‹ La pensée religieuse dans le Nouveau TestamentChapitre 40 sur 78 · LE NOUVEAU PEUPLE DE DIEU I. CONSTITUTION DU CBRCLE APOSTOLIQUR · texte numérisé non relu

LE NOUVEAU PEUPLE DE DIEU I. CONSTITUTION DU CBRCLE APOSTOLIQUR

La démonstration de la messianité de Jésus ne suffisait pas pour justifier les prétentions du cercle apostolique. Le peuple juif était seulement amené à reconnaître son erreur, son injustice, son crime. Il était porté à admettre comme Messie celui qu'il avait rejeté. Mais rien ne devait rester plus incertain, que ce qu'on pouvait bien faire pour revenir sur une pareille action, ce qu'on pouvait trouver pour réparer le tort commis, le mal fait à la nation. Si Jésus était le Messie, comment le rendre à son œuvre, comment lui restituer sa carrière brisée, anéantie ? La conséquence de la mort de Jésus était-elle vraiment de priver le peuple comme tel des avantages messianiques ? Fallait-il renoncer, pour le peuple entier, à l'accom plissement des promesses? Fallait-il rompre en partie la communion religieuse avec la nation, pour se rattacher ouvertement au petit cercle de disciples ? Rien ne prouvait encore que, hors de la communauté apostolique, le règne de Dieu ne pouvait se réaliser. Une seule chose était établie, c'est que, dans leur attachement à Jésus, les disciples avaient eu raison contre tout le reste du peuple. Un seul regret devait monter

au cœur des auditeurs convaincus, celui de ne pas s'être attacliés à temps à ce Messie injustement repoussé. Mais l'idée ne pouvait venir d'elle-même, qu'en s'associant aux disciples on partagerait leurs privilèges.

11 semble que les apôtres auraient dû avoir recours à cet argument qui paraît très fort, que Jésus avait institué luimême le cercle apostolique avec l'intention formelle d'y réaliser le règne de Dieu. Si le Messie a déterminé les limites d'une société nouvelle, où il entend réaliser le règne de Dieu sur la terre, il est nécessaire d'appartenir à la communauté privilégiée. Les apôtres ne font pas appel à cet argument, parce que ce n'est pas leur pensée. Non, ils n'admettent pas que la valeur et l'importance de leur cercle apostolique proviennent de son institution directe par Jésus. Certes, ils étaient assurés que Jésus les avait choisis et leur avait confié une mission importante. Mais rien dans la conduite ou dans les paroles de Jésus ne les autorisait à revendiquer pour eux le droit exclusif au royaume. Ce que Jésus a voulu avoir en eux, ce sont des témoins ; ce que Jésus leur a donné, c'est une éducation spirituelle. Voilà précisément ce qui les condamnerait à être un cercle fermé, car ils n'ont aucun moyen de rendre témoins ceux qui ne l'ont pas été, ni de donner eux-mêmes l'éducation spirituelle de telle manière, que celui qui ne l'a pas reçue de Jésus puisse croire la tenir du Maître lui-même. Ce n'est pas du tout en raison des expériences faites dans la compagnie de Jésus que leur cercle leur apparaît le cadre nécessaire de la réalisation du royaume.

Mais depuis la mort de Jésus ils font entre eux l'expérience positive, progressive de la réalisation du règne de Dieu dans leur communauté. En fait, le cercle apostolique présente les caractères indéniables du commencement de la réalisation du royaume sur la terre. Aussi nous voyons que, si le cercle apostolique ne revendique jamais l'institution directe par le Messie, il fait ressortir, en toute occasion, les traits de son organisation et de son existence, qui sont des éléments de la réalisation du règne de Dieu.

Nous trouvons tout d*abord énumérées et détaillées les conditions que doivent remplir les candidats au cercle apostolique (I Pierre, i, 2). L'apôtre Pierre affirme que ses membres sont élus, c'est-à-dire triés du milieu des hommes, mais que ce triage est opéré directement par Dieu. C'est Dieu luimême qui, dans sa sagesse sans arbitraire, reconnaît qu'il veut appeler à faire partie du cercle apostolique. C'est Dieu seul qui est chargé du recrutement de la communauté. Il jette les yeux sur l'ensemble du peuple d'Israël et il y discerne d'avance ceux qui, remplissant certaines conditions connues de lui, sont aptes à être retirés de la masse de la nation pour faire partie du cercle. Dieu seul est maître des destinées de la communauté.

