IV. LE MBSSIE GLORIFIE
Le cercle apostolique n'en a pas fini avec toutes les difficultés sur ce sujet de la messianité de Jésus. A supposer qu'on pût admettre la mort du Messie, il y avait encore une grosse objection, c'est que Jésus n avait pas réalisé tout un côté des prophéties messianiques, il n'en avait pas connu et montré la gloire, la puissance et le triomphe. Il est donc possible qu'il soit un personnage messianique, il lui manque le sceau principal, celui auquel tout bon Juif attache une importance capitale, celui du succès.
Les disciples sont obligés de reconnaître qu'en effet Jésus n'a pas été sur la terre le Messie glorieux. Mais ils répondent aussitôt que cette partie du programme messianique ne tardera pas à s'accomplir. Jésus, en effet, n'a pas disparu dans la mort et après être ressuscité il a connu une nouvelle existence, qui pour le moment se poursuit dans le ciel (Actes, III, 20-21, V, 31, VII, 56). Jésus est devenu un être céleste glorifié, mais il ne s'est pas retiré définitivement de la scène de ce monde (Actes, i, 9-11, ii, 33). 11 y reviendra pour exécuter ce qui a manqué à sa première existence de la réalisation des espérances messianiques. Les disciples ont à ce sujet les promesses du Maître. D'autre part, ils ont la certitude que le Messie ne peut pas laisser une partie du programme messianique inaccompli. Enfin, plus ils éprouvent de peine à établir que Jésus a été le Messie dans sa carrière terrestre, plus ils comptent sur cette nouvelle carrière glorieuse qui leur donnera entièrement raison ^ Mais quel sera en quelque sorte l'emploi de ce nouveau
royaume et ses adversaires, par Thorreur que suscitait la violence inique des Juifs et par le scandale de la croix. En même temps, le contraste entre le royaume et ce monde était mis en pleine lumière. »
* « L'espérance du retour prochain de Christ était ainsi l'article principal de la Gbristologie. » (Harnack.)
ministère. Le Messie glorieux reviendra pour exercer un jugement terrible (I Pierre, iv, 17-18), qui commencera par la maison de Dieu, c'est-à-dire le cercle apostolique, et s'étendra aux Juifs incrédules et aux païens corrompus, aux vivants et aux morts (Actes, x, 42). C'est en effet la revanche de tout son abaissement injuste, de ses souffrances imméritées, l'affirmation souveraine de sa dignité. Mais il est impossible que la Parousie tarde. C'est là un des éléments importants de la pensée du cercle apostolique : la Parousie est prochaine (Jacques, v, 8).
Ce n'est pas seulement pour les disciples l'impatience de la réalisation pratique de leurs belles espérances, le partage qu'ils se promettent de la gloire de leur Maître, c'est avant tout la certitude de leur bon droit. S'ils^ont raison d'affirmer que Jésus est le Messie, ils ne sauraient admettre que le retour triomphal du Messie puisse tarder. Renvoyer indéfiniment la manifestation officielle de sa gloire équivaudrait pour eux à laisser s'évanouir et se dissiper son œuvre. Jésus ne peut prétendre à être le Messie, qu'à cette condition, de ne pas laisser subsister longtemps le doute possible au sujet de sa gloire présente*. Voilà bien l'ensemble des pensées du cercle apostolique sur Jésus, et rien n'est plus simple que de rendre compte du mode de leur formation.
i « Plus la preuve décisive de la mesaianité de Jésus était mise ea question par le retard de la Parousie, plus la communauté devait se tourner vers les souvenirs de la carrière historique de Jésus, pour y chercher les éléments qui, indépendamment de son glorieux retour, constituaient le caractère messianique de son apparition. » (Weiss.)