‹ La pensée religieuse dans le Nouveau TestamentChapitre 41 sur 78 · II. KTAT MORAL ET RELIGIEUX DU CERCLE APOSTOLIQUE · texte numérisé non relu

II. KTAT MORAL ET RELIGIEUX DU CERCLE APOSTOLIQUE

Un dernier ordre de preuves se tire de l'examen de l'état moral et religieux du cercle apostolique, tel qu'on peut le reconnaître dès les premiers temps de son existence ^. En regard de l'état général de péché que les disciples dépeignent sous des couleurs bien sombres (I Pierre, iv, 3), dont ils trouvent la source dans les désirs mauvais des cœurs, qui s'enflamment à l'occasion des faits extérieurs, des événements, des circonstances, en sorte qu'il y a comme une fécondation par les influences du dehors, du mal caché dans les âmes (Jacq., i, 13-15), la communauté apostolique revendique un niveau moral supérieur.

Elle possède la révélation de la loi parfaite en Jésus-Christ (Jacq., I, 25, ii, 12), non pas de la loi qui se propose à la liberté, mais de la loi qui ne peut être que librement suivie,

* Nous ne sommes pas convaincus par l'argumentation de Weizsàcker, qui veut prouver que les récits des Actes ne sont pas historiques : <c A supposer que les Sadducéens aient pris position contre la communauté apostolique, ce ne pouvait être de la manière et pour les raisons indiquées, mais sûrement pour éviter toute perturbation de la paix publique. D*autre part, les Pharisiens ne peuvent jamais avoir favorisé les disciples. Un fait indéniable, qui renverse toutes les affirmations de Fauteur, c*est que Paul, en tant que l^harisien fut persécuteur. La vraie source du récit des Actes serait le discours missionnaire de Jésus. i>

- « Le prosélytisme des fidèles s'exerçait surtout par des conversations pénétrantes, où la chaleur de leur âme se communiquait de proche en proche. La vraie prédication, c'étaient lea entretiens intimes de ces hommes bons et convaincus ; c'était le reflet encore sensible dans leurs discours de la parole de Jésus ; c'était surtout leur piété, leur douceur. L'attrait de la vie commune qu'ils menaient avait aussi beaucoup de force. Leur maison était comme un hospice où tous les pauvres, tous les délaissés trouvaient asile et secours. » (Renan.)

de laloiqui ne peut être imposée du dehors, mais qui doit être acceptée librement, intérieurement. Il est certain que Jacques fait ici allusion à la loi mosaïque, non plus sous la forme judaïque, mais sous la forme nouvelle que Jésus lui a donnée dans le Sermon sur la Montagne. La loi juive, telle que les contemporains l'entendent, n'est absolument pas une loi de liberté, mais une loi d'esclavage, une série de prescriptions, qui asservissent la conduite de l'homme. Ce que Jésus en a fait, c'est-à-dire l'extension des commandements au monde intérieur des dispositions et sentiments cachés, voilà la loi de liberté, la loi qui doit être volontairement acceptée, parce qu'elle est librement suivie, sans contrainte et sans sanction extérieure possibles \ Ce privilège ne devient donc un réel avantage que si cette loi est non seulement connue, mais mise en pratique. De là les exhortations pressantes à conformer sa conduite à ses principes (Jacq., i, 21-25).

Elle peut réclamer du monde qu'il reconnaisse la justice de ses membres d'après les œuvres que leur foi les pousse à accomplir (Jacq., ii, 14-26). La foi n'est donc pas seulement réduite ici à une croyance, mais elle est un principe d'actions, qui en manifestent l'excellence aux yeux des hommes, et la croyance seule n'en est après tout que le cadavre -. De là la

*■ a La loi de liberté, c'est la loi qui est donnée à l'homme dans son état de délivrance, au moment où il est devenu libre de la puissance du péché. » (Weiss). « Elle est nommée une loi de liberté, en tant qu'elle doit dégager l'homme de la servitude du péché. » (Reuss.) Ces explications ne nous paraissent pas si justes et si complètes que celle de Beyschlag que nous avons reproduite.

2 Nous croyons que la différence entre Jacques et Paul au sujet de la justification se ramène à ces deux formules : en ce qui concerne la production de la justice, la foi rend l'homme juste aux yeux de Dieu (Paul), mais les œuvres qui découlent de la foi peuvent seules rendre l'homme juste aux yeux des hommes (Jacques) ; en ce qui concerne la déclaration de la justice, Dieu déclare l'homme juste au moment où il arrive à la foi, parce que la foi est justice aux yeux de Dieu (Paul), mais à son jugement final Dieu réclame de Thomme non la foi seulement, mais la démonstration par sa conduite, par ses œuvres, que sa foi était vraiment un principe de justice (Jacques).

