‹ La pensée religieuse dans le Nouveau TestamentChapitre 4 sur 78 · IV. LBS MIRACLES · texte numérisé non relu

IV. LBS MIRACLES

Une difficulté se présente d'emblée, qu'il convient d'examiner avec soin. La question du miracle demande à être résolue. Quelle attitude prendre en présence des récits miraculeux que renferme le Nouveau Testament? Sous l'influence de l'inspiration littérale, le miracle devient une intervention magique de Dieu, suspendant ou contredisant l'ordre naturel, et la seule chose qui doive étonner, c'est qu'on ne nous en rapporte pas davantage et de plus surprenants. Aussi, tout ce qui peut s'interpréter comme miracle est tenu pour tel, non seule-* ment les événements que les écrivains sacrés eux-mêmes ont voulu présenter comme une intervention de Dieu, mais ceux où leur silence laisse supposer que la cause* n'était point naturelle.

La critique historique s'est appliquée à la Bible sous Tinfluence d'un dogme rationnel un moment triomphant, et qui en réalité se trouve une hypothèse très hasardée, aujourd'hui insoutenable. On a crû que la science était assez avancée pour bannir tout mystère et donner l'explication de tout. Hélas ! il a bien fallu en rabattre. Actuellement on est bien plutôt disposé à admettre qu'il y a un grand nombre de faits mystérieux que la science est encore incapable de comprendre,

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et qu'elle aura beaucoup de peiae à élucider. Mais, sous l'influence du dogme que la scieirce explique tout, le miracle, c*est-k dire l'éTéneinent inexplicable, a été déclaré inacceptable au point de vue historique; on a dû y voir une supercherie de son auteur ou une accommodation au point de vue des contemporains, ou une invention plus ou moins consciente des témoins ^

Les deux manières de voir nous paraissent erronées. Nous dirons tout d'abord que tout ce qui est inexplicable scientifiquement n'est pas miracle. Nous réservons ce nom aux événements dans lesquels une âme pieuse reconnaît une intervention de Dieu. Le critère du miracle n'est pas qu'on en comprenne ou non le processus, la cause, le résultat, mais uniquement qu'une âme se sente par lui mise en relation avec Dieu, placée en sa présence. L'événement miraculeux peut très bien s'expliquer pour la science qui se charge d'en montrer la production naturelle, sans qu'il cesse pour cela d'être accepté et reconnu par la piété comme une manifestation de Dieu. De même, un phénomène peut fort bien braver longtemps les méthodes^ et les efforts de la science, demeurer incompréhensible et mystérieux et n'avoir rien de miraculeux et ne donner qu'à la superstition l'impression de la présence et de la volonté de Dieu. Le miracle n'appartient pas au domaine des sciences physiques, mais à celui des sciences morales ^.

^ a Jésus se fût obstinément refusé à faire des prodiges que la foule en eût créé pour lui ; le plus grand miracle eût été qu*il n*en fit pas, jamais les lois de Tbistoire et de la psychologie populaire n'eussent subi une plus forte dérogation. Les miracles de Jésus furent une violence que lui fit son siècle, une concession que lui arracha la nécessité passagère. » (Renan.)

' Comme M. LéopolJ Monod le fait très justement remarquer, il faut distinguer entre Texplication scientifique d'un phénomène et 8on explication religieuse, a qui ne sont pas contradictoires, mais relèvent seulement de sphères différentes... Aucun fait ne peut être démontré étranger aux lois et aux forces de la nature, puisque la condition d'une démonstration pareille serait la connaissance de toutes les forces et de toutes les lois. Aucune explication naturelle ne peut empêcher l'homme moral et religieux

Mais encore quelles preuves avons-nous de l'existence du miracle, en ce sens moral. Tout d*abord, le fait de l'obligation morale qui ne peut pour nous trouver son explication scien tifique et acquérir sa juste valeur que s'il atteste la présence et l'autorité de Dieu, que s'il est une relation entre Dieu et nous. Ensuite le fait de la prière et de ses résultats moraux. Sans doute, on peut attribuer en bonne partie l'effet salutaire de la prière k l'çffort que fait le croyant pour s'arracher aux influences mauvaises et pour faire agir puissamment sur lui les considérations morales et religieuses, mais cette explica* tion ne suffit pas pour tous les cas, ni complètement pour chaque cas*. Il y a, et c'est ici une expérience morale qu'on ne démontre pas, mais qu'on peut seulement montrer et affirmer, il y a une influence supérieure qui résulte de la prière

de discerner, dans la délivrance dont il a été l'objet, la main miséricordieuse d'an père, puisque l'emploi de moyens, connus ou inconnus, ne saurait jamais témoigner contre l*action de celui qui les emploierait. » Ces expressions nous semblent beaucoup plus justes que toutes les explications tentées' par l'école ritscblienne. Nous voyons Ritscbl lui-même s'exprimer avec grande prudence : « Le miracle est un fait d'expérience personnelle ; c'est une circonstance particulière dans laquelle l'homme s'est senti délivré de telle ou telle épreuve, grâce à l'intervention de son Père céleste. Le chrétien n'a pas besoin de rechercher les voies et moyens par lesquels Dieu a jugé à propos de le secourir, il doit lui suffire de croire fermement à la réalité de ce secours divin. 9 Mais après lui, nous rencontrerons l'opinion d'Hamack que nous ne pouvons plus accepter : « L'historien ne peut pas considérer un miracle comme un événement historique assuré, car il renoncerait par là au point de vue qui domine toute recherche hbtorique. Chaque miracle demeure historiquement douteux, et une Fomme de faits douteux ne saurait conduire à la certitude. Cependant si l'histotien se persuade que Jésus-Christ a accompli de l'Extraordinaire, du Miraculeux, par une impression morale et religieuse de sa personne, il en conclut qu'il possédait une puissance surnaturelle. Cette conclusion appartient au domaine de la foi religieuse. Et néanmoins on peut concevoir une foi religieuse solide à la domination du divin et du bien dans le monde qui se passe de cette conclusion! »

