre de suite ce qu'une conception nouvelle du point de départ de la prédication chrétienne va faire des documents sacrés.
Examinons d'abord à quels résultats le principe protestant, sous la forme d'esprit de la Renaissance, est arrivé. La Réformation a remis en honneur et en lumière le Nouveau Testament. Elle y trouve d'une part la carrière de Jésus, d'autre part la pensée des apôtres et des premiers disciples. Gomme elle affirme a priori l'inspiration littérale, elle regarde chaque texte comme une révélation même de Dieu, comme l'expression parfaite de la vérité. Nous avons donc plusieurs narrations du ministère de Jésus, qui nous procurent une idée très exacte de ce qu'il a fait et de ce qu'il a dit sur la terre. Mais encore comment expliquer ces actes et ces paroles ? Pour demeurer conséquent avec le principe primitif, il faut y voir de pures manifestations de la pensée et de la volonté de Dieu, sous cette forme que Jésus se borne à répéter
ce qu'H a entendu auprès de son Père, à se conformer pratiquement à la conduite de son Père dont il a eu connaissance. On en arrive enfin à cette conception que Jésus vient sur la terre après avoir reçu de Dieu le plan détaillé et minutieux de son ministère et son apparition n'est qu'une répétition bien fidèle et bien exacte d'une existence antérieure céleste dont il a le parfait souvenir et la pleine conscience ^
^ Noos aTons la bonne fortune de posséder une exposition de ce point de me, sous sa forme la plus simple, la plus modérée, la plus acceptable, et en même temps la plus récente dans le livre de M. Emeit Na ville : Le Témoignage du Christ et l* Unité du monde chrétien, l'our M. Naville le rôle de Jésus a été de nous apporter des affirmations sur les réalités soprasensibles, à nous inaccessibles, mais à lui parfaitement connues. « Jésus se donne pour le témoin des choses divines... On comprend la nature de Tautorité qu'il s'attribue ; c'est celle d'un témoin qui peut renseigner sar les choses divines parce qu'il en a la connaissance directe... Les affirmations du Christ ont pour objet un monde supérieur à Texpérience, un monde divin dont il s'attribue la connaissance directe...; c*est un témoignage surnaturel, parce qu'il ne résulte pas de l'exercice des facultés qui appartiennent à la nature humaine, du moins à la nature humaine dans son état actuel... Le témoignage des hommes fait connaître les choses de la terre, le témoignage du Christ nous révèle les réalités du monde invisible. •• Si Jésus de Nazareth est reconnu pour le témoin det choses divines (c'est la qualité qu'il s'attribue), son témoignage fait autorité pour le croyant... Le Christ, se présentant comme le témoin du monde divin, rend témoignage sur des choses qui dépassent les résultats du seul emploi de nos&cultés naturelles. » Mais pour qu*il n'y ait pas hésitation possible, ni ambiguïté, M. Ernest Naville prend soin d'indiquer positivement le fait principal, échappant à nos moyens de connaissance, et que Jésus nous révèle. « Il y a là Taffirmation d'une réalité que le Christ dit connaître : l'existence de ce qu'il appelle la maison de son père... La réalité de cette demeure sainte est l'article fondamental de son enseignement, et il affirme cette réalité en vertu de cette imion intime avec Dieu par laquelle il possède la connaissance directe du monde divin. » Cependant à notre avis la clarté n'est pas encore complète, car il est permis d'entendre ici deux choses : ou bien Jésus parle de la maison de son père, parce qu'il y a vécu, parce qu'il en possède ce genre d'expérience que nous appelons sur la terre l'expérience sensible, ou bien Jésus parle de cette maison de son père, parce qu'il en a la certitude morale, en raison des relations intimes qu'il soutient avec le Père. D'après l'ensemble de son volume, il nous semble que M* Ernest Naville incline vers la première altei-native. Pour notre part, nous n'hésitons pas à dire que nous la repoussons et que nous adoptons pleinement la seconde. Mais alors nous voyons dans ces affirmât