Nous reconnaissons qu'au point de vue philologique, la justification

haine des discussions doctrinales (Jacq., m, 1, 13-18), stériles et pleines d'animosité. Elle déclare la guerre au monde, elle se met en hostilité ouverte avec lui, par son amour pour Dieu, se rattachant directement à cette déclaration de Jésus qu'on ne peut avoir deux Maîtres (Jacq., iv, 1-10).

Elle montre par le support des maux présents qui lui sont infligés (Jacq.,i, 2, 4-12 ; 1 Pierre, i, 6-8, iir, 13-17, iv, 1, 12-17; Jacq., v, 7-11; Actes, v, 41), qu'elle comprend la souffrance comme une épreuve de sa fidélité, comme la consommation de sa rupture avec le péché, comme la participation aux souffrances de Christ, comme la répétition des douleurs des prophètes *.

Elle peut présenter avec fierté son état religieux. Voyez plutôt le tableau que Luc trace des premiers temps de la communauté (Actes, ir, 42-47) ; l'empressement à recevoir et à rechercher Tinstruction des apôtres, la fréquence de la com munion, l'application à la prière, ce qui suppose des assemblées régulières très rapprochées et très nombreuses, déjà

était au temps des apôtres avant tout la déclaration de justice. Mais il ne faut pas oublier Texpérience personnelle des disciples qui donne au terme un contenu nouveau. Gomment des Juifs auraient-ils parlé de production de justice? Tout ce qu'ils pouvaient espérer de mieux, c'est que Dieu les tînt pour justes, ou bien dans leur orgueil que Dieu reconnût leur propre justice. Mais comment des chrétiens n'auraient-ils pas parlé de productioi] de justice? En fait, en réalité ils se sentent justes, non pas par leurs propres efforts, mais par la grâce de Dieu. Il est indiscutable que retenir seulement le sens de déclaration de justice, c*cst maintenir les disciples sur le terrain juif, tandis que s*attacher au sens de production de justice, c'est s'élever au point de vue chrétien. Jacques oat-il encore au niveau juif, comme le prétend Beyscblag? Nous ne le croyons pas, nous croyons qu'il y a déjà chez lui prépondérant le sens de la production de justice, mais il est vrai qu'il est moins détaché que Paul, ici comme en tout point de doctrine, des habitudes juives de pensée.

' Nous sommes donc loin de la pensée de Renan. « Les martyrs ont commencé Tère de l'intolérance. On peut dire avec bien de la probabilité que celui qui donne sa vie pour sa foi serait intolérant s'il était maître. » C'est tout juste aussi vrai que le contraire. Voyez plutôt l'exemple de Sébastien Castellion. C'est un persécuté, qui sait souffrir pour sa convie^ tion, qui est à la tête des protestations contre Tintolérance.

avant la Pentecôte. En cas de danger spécial, les réunions sont plus longues, on y passe même toute la nuit (Actes, xii, 12). Le zèle religieux se trouve très enflammé dans le petit groupe des disciples, mais sans porter aucun ombrage à leur piété juive (Actes, ii, 46, v, 12), tout au contraire en la vivifiant encore, puisqu'ils fréquentent régulièrement le Temple. Mais leur trait distinctif, c'est que la religion pénètre toutes les circonstances de la vie* (Jacq.,v, 13-16). De là, la lutte contre le cœur partagé entre le monde et Dieu (Jacq., iv, 4-10). Une importance toute spéciale est accordée à la prière (Jacq., i, 5-8), on s'attache à en établir les vrais caractères, et à relever son influence considérable (Jacq., v, 16-18). La mort, elle aussi reçoit une signification nouvelle. C'est un sommeil passager dont on se réveille bientôt au sein de Christ. Les dispositions du mourant sont la reproduction fidèle des sentiments de Jésus sur la croix (Actes, vu, 59-60 ; I Pierre, iv, 19). Elle donne un soin empressé à la persistance chez ses membres d'unétat moral irréprochable (I Pierre, i, 13-17). On aimait à rappeler que, dans les débuts de la communauté, la charité véritable des membres du groupe apostolique s'était manifestée au grand jour sous la forme la plus frappante. On venait si largement en aide aux besoins des nécessiteux (Actes, II, 44-45, iv, 34-35), qu'on aurait pu croire au premier abord que les biens terrestres étaient en commun entre ces hommes, qui réellement étaient si intimement unis qu'on pouvait dire d'eux qu'ils n'avaient qu'un cœur et qu'une âme (Actes, iv, 32). Aussi, voyons-nous les exhortations les plus sévères pour empêcher le retour chez les riches de sentiments d'orgueil et de vanité (Jacq., i, 9-11, v, 1-6), ou dans la vie de la communauté du mépris et de la jalousie entre classes^ (Jacq., ii, 1-13). Le but auquel doivent ten-

* « La différence entre la vie ordinaire et la vie religieuse n^existait pas pour l'Eglise primitive, parce qu'au fond la vie ordinaire avait été élevée par elle à une hauteur vraiment céleste. » (De Pressensé.)