^ K J'estime que si la prière n'atteint pas celui à qui elle s'adresse, elle n'en est pas moins bienfaisante pour celui qui prie ; ne serait-elle que le moteur de l'espérance, elle est respectable, et c'est être peu compatissant que d*en démontrer Tinefficacité. » (Maxime Du Camp, Le Crépuscule^

et qui n'a pas sa source dans la prière comme telle, mais atteste la présence réelle etrintervention véritable de Celui à qui elle s'adresse. Enfin tous les faits nombreux de vie morale et religieuse qu'il est impossible d'attribuer aux forces humaines et aux facteurs terrestres seuls, bien que ces éléments y contribuent. La vie du chrétien se meut entièrement dans la sphère du miracle» car elle ne peut se passer de rintervenrtion constante de Dieu, mais ceci est absolument incompréhensible pour le non-chrétien, qui n'a pas éprouvé ce secours, ni même le besoin ou la possibilité de ce secours^

Ainsi pour une âme pieuse, le miracle est un fait moral indéniable de la plus haute importance, et sa négation semble trahir une singulière insuffisance de vie morale ou un étrange aveuglement sur ses conditions. Mais la vie morale du chrér tien n'est pas détachée de sa vie matérielle ; elle lui est, au contraire, sans cesse reliée et conditionnée souvent par les événements historiques et les réalités physiologiques. C'est ainsi que le chrétien en arrive nécessairement et naturellement à considérer les circonstances de sa vie comme un moyen dont Dieu se sert pour lui parler, pour entrer en relation avec lui, et l'état de santé ou la maladie, ou la mort de ceux qu'il aime comme des avertissements solennels, comme la voix même de Dieu. C'est une prétention inacceptable de la science, que de faire abstraction de ce sentiment tout personnel, tout intime et cependant très puissant, par lequel le croyant prend conseil de Dieu et se laisse diriger par lui. Certes le psychologue peut essayer de montrer qu'une décision d'un chrétien a été déterminée par tels intérêts, ou telles passions ; son analyse est fausse et incomplète, s'il ne tient pas compte de cette conviction profonde que les événements lui montraient clairement la volonté de Dieu. Et le médecin serait bien mal avisé s'il ne tenait pas compte de l'état moral du malade et lui interdisait d'avoir recours à la prière, et de s'appuyer sur cette certitude que Dieu interviendra s'il le veut en sa faveur.

Ainsi nous croyons que, dans l'ordre des faits physiques et

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physiologiques, il y a des miracles positifs, des interveDtions de Dieu, mais — et c'est ici que nous faisons emploi de l'esprit scientifique, négligé par la théopneustie, mal dirigé par la critique — nous croyons que Dieu intervient en se serrant des lois naturelles, en les utilisant par une connaissance bien autrement profonde et sûre que la nôtre, en ne détruisant rien, en n'annulant rien, en affermissant au contraire son œuvre. Et les événements que nous jugerons miraculeux vont nous servir à déterminer, à découvrir les lois morales, les conditions précises du monde moral dans lesquelles se manifeste l'intervention de Dieu. Au lieu de s'expliquer par l'absence de loi, le fait miraculeux est pour nous le témoignage de l'existence d'une loi ou inconnue autrement, ou mal déterminée, ou insuffisamment étudiée. C'est la manifestation de lois, qui ne se trouvent pas en jeu en de rares occasions seulement, mais toujours et que nous devons connaître et dont nous devons tenir compte dans nos explications scientifiques et philosophiques. Nous sommes donc tenus, tout au moios, de tenter une étude des conditions morales qui ont formé comme l'atmosphère de l'événement, pour en déduire une loi générale qui en explique l'apparition à ce moment précis.

Mais nous nous hâtons d'ajouter que, si c'est là le seul point de vue acceptable de nos jours, ce n'est pas du tout le point de vue des auteurs bibliques. Pour eux, tout événement extraordinaire, tout fait incompréhensible est miraculeux et atteste la présence de Dieu, son intervention toute- puissante. Aussi le miracle devient preuve des réalités morales et religieuses. Et comme ils écrivent, non pas pour acquérir une conviction, mais pour défendre leur certitude, ils vont tirer parti de tout ce qui semblera extraordinaire pour le faire surnaturel et pour en user comme d'argument péremptoire en leur faveur ^

^ n nous importe davantage de retrouver la signification qne les miracles avaient pour Jésus lui-même que de retenir purement et simplement la valeur et la portée que ses disciples leur ont attribuées.

