LE ROYAUME DE DIEU REALISE
dans leur cercle les Juifs qu'ils parviendraient à convaincre de la résurrection de Jésus.
Mais comment entre-t-on dans le cercle apostolique ? Il n'y a pour cela ni forme ni formule. Et cependant, ce n'est pas une inspiration subite, inattendue qui dicte l'emploi du baptême. D abord, Jésus avait parlé lui-même à ses disciples du baptême qu'ils devraient administrer en convertissant les nations (Matth., XXVIII, 19). Le souvenir de l'ordre du maître suffirait ici comme explication. Mais la plupart des membres du cercle apostolique ont passé eux-mêmes par le baptême, soit celui de Jean, soit celui des disciples de Jésus. Enfin, nul Juif ne peut être considéré comme innocent delà mort de Jésus. C'est l'autorité religieuse constituée qui l'a condamné, et le peuple, non pas seulement les habitants de la capitale, mais le peuple réuni pour une de ses grandes fêtes religieuses, qui l'a abandonné. Ce crime du peuple est en relation avec le péché du peuple et avec le péché de chaque individu.. Pour dégager sa responsabilité, il faut nécessairement se repentir de son péché, de son propre état de péché, qui en quelque manière a contribué à la condamnation de Jésus. Un seul obstacle subsistait encore, c'est que l'institution officielle d'un nouveau baptême et la proclamation d'une communauté distincte au sein d'Israël allaient réveiller l'hostilité et attirer la persécution des chefs religieux et du peuple lui-même. L'œuvre du Saint-Esprit supprime cet obstacle, en le faisant mépriser, en rendant les disciples insensibles à ce danger.
Mais quel avantage offrait donc ce cercle apostolique qui pût lui attirer des adhérents? Ici encore l'expérience des apôtres répondait: Le pardon des péchés, en particulier, de ce grand péché national, la condamnation du Messie, et la participation au Saint-Esprit, à l'activité de Dieu dans le cœur, qui se manifeste avec tant d'éclat en ce jour de Pentecôte K
* Nous sommes loin de Topinion de Renan : a Toute l'activité d'imagination que la secte avait déployée pour créer la légende de Jésus ressus-
Mais remarquons que cet épanouissement, cette projection des dispositions intimes de ses membres engage le cercle apostolique en une voie toute nouvelle. Jusqu'ici, c'est la réunion fermée des amis qui ont suivi Jésus dans sa carrière, qui se sont attachés à lui et ont subi son éducation spirituelle. Maintenant, c'est une communauté ouverte de protestation contre le meurtre du Messie, où s'enrôlent tous ceux, sans distinction aucune, qui refusent d'accepter pour eux les conséquences de ce crime du peuple, qui, par cette iniquité criante sont amenés à sentir l'empire du péché et à demander à Dieu le pardon pour leurs fautes passées et le secours de l'Esprit pour les délivrer des défaillances futures. Il y a donc ici deux choses bien différentes, qui se trouvent intimement unies. D'une part, une question nationale, la formation d'un parti qui se révolte contre une direction imprimée à la vie du peuple, une ligue de protestation. D'autre part, une question morale, à propos de cette difficulté nationale, le sentiment du
cité, elle allait maintenant rappliquer à la création d*un ensemble de croyances pieuses sur la descente de TEsprit et sur ses dons merveilleux... Cette seconde vie de Jésus, image pâle de la première, est encore pleine de charme. » Quel étrange plaisir Renan peut-il trouver à contempler cette ombre d'une ombre ? Il ajoute : « Toute consolation intérieure, tout mouvement de courage, tout élan d'enthousiasme, tout sentiment de gaieté vive et douce qu'on ressentait sans savoir d'où il venait, fut l'œuvre de l'Esprit. Ces bonnes consciences rapportaient comme toujours à une cause extérieure les sentiments exquis qui naissaient en elles... Tout ce qui naît de bon en l'homme sans que l'homme y ait part fut attribué à un souffle d'en haut. » Du moment qu'un homme n'a pas l'expérience de l'œuvre de l'Esprit, il ne saurait voir qu'illusion dans l'œuvre de TEsprit chez les autres. C'est là, non pas la difficulté, mais l'impossibilité radicale : prouver que l'œuvre de l'Esprit vient bien de l'Esprit.
Harnack résume ainsi la prédication : Jésus de Nazareth est le Messie promis par les prophètes. Jésus, ressuscité des morts et élevé à la droite de Dieu, reviendra établir visiblement son royaume. Celui qui croit à Jésus, c'est-à-dire qui se rattache à la communauté des disciples de Jésus, qui en suite d'une conversion sincère invoque Dieu comme le Père et vit selon les commandements de Jésus, est un saint de Dieu et peut être certain de la grâce de Dieu et de la participation à la gloire à venir.