‹ La pensée religieuse dans le Nouveau TestamentChapitre 5 sur 78 · LE FILS UNIQUE DU PÈRE I. SAIICTBTÂ DE JÉSUS DE NAZARETH · texte numérisé non relu

LE FILS UNIQUE DU PÈRE I. SAIICTBTÂ DE JÉSUS DE NAZARETH

Nous devons déterminer le trait caractéristique qui donne à Jésus de Nazareth sa place spéciale au nombre des personnalités religieuses de l'humanité. Ce que sa pensée présente d'original et d'inimitable découle certainement de son état d'âme, de son expérience personnelle dans ce qu'elle a chez lui d'extraordinaire, d'unique. Si la pensée de Jésus s'élève au-dessus du niveau habituel des conceptions humaines, c'est que la personne de Jésus dépasse la taille ordinaire des personnalités humaines. Trouver le trait précis qui différencie Jésus de tous les hommes, c'est se placer à la source même de ce que son ministère apporte de nouveau et de bienfaisant.

Or, à ce sujet le doute n'est pas possible, l'hésitation n'est pas permise. Jésus se sépare nettement de tous les hommes par sa sainteté. Le caractère propre que l'histoire doit lui

attribuer, c'est la sainteté. Les meilleurs des hommes ne connaissent toujours le devoir que comme une obligation qui parle en souveraine et contredit les aspirations du cœur ; le divorce subsiste en eux entre les ordres de la conscience et les intentions de la volonté ; la puissance du péché conserve en partie son empire sur leur caractère et leur vie; le remords des fautes passées demeure comme un pesant fardeau sur leurs épaules, et comme une ombre attristante dans leur souvenir. Jésus, au contraire, nous apparatt dans l'édat d'une sainteté parfaite, accomplissant le devoir non par contrainte, mais par joyeuse décision, par amour, ne s'apercevant d'une différence entre sa volonté propre et son œuvre que pour abdiquer immédiatement et complètement devant l'autorité souveraine de Dieu, se conservant absolument indemne de toute atteinte du péché, ne présentant jamais la moindre trace de regret, de remords, de repentir.

Nous rappelons qu'on peut invoquer en faveur de la sainteté de Jésus un triple témoignage historique. Ses adversaires, qui sentaient leur autorité et leur position menacées par Jésus, qui se trouvaient dans un cas pressant et important de lutte pour l'existence, qui n'ont pas reculé pour le faire condamner devant les accusations volontairement mensongères (Matth., XXVI, 59-61; Marc, xiv, 56-59; Luc, XXIII, 2; Jean, xix, 12), n'ont cependant pas relevé contre lui la moindre apparence de péché, n'ont pas trouvé dans sa vie une faute évidente qu'on pût lui reprocher, une défaillance morale qui pût faire échec à ses prétentions. Ses disciples, devenus à son école si sévères pour les hommes et pour euxmêmes, à ce point qu'ils ne cherchent pas à dissimuler ou à excuser leurs propres manquements, et s'enveloppent dans l'accusation de péché qu'ils font peser sur toute la race, relèvent partout avec insistance la pureté parfaite de leur Maître (Jean, vi, 69). Et cependant ils l'ont connu de près, ils ne l'ont pas vu seulement dans les circonstances solennelles de son activité publique, ils l'ont suivi dans l'intimité, aux moments de fatigue où l'esprit ne s'observe plus, aux heures

d'angoisse où le fond du cœur se montre à découvert. L'impression produite sur eux par de longs mois de vie commune est celle d'une sainteté complète. Enfin Jésus lui-même, si sensible à toutes les manifestations du péché chez les autres, si prompt à réclamer de tous la repentance et la conversion, si irréconciliable avec l'hypocrisie, ne sent en lui aucune part pour le péché, n'éprouve aucun besoin de repentir, se déclare saint, sans reproche et sans tache (Jean, viii, 46). Ou bien Jésus, le plus terrible ennemi des hypocrites, est le pire des hypocrites, ou bien il est un saint.