On a montré avec beaucoup de justesse combien les miracles des Apocryphes font ressortir la simplicité et le caractère d'authenticité des faits rapportés par nos Evangiles canoniques. Et cette observation est très importante. Mais on n'a pas toujours fait attention que c'est une épée à double tranchant. Si les miracles des Apocryphes sont pure fantaisie, et invention pieuse, ils montrent avec une évidence éclatante la tendance des disciples à faire ressortir le merveilleux de la vie de Jésus sous la forme du prodige, et à transformer la supériorité morale et religieuse du Christ en puissance magique. Par conséquent, ils laissent planer ce soupçon que des événements qui en eux-mêmes étaient parfaitement explicables pour la science de ce temps, ou qui dépassaient les limites des connaissances contemporaines, mais qui ne manifestaient en aucune manière une intervention de Dieu, ont été considérés comme miraculeux et transmis comme tels.

La seule conclusion à tirer de ces conditions qui ont imprimé leur cachet aux récits de nos Evangiles, c'est que la prudence est ici tout particulièrement nécessaire, c'est qu'il faut se tracer des règles précises et s'y tenir dans l'étude et l'appréciation des documents évangéliques.

1® Regarder comme absolument naturel tout événement ou tout détail dont les auteurs bibliques n'affirment pas positivement le caractère miraculeux. Et pour empêcher toute velléité de revenir à leur sujet à une intervention de Dieu, ne se tenir pour satisfait qu'après avoir trouvé une explication plausible et parfaitement naturelle *. — 2^ Comparer les différents récits des événements miraculeux, pour retenir celui qui est le plus simple, qui a l'apparence la plus primitive, et pour

*■ Par exemple, dans le récit de la rencontre de Jésus et de Zacbée, rien dans le texte n*indique que Jésus ait connu le nom de Zachée par un procédé surnaturel. Pour éviter que la piété étroite et inintelligente ne s*arrête obstinément à admirer ici Tintuition divine de Jésus, il faut bien émettre rhypotbèse tout au moins vraisemblable que Jésus connaît le nom ^e Zacbée, grâce à Matthieu, Tancien péager, qui se trouve près de lui dans le cortège des disciples.

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éldguer les éléments d'embellissement «t d*ampliâcation que la tradition a pu ajouter pour rendre le fait plus frappant, plus sensible ^ — 3^ Examiner soigneusement le contexte historique pour découvrir si les assistants ont eu immédiatement rimpression du miracle, s'ils ont affirmé de suite cette croyance sans que Jésus fasse rien pour les contredire, ou si c'est la réflexion qui y a montré une intervention de Dieu, si c'est l'auteur qui y a reconnu un argument favorable k sa thèse. Dans cette seconde alternative, nous aurons le droit de soupçonner que l'événement n'est pas miraculeux *. — 4^ Essayer toujours de découvrir dans le fait miraculeux accepté, la manifestation d'une loi générale, qu'il est plus important pour nous de bien connaître et de retenir, que de demeurer attentif au fait spécial qui nous en permet Tétude ^. — 5® Renoncer complètement à regarder et à présenter le miracle comme une preuve. Il est superflu de montrer que le miracle, même actuel, ne saurait être un argument en faveur de la valeur morale et religieuse d'une personne ou d'une doctrine. A supposer qu'un grand faiseur de miracles vint à se présenter de nos jours, il susciterait l'étonnement, l'admiration, l'enthousiasme, mais nous ne serions pas dispensés de faire usage à son égard de notre jugement et de notre appréciation intellectuelle, et aucun homme qui réfléchit et se respecte ne mettrait immédiatement

^ Par exemple, h propos des récits de la communication du Saint-Esprit en suite du baptême de Jésus, donner la préférence au récit si simple et si aobre de Jean, et reconnaître ouvertement qu*en passant d'un évangéliste à l'autre le fait se matérialise, jusqu*à ce point que Luc insiste sur la forme corporelle de la colombe.

< Par exemple, la multiplication des pains produit immédiatement sur la foule considérable rassemblée autour des disciples l'impression d'un miracle surprenant, tandis que la marche de Jésus sur les eaux ne semble avoir trouvé son caractère miraculeux que dans les réflexions des disciples.

' Ainsi, il nous semble plus utile d'établir clairement les conditions morales des guérisons opérées par Jésus que de nous en tenir à une longue liste de fiûts qui paraissent établir un pouvoir magique qu'il possédait, mais qui ne nous est plus d'aucune utilité.

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sa conj9ance en lui «t n'accepterait aveuglement ce qu'il affirme, uniquement parce que les résultats de son activité sont incompréhensibles et extraordinaires. D'autre part, ceuxlà même qui tiennent beaucoup à s'appuyer sur les miracles justifient l'attention et l'importance spéciale qu'ils accordent & la carrière de Jésus par des raisons morales. Il faut donc recon* naître que la preuve morale est plus forte, plus générale, plus décisive que la preuve miraculeuse. Jamais on ne s'est contenté de présenter Jésus comme un thaumaturge; mais alors, s'il est besoin, pour accréditer le faiseur de miracles, d'avoir recours à sa supériorité morale, confessons que la preuve vraie est la preuve morale, et comme elle suffit pleinement à elle seule, que le miracle n'a pas aujourd'hui de valeur comme preuve.