Quant aux apôtres, aux auteurs du Nouveau Testament, ils sont simplement des instruments dociles et fidèles du Saint-
tions du Christ le pur et simple exercice des facultés qui appartiennent à la nature humaine, quand cette nature est indemne du péché et parfaitement reliée à Dieu, et non pas une trace permanente d*une existence antérieure, une réminiscence. Nous regrettons de ne pas nous trouver d*accord avec M. Ernest Navillé, mais Tensemble de son étude sur le témoignage du Christ nous paraît représenter un point de vue aujourd'hui inacceptable. Pour lui, tout repose sur la résurrection de Jésus. Le fait, capital dans l'histoire de notre race, de rétablissement du christianisme, ne saurait s'expliquer par l'illusion et le mensonge ; l'admettre ce serait introduire en histoire le scepticisme le plus radical. Or, la fondation de l'Eglise chrétienne s'est faite incontestablement par la prédication de la résurrection. Donc, le succès gigantesque des efforts missionnaires des apôtres atteste la vérité de leurs affirmations. Nous acceptons pleinement ce raisonnement, qui nous semble suffisant pour établir la résurrection de Jésus. Mais M. Na ville prétend s'appuyer sur ce ûiit de la résurrection pour légitimer tout ce que Jésus a pu dire et ûdre. « Si le Christ est ressuscité, son témoignage surnaturel a donc une garantie surnaturelle aussi; la preuve est proportionnée à l'objet de la démonstration... On ne peut pas contester raisonnablement que la résurrection du Christ, si on la croit vraie, est un signe de la valeur de son témoignage et en établit l'autorité. » Or précisément, c'est là ce que nous contestons. Dire que la résurrection est un argument péremptoire en faveur de l'innocence de Jésus, et de Imiquité de sa condamnation, voilà tout ce qu'il est permis d'affirmer raisonnablement. Mais parce que Dieu est intervenu pour ressusciter Jésus, cela ne prouve nullement que Jésus ait pu décrire les réalités célestes pour les avoir contemplées en quelque sorte de ses yeux. Il n'y a pas de proportion entre la preuve et l'objet auquel on veut l'appliquer. On ne peut prouver la vérité morale et la certitude religieuse que par des arguments qui appartiennent à la sphère morale, qui s'adressent à la conscience. Et quant à la démonstration que Jésus apporte d'une existence antérieure des documents expérimentaux, c'est là par excellence la preuve impossible à fournir.
Weiss : « Jésus attribue la connaissance qu*il possède de Dieu à une existence originelle avec Dieu, dans laquelle il était l'objet étemel de l'amour divin et possédait la gloire divine. »
Stapfer : « Les croyants se représentent d'ordinaire Jésus comme sachant parfaitement dès le début de son ministère ce qu'il était et ce qu'il venait faire au monde. »
De Pressensé : a Quand Jésus parle du ciel, il parle de ce qu'il a vu, car il est le Fils. »
D. H. Meyer : a Notre foi demeure fondée sur un fondement objectif, sur la parole et le témoignage du Fils de l'homme, et non sur l'expérience que nous avons faite des bienfaits de la rédemption. »
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Esprit; il ne saurait donc y avoir sous leur plume, ni chaugemeots, ni différences, ni surtout contradictions. La conséquence logique extrême de la doctrine de l'inspiration littérale est de réduire la vie de Jésus à une reproduction constante des réalités divines qu'il a contemplées avant sa naissance et que lui seul pouvait ainsi communiquer à la terre, et l'activité littéraire des auteurs sacrés à la déposition d*un fragment de catéchisme divine
Est-il besoin d'ajouter que personne ne peut plus se tenir à une conception aussi rigoureuse et que beaucoup de tempéraments et d'adoucissements ont été apportés dans la pratique à ces considérations théoriques.