Mais si Dieu seul sait pourquoi il appelle tels ou tels à faire partie du cercle apostolique, le moyen par lequel ils sont incorporés, est bien clairement reconnaissable pour tous. Dieu opère une sanctification de leur esprit, c'est-à-dire donne à leur esprit une aspiration sincère et profonde pour la sainteté en sorte que leur conduite et leur caractère en revêtent une nouvelle apparence, celle d'une tendance constante à la sainteté. Ce que Dieu veut en mettant ainsi à part certains hommes et en les réunissant en groupe, c'est qu'ils parviennent à l'obéissance, qu'ils se montrent à l'avenir de plus en plus entièrement soumis à la volonté de Dieu, et d'autre part h l'aspersion du sang de Christ, qu'ils se fient pour la purification de leur conduite passée et de leur cœur mauvais, moins aux cérémonies répétées des sacrifices d'expiation et à l'aspersion faite du sang des victimes, qu'à l'influence exercée dans leur cœur par le spectacle de la mort de Christ, conséquence et punition du péché, qui doit produire en eux l'horreur véritable et insurmonlable du mal.

Ce que l'adresse de l'Epitre de Pierre affirme en substance, c'est la constitution progressive par Dieu lui-même du cercle apostolique, ou l'élection permanente des membres de la communauté. Dieu ne l'a pas instituée une fois, mais il l'institue e.icore constamment. Cette élection ne peut en aucun cas

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être l'objet d'un doute, car elle produit directement une vie morale et religieuse supérieure, et, d'autre part, elle conduit forcément à la séparation d'avec le peuple, car elle retire leur importance aux habitudes de propitiation et la transporte entièrement à la mort de Jésus et à ses conséquences morales pour les disciples.

Jacques constate qu'en fait cette élection porte sur les pauvres, les humbles, les petits (Jacq., ii, 5). Il ne s'agit pas là d'une question de principe, de droit, ou de caprice divin. C'est la réalité historique. Déjà du temps de Jésus ce sont les petits, les pécheurs qui se montrent le plus accessibles à la prédication du Maître. Encore au début du cercle apostolique, les disciples ne sont ni riches, ni puissants, ni savants. Jacques se contente de cette observation. Il ne se demande pas quelle est la cause de ce fait. Il laisse à d'autres l'étude psychologique de ce point intéressant.

L'affirmation générale de Pierre se base sur les faits suivants : 1^ Ceux qui se rattachent au cercle apostolique sont des repentants et des convertis (Actes, ii, 38-41, m, 19), des hommes qui, au point de vue moral et religieux, changent de route, après expérience faite que leur conduite passée est fautive, que la première direction adoptée mène aux abîmes. 2^ Ce sont des baptisés (Actes, ii, 38-41, vin, 12, 13, 36; IX, 18), des hommes qui ont éprouvé le besoin de rendre publique et de manifester dans un symbole la détermination prise dans leur cœur, des hommes qui ont confessé leurs erreurs passées et témoigné hautement de leur intention de commencer une vie nouvelle. Or, il y a une relation spéciale du baptême à la résurrection de Jésus (I Pierre, m, 21). La nouvelle existence glorieuse de Jésus est en quelque sorte le gage, ou plutôt et plus exactement la source, la condition de la nouvelle existence purifiée du disciple. En même temps, il ya analogie du baptême au déluge (I Pierre, m, 20). L'anéantissement nécessaire par submersion de l'humanité pécheresse pour l'apparition d'une race meilleure peut servir de prototype à cette immersion du corps du pécheur dans l'eau pour