Pour nous, le miracle n'a rien qui nous étonne dans la vie de Jésus. Ce qui serait surprenant, c'est qu'une personnalité morale exceptionnelle comme celle de Jésus ne fût pas plus clairvoyante dans le domaine moral que le vulgaire des humains, et ne tirât pas, d'une connaissance plus sûre et plus profonde des lois morales, des e£fets matériels qui n'ont rien d'ordinaire et d'habituel. Ce qui serait inadmissible absolument, c'est que la prière de Jésus ne fût pas incomparablement plus efficace que la prière des pécheurs, et que par conséquent l'intervention de Dieu ne fût pas plus rapide et plus constante dans son entourage immédiat que partout ailleurs. Ainsi, après avoir reconnu et accepté la grandeur morale de Jésus, le miracle apparaît comme un élément naturel de son existence terrestre et son absence dans les récits de sa vie serait pour nous une marque d'inauthenticité. Mais qu'on renonce donc à mettre la charrue devant les bœufs ! La marche logique, c'est de présenter aux incroyants Jésus par son côté moral uniquement, et de leur demander de faire abstraction de tout élément miraculeux; et aux croyants seuls on pourra faire comprendre la présence du miracle comme un élément de contrôle.

T. ÉTAT GÉNÉRAL DBS ÉTUDBS SUA LB NOUYBAU TESTAHBNT

La méthode morale que nous adoptons suppose que nous sommes toujours capables de rattacher la pensée religieuse aux expériences qui l'ont inspirée et lui donnent seules sa valeur. Elle devient donc inapplicable si les auteurs des livres sacrés sont des anonymes, dont l'existence réelle nous est tout à fait inconnue. Or la critique des livres du Nouveau Testament tend à jeter beaucoup plus d'ombre que de lumière sur la personnalité des écrivains sacrés. 11 est bien évident que nous ne saurions contester le droit de la critique, il faut que ses recherches soient libres et sincères. Et, quand ses résultats sont solides, à l'abri de toute objection de parti pris ou de précipitation, il faut bien les accepter. Actuellement on ne saurait plus soutenir l'authenticité de II Pierre. Nous ne songerons donc pas à expliquer la genèse de cette épître et des pensées qu'elle renferme par la vie de l'apôtre Pierre. Mais il faut bien reconnaître que nul autre jugement critique sur les livres du Nouveau Testament ne se présente avec cette force concluante et sans contradiction possible. Pour un certain nombre de livres la question est ouverte, le débat n'est pas encore tranché. Tant que le doute subsiste, il nous semble que nous avons le droit d'en profiter pour chercher l'explication des livres dans la vie connue des auteurs désignés par l'ouvrage lui-même, puisque nous sommes certainement dans la vérité si l'indication est exacte, Tauteur étant déterminé par ses expériences dans son activité littéraire, puisque nous ne sommes certainement pas dans l'erreur, si l'indication est fausse, l'auteur ayant parlé comme l'aurait fait celui à qui il attribue son ouvrage et qui lui est connu ou par sa vie ou par d'autres écrits. Ajoutons que notre tentative de rattacher la marche des idées aux événements connus de la vie de l'auteur mettra en évidence dans bien des cas ou la parfaite

convenance, le rapport facile et harmonique, ou la difficulté, rimpossibilité d'un accord. Nous pouvons donc espérer obtenir de notre étude des indications précieuses pour les recherches critiques relatives à l'authenticité des livres du Nouveau Testament.

L'application de la méthode qui cherche dans les expériences morales et religieuses l'explication de l'ensemble des pensées présentées par le Nouveau Testament nous semble possible aujourd'hui en raison des travaux nombreux, de résultats fort différents, que nous avons à notre disposition. La bibliographie complète du sujet serait un énorme travail. Nous nous bornons à rappeler brièvement ici les ouvrages principaux qui nous ont paru représenter les diverses tendances théologiques, et qui jettent assez de lumière sur le Nouveau Testament pour en permettre une vue d'ensemble, sans reprendre une étude minutieuse préalable de tous les détails.

En français, il convient de citer :

1® D. H. Meyer, Le Christianisme du Christ, essai défaire passer toute la dogmatique traditionnelle dans TÉvangile selon saint Matthieu, pour le fond; recherche de toutes les combinaisons qu'on peut faire avec les versets de cet Évangile pour en exprimer toute la signification possible et imaginable, pour la forme. Cette tentative est certainement la dernière de ce genre ; la méthode en est définitivement condamnée; la valeur scientifique d'une étude pareille ne peut être que très médiocre.

2^ De Pressensé, Vie de Jésus et Le Siècle apostolique, la tentative la plus complète et la plus intéressante qui ait été faite pour défendre la piété contre les terreurs que lui inspirait le mouvement scientifique et critique, et pour montrer que la foi n'a rien à craindre des résultats incontestables des études sincères et désintéressées. Mais c'est précisément un bel exemple de reconstruction hâtive, ou du moins de refus de reconstruction, de maintien de l'ancien édifice à peu près intact, combiné avec l'abandon de la base primitive.