A ce triple témoignage historique vient s'ajouter le jugement de la conscience. La conscience humaine de tous les siècles, et de nos jours encore, reconnaît en Jésus une supériorité absolue, non pas celle d'un homme exceptionnellement honnête et droit, mais celle d'un, saint. La conscience, en présence des paroles ou des actes de Jésus, se sent devant une manifestation de la sainteté accomplie. C'est là une perception immédiate, qui ne peut naturellement pas s'imposer, mais qui est la base la plus solide de certitude pour celui qui en est capable et qui la contrôle avec soin. Si quelqu'un déclare donc qu'il ne peut pas accepter la sainteté de Jésus, il faut ou qu'il ne connaisse pas Jésus, ou qu'il ne sache pas se servir de sa conscience. On ne connaît Jésus qu'en examinant de près les documents qui nous rapportent sa vie, qu'en étudiant les Evangiles avec sérieux et persévérance, qu'en se plaçant véritablement devant cette apparition historique pour subir son influence. D'autre part, la conscience est un instrument délicat, un instrument de précision; celui-là seul qui, par un long usage, a appris à s'en servir pour sa propre vie, peut songer à l'appliquer à l'étude des autres et en particulier de Jésus.

Yoici donc la base solide sur laquelle nous nous établissons, n nous semble incontestable que Jésus s'est tenu luimême pour saint et que cette prétention a exercé sa grande influence sur sa vie et sur sa pensée. Il nous semble incontestable, grâce au témoignage de l'histoire et au jugement de

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la conscience^ que Jésus n'est pas Tictime d'une îllusion,

quand il s'attribue la sainteté, et que l'influence de cette certitude sur sa pensée est légitime et acceptable pour nous. U nous semble incontestable, d'après le verdict de la conscience, que la sainteté de Jésus le distingue nettement des autres hommes, le met dans une position spéciale, unique au sein de l'humanité. En effet, c'est pour Jésus seul que le témoignage historique et le jugement de la conscience s'accordent à affirmer la sainteté. L'universalité du péché ne peut être l'objet d'une démonstration historique directe. Mais la comparaison de Jésus avec les meilleurs des hommes suffit à établir pour la conscience l'abîme qui existe entre l'honnêteté humaine et la sainteté de Jésus ^

*■ « En vain on nous oppose que notre connaissance de Jésus est bornée et que les documents où nous la puisons sont incomplets. La vie morale se révèle tout entière dans certains actes vraiment caractéristiques ; et quand elle nous apparaît absolument pure dans ses grandes manifestations, il ne se peut pas qu'elle ait été auparavant envahie par le mal. L'eau qui a roulé du sable ou du limon ne retrouve à aucun point de son cours une limpidité parfaite. Devant le Jésus des Évangiles, la conscience reconnaît la réalisation de son idéal ! » (De Presseosé.)

« Si Jésus avait dû commencer son existence sous Tinfluence d*ttn instinct personnel en opposition avec la volonté de Dieu, son Evangile serait la bonne nouvelle de la délivrance que Thomme peut se procurer lui-même à Texemple et sur les traces de Jésus » (Beyschlag), ou le témoignage personnel que Dieu Tavait délivré du péché. Or, la prédication de Jésus ne rentre ni dans un de ces cadres ni dans Tautre.

« Non seulement il ne se sent jamais séparé de Dieu par le sentiment de sa faute, mais il n*est pas divisé au-dedans de lui-même. L'équilibre de sa vie intime n*est jamais rompu. U jouit d'une paix parfaite avec luimême et avec son Père. Jamais un souvenir pénible de honte ou de regret ne vient troubler ce calme. Sa conscience n'a pas reçu de blessures, car elle ne porte pas de cicatrices. Il faut signaler également Tabsence de ces plaintes qu*arrache aux meilleurs des hommes le sentiment de leur impuissance morale, la distance qui sépare toujours la réalité de leur vie de ridéal qu* ils poursuivent, Tinégalité douloureuse de leurs efforts et du but à atteindre. » (Sabatier, Encyclopédie Lichtenberger^ article Jésus- Christ.)

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