le commencement d'une existence sanctifiée. Mais toute la valeur du baptême dépend des dispositions intérieures et non de la cérémonie symbolique. Pierre a bien le soin de dire que le baptême peut sauver uniquement à cause de la puissance actuelle de Christ ressucité, et que le baptême ne peut sauver que ceux qui possèdent déjà en eux les réalités morales, dont l'acte symbolique est seulement la manifestation (1 Pierre, m, 20-22). 3*» Ce sont des pardonnes (Actes, ii, 38, m, 19, x, 43). Non seulement ils aspirent au pardon de Dieu, mais ils ont l'expérience positive de l'avoir obtenu, selon la promesse qu'en ont déjà faite les prophètes *. 4° Sur eux se produit une efiFusion de l'Esprit par Jésus glorifié, selon la promisse qui leur a été faite (Actes, I, 5, ii, 1-44, 33, 38, 39, x, 44, VIII, 15, 16, 17). Une action directe du Dieu saint sur leur personne entière est visible désormais dans toute leur conduite. L'action de l'Esprit est ici une influence morale, la source d'une vie morale supérieure. 5<* Ils sont des régénérés. Mais il faut remarquer que l'image est encore empruntée au monde végétal (ffTropà et non (77r£pa5c)(IPierre,i,23). Ils sont plutôt ensemencés par la parole de Dieu. N'y a-t-il pas dans l'emploi de ce terme comme une réminiscence de la parabole du semeur ? Il y a bien aussi une autre image étrange, tout à fait isolée dans le Nouveau Testament, celle de l'enfantement (Jacq., i, 18). Dieu, par la vérité qu'il nous a révélée, nous a mis bas. Sous cette image, il y a la grande affirmation apostolique d'une vie nouvelle qui vient de Dieu et qui se trouve seulement en Jésus. 6® Ils sont nourris constamment par la parole de Dieu comme des enfants par le lait (I Pierre, ii, 2.) L'ensemble de ces faits témoigne bien ouvertement d'une activité spéciale de Dieu, en faveur du cercle apostolique et rejette bien sur Dieu la responsabilité de sa constitution et de ses tendances.

* « Il ne peut y avoir de doute que la première communauté croyait à un pardon que Jésus avait offert, et qu'il exerçait maintenant par le moyen de sa mort, et ainsi est formé le fondement de cette doctrine que par la foi en lui on acquiert le pardon. » (Weizsacker.)

Outre ces preuves directes, provenant de la constitution et de Taccroissement constant du cercle apostolique, il y a en sa faveur des indices pratiques d'une protection divine spéciale dans Texamen de ses destinées. Que ce soit Dieu lui-même qui dirige actuellement la communauté, cela se montre avec évidence soit dans Télection de Matthias (Actes, i, 24-26), désigné par le sort en suite d'une prière; soit dans Tadjonction constante de nouveaux membres (Actes, ir, 47) ; soit dans la puissance miraculeuse accordée aux apôtres (Actes, III, 1-10 ; viii, 5-8, ix, 34, 37, 41, xi, 27-29), subordonnée à la seule condition de la foi chez eux, c'està-dire delà confiance qu'ils agissent en lieu et place de Jésus, et de la foi chez les malades, c'est à- dire de la confiance que ce Jésus comme messager de Dieu a le pouvoir de guérir (Actes, m, 16, iv, 10); ou plus simplement dans la reproduction par les apôtres de l'intervention miséricordieuse de Jésus en faveur de ceux qui remplissaient les conditions morales de la guérison physique, ce qui par l'ignorance où le peuple se trouve des lois morales de la maladie attire aux apôtres une telle notoriété, que la superstition se répand dans la foule àce sujet (Actes, v, 12-16) ; soit dans la décision énergique que prennent les disciples en face de la persécution de persister dans leur témoignage, décision qui s'exprime sous forme de prière pour bien montrer qu'ils se mettent sous la direction et l'inspiration de Dieu (Actes, iv, 24-30) ; soit dans la délivrance miraculeuse de ceux qui sont mis en prison (Actes, v, 18-21, xii, 5-10), ce qui est comme une excitation de Dieu à persévérer dans leur témoignage public, en dépit de la malveillance du pouvoir ; soit dans la direction accordée aux persécutés (Actes, viii, 5-8, 26-40, XI, 21), pour qu'ils rencontrent des milieux ou occasions favorables ; soit dans le fait que la persécution violento qui s'élève contre les disciples tourne à l'extension du cercle apostolique (Actes, viii, 1, 4, 14). Tous ces indices d'une* protection divine spéciale sont si forts que, jusque dans le camp des Pharisiens, l'idée pénètre que la fondation du cercle

apostolique pourrait bien être œuvre de Dieu et qu'on le reconnaîtra à sa réussite pratique^ (Actes, v, 38-39).

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