2 Et non pas, selon Renan : a Le rêve universel était le règne du proie-

dre les disciples, c'est la sainteté. Les devoirs qui leur sont recommandés d'une manière pressante, c'est la bienfaisance et la pureté (Jacq., i, 26-27 ; I Pierre, i, 22, iv, 8 ; Jacq., III, 2- 12, IV, 13-17, V, 12 ; I Pierre, v, 1-7; Jacq., v, 19-20), la fraternité, la charité qui couvre les péchés, l'humQité, le mépris des richesses, la miséricorde qui brave le jugement *. De là, le procès de la langue, le dédain des projets ambitieux, la proscription de l'habitude de jurer. Delà, les recommandations aux anciens et aux jeunes dans leur conduite réciproque, l'impulsion au zèle missionnaire et la promesse que son succès couvre les péchés.

On aimait à rappeler que Dieu lui-même veillait à la pureté immaculée du cercle apostolique. Si quelque élément mauvais venait à s'introduire dans cette société choisie, il intervenait pour empêcher que ce ne fût un ferment de corruption. C'est ainsi que la ruse, la tromperie y est punie de mort par Dieu même * (Actes, v, 1-11).

Enfin, le cercle apostolique cultive dans la paix et la sérénité une sublime espérance (I Pierre, i, 3-5,9, 21). 11 trouve dans la résurrection de Jésus le gage de la résurrection de ses membres, du salut de leurs âmes, l'assurance d'un céleste héritage. Mais dans tous ces traits de vie morale et religieuse que la communauté primitive relève avec une juste fierté, nous ne trouvons rien qui ressemble au sentiment pharisaïque de la propre justice. Il n'est pas exact que les disciples cherchent la justice par leurs œuvres. Au contraire, ils sont

taire juif resté fidèle, et Thumiliation du riche, considéré comme un transfuge, comme un traître passé à la yie profene, à la civilisation du dehors, n

^ « Les mœurs des chrétiens renchérissaient donc encore sur la rigidité des préceptes pharisalques, ou plutôt c'était le pharisaisme même transporté dans r Eglise, mais dans ce qu'il avait d'honnête et de sincère, sans son hypocrisie, sans son mauvais orgueil et tel qu'il pouvait s'allier avec la pratique des vertus essentiellement chrétiennes. » (Reuss.)

^,Ge que Renan exprime sous cette forme très malheureuse et certainement inexacte : « Le pouvoir qu'on prêtait à l'Eglise réunie et à ses chefs .était énorme... Les apôtres se croyaient investis de droits surnaturels. »

déjà pleinement sur le terrain chrétien, puisque le point de départ de leur vie nouvelle, c'est le baptême, c'est le pardon des péchés ^

A tous ces traits que les apôtres relèvent avec prédilection, il faut reconnaître qu'il existe désormais une société naissante, sortie du peuple juif, mais bien distincte de lui, séparant volontairement ses destinées de celles de la nation, et dont le caractère tranché est d'une part d'être tout spécialement consacrée à Dieu, d'autre part d'être l'objet des miséricordes divines. C'est là comme un nouveau temple spirituel (I Pierre, ir, 4-10), dont chaque membre de la communauté forme une pierre vivante. C'est la pleine réalisation d'une promesse que Jésus avait faite tout au début de son ministère. Il s'était engagé à relever le temple en trois jours. Le voilà le véritable temple que Jésus lui-même édifie, et qui s'appuie sur lui comme sur la pierre angulaire, et qui doit remplacer au moment voulu l'ancien temple, déjà renversé par le crime de la nation, bientôt détruit par la rage des ennemis. Dans ce temple nouveau fonctionnent de nouveaux sacrificateurs, qui offrent de nouveaux sacrifices. La base de ce nouvel ordre de choses, c'est Jésus. Ceux qui se rattachent à lui doivent nécessairement devenir des pierres de l'édifice, s'adjoindre au cercle apostolique. Ceux qui le repoussent, en sont exclus, et, ne reconnaissant pas les bienfaits de la nouvelle institution, viennent échouer devant elle.

* Voir à ce sujet Beyschlag : « La vérité, c'est qu'en ce temps la réflexion ne s'est pas encore portée sur la relation qu'il y a entre la justice et la loi. »

C'est bien encore à cette préoccupation de maintenir dans sa pureté l'idéal moral du cercle apostolique que nous devons les nombreuses prescriptions de Pierre touchant la communauté, le mariage, l'Etat, la position sociale (I Pierre, ii, ll-iii, 7).

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