Tout ce que M. de Pressensé donne dans ses introductions d'arguments pour rassurer les fidèles, d'appréciations de Timportance du développement théologique moderne, pour réfuter les exagérations et les triomphes prématurés d'une critique imprudente, estexcellent et digne encore d'être étudié de près. Mais le fond même de ses ouvrages est resté sa conviction ancienne qu'il avait obtenue par les procédés qu'il condamne, en s'appuyant sur la base à laquelle il renonce. Il ne pouvait pas, il n'avait pas le droit, dans sa position spéciale, de remettre tout en question et de reconquérir par une lutte nouvelle toute sa conviction chrétienne. Aussi son œuvre est temporaire, ses résultats des formes intermédiaires, son système théologique un système de transition. Cependant, avec une justesse de coup d'œil surprenante et un tact parfait, il s'adresse, pour consolider les points décidément menacés ou pour remplacer ce qui est vraiment renversé, aux considérations et à la méthode morales, en quoi il est un précurseur et nous trace la voie à suivre.

3*»Sabatier, L* Apôtre Paul, admirable étude, ce que nous possédons en français de plus complet et de plus pénétrant sur le sujet du paulinisme, tentative de reconstituer le développement de la pensée de Paul par l'influence combinée de la personnalité de l'apôtre et des luttes qu'il a à soutenir constamment. Mais Sabatier fait encore trop de Paul un logicien pur. Cependant il établit bien certainement des traits indiscutables, quand il montre Paul « lisant les livres de TAncien Testament avec les yeux d'un chrétien et la pénétration d'un rabbi », quand il affirme que « ses convictions ne sont pas le résultat de son audacieuse méthode d'interprétation », mais qu'au contraire « son exégèse dépend de sa foi »• Mais Sabatier qui distingue en Paul la puissance dialectique et l'inspiration religieuse nous semble s'attacher trop à la première. De préférence nous mettons l'accent sur la seconde. Peut-être aussi la préoccupation polémique estelle trop importante aux yeux de Sabatier. Nous ne croyons pas qu'il ait atteint partout le fond même de l'expérience de

Paul et qu'il en ait fait jaillir le système de Tapôtre. Mais la méthode est excellente, l'étude consciencieuse, et les résultats remarquables.

4» Reuss, Histoire de la théologie chrétienne au siècle apostolique^ l'ouvrage le plus complet et le plus admirable que nous possédions en français, en fait de Théologie Biblique du Nouveau Testament. L'étude du milieu intellectuel et religieux où évolue la pensée biblique est faite avec une précision et une clarté entières. Mais l'auteur n admet pas assez la possibilité de rattacher la pensée à la vie, aux expériences. Sabatier a montré avec évidence sur le sujet spécial de l'apôtre Paul qu'on peut développer beaucoup et rendre plus minutieuse encore Tétude de Reuss, en s'attachant à relier les écrits aux personnes et aux phases diverses, aux circonstances spéciales de la vie des auteurs. Il faudrait tenter pour l'ensemble des livres du Nouveau Testament ce que Sabatier a fait pour Tapôtre Paul. Mais le point de départ et la source abondante de renseignements précieux, le premier travail qui met en ordre les matières et y jette un peu de lumière restera toujours l'œuvre de Reûss.

5** Renan, Les Origines du christianisme, reconstruction très habile et très captivante du cadre historique où est apparu et où s'est développé le christianisme. Essayer d'appliquer à la religion chrétienne les méthodes que l'histoire profane impose à l'étude de tout événement du passé, bannir le merveilleux, le miraculeux, le surnaturel, et montrer ainsi la grandeur du christianisme par son adaptation parfaite aux besoins et aux aspirations non pas seulement des contemporains, mais de l'âme humaine en général, ce devait bien être une entreprise faite pour tenter un esprit d'artiste et une intelligence d'historien. Précisément à cause des qualités extraordinaires de l'auteur, qui transforment le point de vue essentiellement matérialiste de son procédé scientifique en l'imprégnant d'un idéalisme raffiné, et qui parent les recherches critiques de toute la grâce éblouissante d*un incomparable langage, cette étude est la démonstration éclatante

de l'insuffisance de la méthode historique pure quand il s'agit de religion. Pour remplacer le miracle, Renan est obligé d'avoir recours à l'exaltation, à l'enthousiasme proche de la folie, aux hallucinations, à toutes les manifestations morbides d'âmes d'ailleurs exquises et supérieures» Cette tentative de ramener les traditions chrétiennes au niveau de l'histoire, aboutit à la déclaration de l'inutilité, de la super-fluité des événements historiques eux-mêmes et de l'importance prépondérante des imaginations et des idées et des superstitions sur les faits. Rien n'est plus propre à faire sentir l'importance de la méthode morale et à lui préparer les voies. Mais pour s'adresser à cette méthode, il manquait à Renan l'essentiel, une expérience personnelle profonde, inaltérable de la valeur morale du christianisme. Pour lui, la religion est avant tout une branche de l'esthétique. Son œuvre est donc aussi un monument d'une époque de transition. Pour d'autres raisons personnelles, mais pour les mêmes raisons de position que M. de Pressensé, Renan nous a donné une reconstruction hâtive, provenant d'un empressement trop grand à pousser aux extrêmes les conséquences logiques de principes critiques enfin triomphants. Mais ce qui assure une durée à ce point de vue déjà dépassé, c'est la conscience des recherches historiques et le prestige souverain d'un style de maître.

6** Haag, Théologie Biblique, représentant très distingué de la méthode intellectualiste, qui fait de la religion un produit de la civilisation, du mouvement scientifique et du développement intellectuel de l'humanité; entièrement sous l'influence du courant historique, niant le miracle, et du mouvement critique accentué, qui perd déjà la mesure sobre et devient agressif et tranchant dans ses affirmations.