D'autre part, le mouvement d'émancipation à l'égard de la doctrine de l'inspiration, c'est-à-dire le principe protestant mis en œuvre sous forme de critique, est arrivé à une vue toute différente sur l'ensemble du Nouveau Testament. Les Evangiles ont été séparés les uns des autres, puis opposés et ce n'est plus par une harmonie préconçue, mais après une épuration minutieuse des textes qu'on arrive à établir quelques grandes lignes d'une carrière terrestre de Jésus, où l'œuvre et l'importance du Sauveur s'expliquent entièrement
^ Nous trouvons encore un exemple de ce point de vue, dans Vlntroduction au Nouveau Testament de M. F. Godet. A propos de Tapôtre Paul, M. Godet attribue tous les traits de sa doctrine à une communication mystérieuse, qui lui fait connaître non pas les réalités supra-sensibles seulement, mais même les développements dogmatiques. Le Sainl-Espnt se feubsUtue constamment au fonctionnement normal de ses facultés. Nous croyons qu'au contraire il faut cbeicber à expliquer autant que possible les pensées de Tapôtre comme celles d*un homme, non pas sans doute du premier homme venu» mais d*un chrétien qui n*a en général pour comprendre et expliquer ses expériences chrétiennes pas d*auti-e procédé intellectuel que cêlvà qui est commun à tous les hommes.
Boniias : « Qu*on y prenne garde ; si chacun des apôtres B*est fait un système à sa guise, selon les préjugés de son temps, de son pays ou de son école ; si la fondation de rÉglise s*explique par le choc des opinions opposées et la fusion des tendances hostiles ; si elle n*est que le résultat du déToloppement antérieur des esprits et de la fermentation universelle des idées qui ont marqué les deux premiers siècles de Tore chrétienne, c*en est fait de Tautorité du christianisme et de sa céleste origine. »
par les influences du milieu, où le Christ est seulement Tincarnation de ce qu'il y avait de meilleur, de plus noble dans les aspirations dé son temps, où cependant il reste encore tout un alliage impur, qui dépare la pensée et l'activité du Maître galiléen.
Quant aux premiers disciples, aux auteurs des livres du Nouveau Testament, ce sont des personnages historiques; à individualité bien marquée, le plus souvent autres que ceux que la tradition a nommés, qui écrivent uniquement sous l'impulsion dès circonstances et qui sont si loin d'être d'accord que, tout au contraire, ils forment des écoles opposées et rivales. L'histoire impartiale a reconnu — ce que des siècles de piété fervente et aveugle avaient refusé de voir avec une touchante unanimité — que les premiers temps de l'Eglise chrétienne sont consacrés à une lutte ardente entre deux formes de christianisme: celle qui en fait seulement une secte juive, et celle qui l'affranchit de tout lien avec la Nationalité hébraïque. Le premier siècle est tout occupé de ces discussions, et les livres du Nouveau Testament qu'on peut attribuer à cette époque proviennent de Tune des tendances en question. Le deuxième siècle voit surgir un mouvement tout différent, qui s'appelle le gnosticisme, et toute la littérature chrétienne est employée à le combattre ouvertement ou à transiger avec lui. La conséquence logique de la critique historique pure appliquée aux monuments littéraires du Nouveau Testament est de réduire la vie de Jésus à une idéali sation mystique des aspirations de l'humanité, et l'activité littéraire des auteurs sacrés à une discussion de théologie. Il est inutile d'ajouter que sur ce terrain aussi personne ne demeure constamment âdèle aux déductions les plus rigoureuses, et que des moditications importantes, variant avec les critiques, sont apportées k ce schéma général.
Faut-il dire toute notre pensée? Il était naturel et nécessaire que le protestantisme placé en présence de la personnalité de Jésus- Christ, dont la tradition ciirétienne affirmait la double nature, humaine et divine, appliquât la logique
d'une part à faire abstraction complète de rhumanité, d'autre part à faire disparaître la divinité. De même, en présence des écrits des premiers disciples, la logique devait s'attacher ou à montrer la parfaite unité ou à faire ressortir les dissemblances allant jusqu'à l'hostilité ouverte. Mais, en poussant aux dernières conclusions, la logique a détruit ellemême son prestige. On s'est aperçu qu'on ne pouvait s'en tenir à elle seule et, des deux côtés, on a fait appel à des considérations différentes pour rendre un peu de vie à la figure de Jésus-Christ idéalisée jusqu'à la transparence d'une gaze légère, ou rabaissée à la ressemblance la plus vulgaire avec l'homme, et à l'histoire de l'Eglise où l'œuvre du Saint-Esprit étouffait toute personnalité et toute réalité humaine quand ce n'étaient pas au contraire les réalités humaines et les personnalités encombrantes qui étouffaient l'œuvre du Saint-Esprit.