7*» Chavannes, La Religion dans la Bible, essai très con sciencieux de dégager de tout élément théologique le fond moral qui constitue la piété vraie et les moyens intellectuels dont on peut se servir pour le défendre et le propager. Malheureusement, cette tentative, très louable, est sous

l'inspiratioD de principes hypercritiques pour Tapprédatioa de rorigine et de la valeur des écrits sacrés et d'une piété personnelle très solide et très sensée, mais qui manque absolument de mysticisme, et qui est incapable, par conséquent, de le comprendre.

La théologie allemande fournit, elle aussi, des travaux delà jdiu haute importance, parmi lesquels il faut citer :

l^Weiss^ LebenJesu^ qui nous semble représenter pour le moment les résultats les meilleurs obtenus dans les tentatives diverses de donner un tableau général de la carrière terrestre de Jésus. Ne pouvant reprendre en détail et pour notre compte Texamen des sources, et déterminer de nouveau les étapes diverses de la vie de Jésus, nous nous en tiendrons en général dans notre étude aux résultats des recherches de Weiss, bien que nous nous réservions le droit de les modifier sur di£férents points.

2* Weiss, Biblisehe Théologie des Neuen Testaments, ouvrage très complet et très consciencieux, qui présente cependant le très grave inconvénient de vouloir épuiser le sujet et de le reprendre par conséquent sous tous les aspects possibles, ce qui lui donne une grande valeur comme manuel, mais ôte beaucoup de son intérêt comme exposition de la Théologie biblique.

3** Beyschlag. Neutestamentliche Théologie, de beaucoup à notre avis le meilleur ouvrage à ce sujet, et présentant dans tout son épanouissement un intérêt toujours soutenu. C'est vraiment le développement systématique selon un plan d'une logique interne admirable et d'un mouvement vraiment dramatique, di£férant complètement du cours donné à l'auditoire à des étudiants. Ce qui assure, à notre avis, une supériorité incontestable à l'œuvre de Beyschlag sur celle de Weiss, c'est: 1^ Qu'il restitue l'importance prépondérante dans l'étude du Nouveau Testament à l'enseignement de Jésus lui-même> examiné directement et présenté sous forme positive, au lieu d'être enfermé sous la forme médiate de la tradition touchant l'enseignement de Jésus. Weiss se contente d'exposer ce que

les Synoptiques rapportent comme répondant à la prédication de Jésus. Beyschlag essaie de dégager la pensée de Jésus lui-même, d'abord des Synoptiques, puis du quatrième Évangile, ce qui est beaucoup plus conforme aux résultats critiqueSy acceptés par Beyschlag et Weiss, concluant k Tauthenticité de rÉvangile de Jean. Désormais, pour le théologien qui se trouve en ce point d*accord avec Beyschlag, un pas nouveau pourra être fait. Beyschlag devait, dans l'état actuel de la science, traiter en deux parties séparées la pensée de Jésus d*après les Synoptiques et d'après Jean ; mais, après son étude, il est possible de réunir en une seule section la pensée de Jésus, d'après tous les documents qui nous la transmettent ; 2^ Que Beyschlag fait beaucoup moins usage que Weiss de réminiscences ou de déclarations divines immé* diates, d'influences mystérieuses, qu'il ne faut pas chercher à expliquer ; en particulier, Beyschlag fait des pas décisifs dans cette voie, d'expliquer l'origine de l'enseignement de Jésus, la conscience que Jésus avait de lui-même et le témoignage que Jésus s'est rendu, comme des faits d'ordre moral; 3** Que Beyschlag éprouve un embarras, étranger à Weiss, à se contenter dans son livre de l'ordre purement historique, sous l'influence du schéma de Baur, en quoi Beyschlag se montre en état de trouver ou d'accepter une disposition nouvelle pour l'étude des Jivres du Nouveau Testament; 4^ Que Beyschlag est beaucoup plus dégagé de préoccupations et d'influences dogmatiques dans son travail, ou plutôt qu'il s'efibrce de ramener la complexité et la forme rigide de la dogmatique à la simplicité et à la souplesse de la pensée sortant de l'expérience morale directe. Mais il est un point particulier où Weiss nous semble conserver la supériorité : c'est pour l'exposition de la pensée de Paul. Beyschlag néglige le développement, le mouvement, l'évolution, et cherche à ramener à l'unité tous les monuments littéraires de l'activité de Paul. La question qui se pose entre Weiss et Beyschlag, était résolue déjà en français entre Reuss et Sabatier. Weiss avait raison, comme Sabatier, de maintenir

la distinction de périodes différentes dans la pensée deTapôtre, et ce n*est point un progrès que Beyschlag soit revenu à l'exposition en bloc, unique de Reuss. Cependant, ce que sa tentative prouve, c'est que le développement n'a pas porté sur le centre même, le noyau de la doctrine, qui doit être considéré comme subsistant dès le début et se formulant seulement d'une manière toujours plus précise, mais sur des travaux avancés de protection ou d'attaque qui constituent les développements divers de la doctrine centrale. Enj9n, la composition plus serrée et plus dramatique du livre donne une grande supériorité à l'ouvrage de Beyschlag.

4*» Weizsâcker, Das apostolische Zeitalter^ étude extrêmement consciencieuse et extrêmement attachante des événements historiques et des pensées religieuses, qui marque un progrès considérable sur les résultats de Renan, qui montre une sagacité et une perspicacité étonnantes dans l'étude des documents reconnus comme authentiques, mais qui se trouve sous rinfluence d'une conception critique réduisant & une extrême pauvreté le bagage littéraire du siècle apostolique. Ce que Weizsâcker donne est un minimum, mais quelle vie et quelle intensité de lumière il projette sur les événements qui lui paraissent solidement établis. Ce qui est aussi fort remarquable, c'est le souffle de véritable piété et de haute moralité qui anime tout l'ouvrage.

5* Pfliderer, Urchristenthum et Paulimsmus^qfii représentent le même point de vue que Weizsâcker, avec une étude plus approfondie des détails critiques, avec une exposition moins animée et moins organique, avec une tendance d'esprit plus intellectualiste qu'éthique.

6"* Enfin, il faut citer encore Holsten, Zum Evangelium des Petrus und des PauluSj ouvrage si solide qu'il faut encore le consulter, bien qu'il représente un point de vue dépassé. Pour Holsten, le fondement moral et religieux de l'histoire, c'est la négation du miracle, aussi il se propose de renverser la transcendance de la révélation chrétienne. Dans cette intention , il s'adresse à des explications psycho-

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logiques, il &it tenir tout le développement religieux des apôtres dans la dialectique pure, il ramène tout à une question de pensée, de conyiction théologique. L'étude est très remarquable, et montre par sa fausseté même, par l'insuffisance des résultats, qu'elle n'est pas faite selon la bonne méthode. C'est ainsi que négativement elle prépare les voies à un nouveau point de vue.

Nous nous en tiendrons à ces indications sommaires, rappelant que nous n*avons pas l'intention de faire une théologie biblique, d'entrer dans tous les détails et d'examiner toutes les opinions. Nous croyons avoir un bagage bibliographique suffisant pour contrôler nos propres résultats et pour nous permettre de nous orienter au milieu des courants di£férents de la théologie moderne. Nous renvoyons ceux qui veulent une discussion complète et un travail minutieux à Weiss et surtout à Beyschlag. Pour nous, nous cherchons simplement à rattacher la pensée générale des écrivains bibliques, considérée dans ses traits principaux, aux événements morauxj aux faits d'expérience morale qui sont leur source vraie, pensant qu'il n'y a pas de meilleur procédé pour faire comprendre et pour faire accepter une pensée, que de montrer comment elle s'est formée. Si nous parvenons & donner cette explication pour tout et partout, nous aurons mis le Nouveau Testament au niveau de l'acceptation morale possible pour nos contemporains, nous aurons assuré sa vérité et son autorité.

Nous allons donc établir tout d'abord dans là vie de Jésus' quelle est l'expérience morale centrale d'où jaillit tout l'ensemble de sa pensée, puis nous chercherons à déterminer par quelle suite d'expériences secondaires cette pensée principale s'est exprimée en telle ou telle direction que nous indiquera la suite même des événements de sa' carrière et des discours de sa bouche. Nous ne croyons pas que la succession des faits seule suffise à nous faire comprendre Jésus, mais en l'examinant à la lumière supérieure qui découle de sa pensée centrale, nous arriverons certainement à établir s*il y a eu développement dans son œuvre, dans quelle direction et

SOUS quelle influence. C'est là Tétude principale, celle qui rédame le plus de soin et de délicatesse, celle devant laquelle tout homme sent le plus cruellement sa profonde insuffisance, et cependant c*est à l'heure présente une tâche qui s'impose. Nous chercherons ainsi à connaître vraiment Jésus et à le faire connaître à ceux qui ne le repoussent qu'à cause de leur ignorance et de leurs préjugés.

Après Jésus, la personnalité de Paul s'offre à nous. Nous aurons à examiner, après beaucoup d'autres, l'expérience d'où procède sa carrière chrétienne, et qui devra nous fournir la pensée centrale, principale, prépondérante. Puis ensuite, au moyen des données historiques et littéraires abondantes que nous possédons à son sujet, nous établirons le développement de sa pensée. C'est le terrain le mieux connu. Le paulinisme a été tellement étudié, et tellement ramené aux expériences, à la vie, aux luttes de l'apôtre, que le sujet semble épuisé et certes nous aurions jugé inutile et téméraire de l'aborder de nouveau, si l'ensemble de cette étude ne nous y appelait absolument. Mais voici qu'en examinant de plus près le sujet, nous nous sommes aperçu qu'on s'est attaché plutôt aux influences étrangères, qu'à l'expérience même de Paul. Certes, le mouvement de la pensée est bien toujours conditionné par une hostilité qui éclate, par une polémique qui s'impose à l'apôtre. Certes, la succession des événements historiques ne peut pas être modifiée et doit être respectée. Mais le plus important à nos yeux, c'est encore d'établir la qualité spéciale du christianisme de Paul et l'allure particulière qu'elle donne à sa pensée. Or ce qui frappe^ c'est la prépondérance de l'élément psychologique dans la prédication paulinienne. Nous croyons qu'il faut reconnaître que Paul est le représentant par excellence de la conception psychologique du christianisme. Pour défendre ce point de vue qui n'a de nouveau que l'énoncé que nous en donnons, il faut bien refaire en détail l'étude du développement de la pensée de Tapôtre.