Or, des deux côtés, on a fait appel pour cela à des considérations morales. Ceux qui renoncent à expliquer certains points de l'activité ou de la prédication de Jésus par une réminiscence divine font appel à sa personnalité morale, à ses expériences morales personnelles. Et de même, ceux qui ne sont pas satisfaits des notions ou habitudes empruntées à l'époque, aux contemporains, couronnent leur étude par la peinture de la grandeur morale du Maître, qui le rendait capable de dominer et de devancer son époque. Quand on a voulu atténuer l'affirmation trop catégorique de l'unité complète de vue des disciples, et tout aussi bien quand on n'a pas voulu se contenter d'en faire des polémistes acharnés, oh a eu recours à leur personnalité morale, à leurs expériences morales individuelles ^
* c Sans rien enlever à la divine inspiration qui anime Paul et Jean et que nous constatons par Timpression que leur parole produit sur nous, j'ai montré tout ce qu'ils ont dû à leurs expériences personuelles pour atteindre
le plein développement de leur conception religieuse Au travers de
toutes les fluctuations de la pensée chrétienne nous reconnaîtrons Vunité dn plan divin, qui -veut que l'Eglise reconquière par Texpérience la vérité qu*eile possède comme révélévation. » (De Pressensé.} '
Ce qui n'a été jusqu'ici qu*uii expédîe&t» pour remédier aux brutalités et aux impossibilités d'une logique inexorable^ va de¥eair notre procédé principal. La nouvelle base morale donnée au christianisme nous conduit directement à Tétude du Nouveau Testament au point de vue des personnalités et des expériences morales. Le Nouveau Testament nous présente Jésus -Christ; dans son activité nous allons chercher la manifestation de sa personnalité ; dans sa prédication» c'està-dire dans sa pensée, nous allons découvrir le reflet de ses expériences morales ; et alors nous croyons que nous aurons mis Jésus-Christ à la portée de la conscience humaine. Ce travail suffira-t-il à nous donner Texplication complète de Jésus? Nous ne voulons pas Iç préjuger ; a priori nous ne le pouvons pas dire. Ny aura- 1- il pas lieu de revendiquer K^omme explication de son activité et de ses pensées une influence de la société oontemporaine ? Peut-être, jnaîs quMmporte, si sa personnalité morale a marqué cette influence étrangère du sceau souverain de son originalité! N'y aura-t-il pas lieu de réclamer des communications directes de Dieu, de chercher des explications en dehors du domaine moral? Peut--etre, mais nous sommes certains que Dieu n'aura pas négligé ce moyen naturel qui s'ofirait à lui, la personnalité de Jésus et le développement de ses expériences; mais nous sommes assurés que nous reconnaîtrons facilement les limites imposées à nos recherches et les faits que notre méthode est impuissante à embrasser. Nous n'affirmons pas que nous allons obtenir des résultats surprenants et définitifs, nous croyons seulement et très sincèrement que la tentative doit être faite en conscience, et nous avons cette foi en la vérité que notre étude ne réussira et ne se fera accepter que dans la mesure où elle sera au service de la vérité.
Et cependant, on ne peut entreprendre un pareil travail ^u'en tremblant. Jésus, sauveur de notre âme, nous ne voulons rien savoir que par toi et pour toi! Nous ne nous approchons de toi que pour te mieux aimer et pour te mieux servir. S'il était quelque pensée, ingénieuse et brillante, produit
d'une déduction savante et irréprochable, capable de seâtdre rimagination et de procurer le charme d*une délicieuse rêverie, mais de nature à empêcher la soumission de la volonté, ou l'attachement profond du cœur, nous la proclamons fausse et mensongère, nous la renions d'avance. S'il était quelque affirmation, capable de réconcilier avec TÉvangile la pensée scientifique, et de faire tomber les préventions de la foule contemporaine et de te donner une popularité nouveUe, mais de nature à diminuer Télan des âmes vers la sainteté et vers la communion avec Dieu, à éteindre le besoin naturel des cœurs pour l'amour et des consciences pour l'activité morale, nous y renonçons, nous la condamnons comme attentatoire à la seule chose qui soit sacrée ici- bas, l'autorité de l'obligation morale, la dignité souveraine de la personnalité humaine. La vérité ne peut se trouver qu'au service de la sainteté, et ne peut produire que l'amour et l'adoration pour Dieu ; autrement c'est l'erreur déguisée et masquée, ou c'est la vérité obtenue par de mauvais moyens, faussée par de fâcheuses méthodes, ou c'est la vérité mal comprise, dissimulée sous des formules inexactes, et Dieu nous garde de nous tromper sur la nature de la vérité, ou dans sa recherche, ou dans son expression !