Après Paul, la personnalité de Jean demande à être

étudiée. Sur ce sujet, l'afârmation universellement reconnue du mysticisme de l'apôtre nous conduit de suite à la pensée qu'il représente par excellence la conception mystique du christianisme. Mais nous aurons à rechercher dans sa vie et dans ses ouvrages la marche du développement et de la manifestation de ce mysticisme, et c'est là un travail aussi délicat qu'intéressant.

Quant aux autres écrivains du Nouveau Testament, qui ne représentent ni la tendance psychologique aussi bien que Paul, ni la tendance mystique aussi bien que Jean, ils sont caractérisés tous par la prépondérance de la préoccupation historique, le christianisme est pour eux le fait historique qui s'adapte au milieu historique, qui s'enchaine aux antécédents historiques et prépare toutes les conséquences historiques, dont il faut comprendre et défendre la valeur et l'importance historiques.

Ainsi, nous n'en sommes plus au point de vue traditionnel qui voit sous la plume des auteurs sacrés une harmonie parlaite de vues, de préoccupations, de conditions, en sorte que chacun écrit un chapitre d'un livre commun dont l'auteur général et responsable est le Saint-Esprit. Nous n'en sommes pas davantage au point de vue critique, auquel s'attache le nom de Baur, et dont aucun auteur moderne n'arrive à se détacher, qui met en relief l'antagonisme du judéo-christianisme et du paulinismeS couronné par cette réconciliation qui dépasse les deux conceptions hostiles, le johannisme. Nous arrivons à une conception plus juste, croyons-nous, et plus profonde en voyant le développement de la pensée chré-

^ Haroack oppone à la conception habituelle du paulinisme comme ethnico-christianisme que la théologie paulinienue est tout juste compréhensible dans son ensemble pour les juifs. Il en conclut que la division adoptée, ju^éo-christianisme, cthnico-chrislianisme, est insuffisante Nous pouvons ajouter qu'en fait la théologie paulinienne n*a été ni comprise, ni acceptée par les païens. Chavannes aussi déclare que c'est une illusion « de tout rapporter dans le premier siècle du christianisme à la lutte entreprise par les judéo-chrétiens contre Paul et ses adhérents » au point que « Ton s*e8t figuré qu'il n'j avait rien eu d'autre ».

tienne se faire sous cette forme que c'est d'abord la préoccupation historique qui domine, jusqu'à ce qu'ayant épuise ses conséquences et venant se heurter à des difficultés qu'elle est incapable de résoudre, eUe doive céder le pas à la préoccupation psychologique devenue à son tour la principale, jusqu'à ce qu'arrivant à son sommet, à tout son épanouissement, elle devienne le point de départ de la préoccupation mystique, qui est le dernier mot du travail de la pensée humaine sur ce sujet si vaste et si important, le christianisme.

Mais nous ne songeons nullement à affirmer que d'emblée le christianisme n'a pas produit toutes ses conséquences jusque dans la pensée religieuse. Dans le milieu et chez les disciples qui appartiennent à la direction historique, il n'y a point du tout inintelligence de la valeur psychologique et de la valeur mystique du christianisme. Chez tout véritable chrétien, il y a union intime des préoccupations historiques, psychologiques et mystiques, seulement avec une prépondérance marquée pour les unes ou pour les autres. C'est cette prépondérance que nous cherchons ici à mettre en relief, montrant qu'elle s'est d'abord attachée au côté historique du christianisme, dans ce milieu qu'il nous faut appeler d'un nom collectif, le cercle apostolique ; puis, qu'elle a passé au côté psychologique du christianisme avec l'apparition et l'activité de l'apôtre Paul ; enfin, qu'elle est venue au côté mystique du christianisme avec l'importance croissante prise dans l'église par l'apôtre Jean.

Cette succession est si juste, si légitime et si naturelle, que nous en trouvons comme les signes précurseurs dans la carrière même de Jésus. Certes, chez lui, il y a union parfaite et parfaitement pondérée des éléments du christianisme, mais encore ne peut- il complètement se soustraire aux lois de l'histoire qui exigeaient de lui que son œuvre se manifestât successivement sous toutes ses formes. Nous le verrons sous l'influence de son idée centrale, de sa pensée principale qu'il nous faut déterminer, en chercher la réalisation tout d'abord avec des préoccupations historiques, par des moyens histo-

riques, sous son angle historique ; puis, en une deuxième période, donner une importance supérieure aux préoccupations psychologiques, aux procédés psychologiques, k l'aspect psychologique de sa mission, pour Qnir par être complètement dominé par les préoccupations mystiques, tout entier consacré à la tâche mystique qui lui est dévolue.

Mais nous chercherons à rattacher toujours ce mouvement historique si naturel et si conséquent aux personnalités qui sont en jeu, aux expériences morales qui se poursuivent; nous ne voulons pas trouver la loi dialectique de Texposition successive de la doctrine chrétienne, ni la loi historique d'un mouvement religieux de notre race, mais les expériences morales dont la production en temps opportun sur des personnalités désignées de Dieu a donné éclosion à la pensée chrétienne dans toutes ses directions, dans toutes ses ramijQcations, dans tout son épanouissement.

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