Après Jésus, ses disciples. Nous chercherons à comprendre et à décrire les dispositions intimes et les actes extérieurs par lesquels s*est efiectué ce grand changement de leur vie qui se marque par leur attachement au Maître. Nous voulons déterminer quelles expériences morales ont constitué leur vie chrétienne positive, et comment elles ont influé sur la formation de leur pensée. C'est ainsi que nous prétendons les rendre compréhensibles à la conscience humaine, et entraîner les cœurs à leur suite. Mais n'aura -t-on pas le droit d'objecter que beaucoup des idées qu'ils exposent se retrouvent dans le monde des conceptions contemporaines f C'est possible, seulement leur vie morale personnelle donne à leur pensée une base bien autrement solide et de valeur bien supérieure. Mais ne doit-on pas craindre de laisser échapper bien des certi-
tudes qui ne vioreot point aux apôtres par Tintermédiaire de leurs expériences, mais directement de Dieu? C'est possible, seulement nous sommes certains que Dieu n*a pas négligé ce moyen absolument naturel des expériences chrétiennes pour amener les apôtres aux pensées chrétiennes et nous ne doutons pas que nous ne sachions reconnaître ce qui échappe à notre méthode d'investigation.
Mais ici le chemin est déjà largement tracé, et beaucoup de résultats importants sont obtenus. Ici, nous sentons que c'est notre devoir le plus direct et le plus pressant de ne pas nous contenter des paroles et des pensées des disciples, mais de connaître parfaitement, en toute exactitude leur vie morale, leurs expériences qui doivent devenir les nôtres. Nous n'admettons pas qu'on se refuse à lire dans le cœur, dans la conscience des disciples de Jésus-Christ, autant que les documents qui subsistent nous permettent cette étude, puisque c'est après tout la meilleure prédication que la vie, puisqu'il ne saurait y avoir de preuve plus sûre de l'efficacité de ce qu'ils affirment que la réalité des expériences que leur christianisme leur procure, puisque c'est leur rendre possible aujourd'hui encore l'influence la plus décisive et la plus victorieuse sur les âmes et les consciences de nos contemporains.
Nous considérons le Nouveau Testament comme l'exposé de la pensée chrétienne dans tout son développement. Nous ne parlons pas de théologie chrétienne, parce que théologie signifie science, et réclame la conscience d'un efibrt systématique. Il y a dans les épîtres des fragments de théologie, mais ce sont des débris épars. Dans son ensemble, le Livre renferme seulement de la pensée religieuse, c'est-à-dire l'expression intellectuelle des expériences morales et religieuses. Les faits eux-mêmes, les événements historiques se présentent comme l'expression matérielle, la réalisation pratique de la pensée religieuse de Jésus ou des apôtres, et comme l'occasion et la source de la pensée religieuse des disciples. Pour comprendre cette pensée religieuse, il faut la rattacher
aux expériences dont elle découle. Uae pensée religieuse qui ne dépendrait d'aucune expérience quelconque de qui que ce soit, n'aurait aucune valeur et aucune signification. A ce sujet, le doute n'est pas possible. Par conséquent, on ne saurait trouver un procédé plus convenable pour apprécier la pensée religieuse contenue dans le Nouveau Testament» que celui qui consiste à remonter aux expériences et aux personnalités qui l'ont déterminée. Cette tentative n'aura peut-être aucun succès, mais en tout cas elle doit être faite.