III. SCPÉRlOniTÉ DE LA NOUVELLE ALLIANCE
Le premier point à traiter était relatif au fondateur de la religion juive, ce Moïse, fidèle serviteur de Dieu. L'auteur répond que l'Eglise chrétienne a un fondateur qui est bien supérieur à Moïse, à savoir Jésus (Hébr., i). Jésus possède de nature même, d'essence une supériorité incontestable. N*efet-il pas le Fils de Dieu, le reflet de sa gloire, l'empreinte de sa personne?Les disciples doivent le reconnaître, puisqu'on peut prouver exégétiquement que Jésus est supérieur aux anges. A ce sujet, l'auteur cite des passages de l'Ancien Testament qu'il appliquée Jésus (Hébr., i, 5-13). Naturellement l'argument ne porte que si ces passages sont regardés comme messianiques, et si Jésus est reconnu comme le Messie. Il tombe pour celui qui ne concède pas l'un ou l'autre de ces postulats. H ne
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vaut donc rien pour les Juifs qui n'admettent pas que Jésus soit le Messie, ni pour la critique sacrée qui n'admet pas que ces passages soient messianiques. Mais il est toujours valable pour le chrétien qui, pour d'autres raisons, des raisons de piété et de foi, admet que ces expressions peuvent parfaitement s'appliquer à Jésus. Or c'est à un auditoire de chrétiens convaincus que s'adresse Fauteur des Hébreux ; il n'a pas encore abordé les points vraiment délicats sur lesquels il peut y avoir hésitation dans l'esprit des disciples.
D'autre part, Jésus est supérieur aussi par le rôle qu'il a joué ; c'est lui qui est l'instrument de la création du monde (Hébr. , 1, 2), et c'est lui qui soutient actuellement le monde, le maintient, il est la Providence de l'univers (Hébr., i, 3). S'il a quitté ces fonctions métaphysiques pour entrer momentanément dans l'histoire humaine, il n'y a rien là qui doive surprendre, car on peut établir exégétiquement que c'est un fait annoncé dans l'Ancien Testament (Hébr., ii, 6-9, 12, 13, 14). Cette exégèse, qui était probablement scientifiquement acceptable pour les contemporains, demeure pour les chrétiens religieusement acceptable, puisque notre foi reconnaît comme une expression applicable à Jésus et à son œuvre des textes qui pour notre science ne l'avaient certainement pas en vue.
Si Jésus a dû, dans son existence humaine, subir beaucoup de souffrances (Hébr.,ii, 10-18), ce n'est que l'application de la grande pensée prophétique de la douleur, chemin de la gloire. C'est pour pouvoir compatir véritablement à la misère de ses frères qu'il a dû prendre sa part de leurs misères, pour secourir ceux qui sont tentés qu'il a subi la tentation. En un mot, l'œuvre accomplie par Jésus est supé* rieure à celle qui résulte de l'activité de Moïse, autant que celui qui construit la maison est supérieur à la maison (Hébr. , m, 1-6). 11 semble que cela signifie que Moïse a simplement rempli fidèlement sa fonction dans la maison construite par Dieu, le peuple israélite, tandis que Jésus est à la tête d'une maison qu'il a construite lui-même, le peuple chrétien.
Nous trouvons ici la pensée paulinienne sur la nature
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spéciale et le rôle particulier de Jésus, et nous verrons plus loin comment elle s'est formée. Ce qui fait Foriginalité de Fauteur, c*est l'emploi à l'appui de cette doctrine de la méthode exégétique alexandrine. Il faut avouer que, si la pensée de Paul n'avait pas de meilleure base, l'auteur serait bien incapable avec de pareils procédés de nous la faire accepter. Ce qui donne une valeur à cette argumentation, c'est l'expérience chrétienne del'auteur, qui lui fait choisir dans l'Ancien Testament des passages que la foi (non la science) se plaît à appliquer à Jésus, y voyant une expression consacrée de ses propres impressions.
Grâce à Moïse et par son intermédiaire le peuple juif est en possession d'une alliance positive avec Dieu et d'une alliance solennelle, qui a reçu le sceau du sang répandu (Hébr., viii, 6-13). Cette alliance est donc inviolable.Mais, répond l'auteur, la promesse seule d'une nouvelle alliance est déjà un blâme à l'égard de l'ancienne qui paraît insuffisante et non sans défauts ; et cette promesse est exégétiquement indiscutable. Cette preuve directe est vraiment très forte, c'est un coup droit porté aux prétentions juives. Et à la nouvelle alliance ne manque pas non plus l'effusion du sang, puisque le Christ est mort. Mais l'auteur n'emploie pas cet argument. C'est là évidemment une lacune, car c'est une idée authentiquement chrétienne, c'est celle de Jésus au moment de la Cène, et c'est une réponse excellente, topique aux objections juives. C'est que les idées ont progressé, que l'interprétation de la mort de Jésus s'est fixée, sous l'influence des conceptions juives et on n'avait plus recours à des interprétations qui auraient semblé diminuer la valeur de son sacrifice. L'idée juive l'a emporté sur la pensée chrétienne primitive et l'a déformée.
Mais l'ancienne alliance possédait des institutions importantes, toutes négligées ou détruites dans la nouvelle. L'auteur s^applique à montrer pas à pas la fausseté de cette prétention. Toutes les institutions de l'ancienne alliance se trouvent remplacées par d'autres institutions supérieures dans la nouvelle. L'ancienne alliance possède le Temple construit
d*après le modèle du tabernacle décrit dans la Loi (Hébr., ix, 1-5). La nouvelle possède un sanctuaire bien supérieur, puisque c'est le modèle céleste d'après lequel a été établi le tabernacle, et qui n'est pas construit de main d'homme (Hébr.,
VIII, 5, 2, IX, 11, 23, 24). Mieux vaut donc une religion qui n'a d'autre sanctuaire que le ciel, qui n'admet pas que Dieu habite une maison bâtie parles hommes, qui n'a pas de temple sur la terre. Voilà une affirmation d'une haute spiritualité, bien qu'elle soit encore enfermée sous cette forme exégétique, que le tabernacle n'était que la copie du temple céleste.
L'ancienne alliance possède l'institution des sacrifices, le moyen assuré de la propitiation pour les péchés, car sans eflfusion de sang, il n'y a point de pardon d'après la loi (Hébr.,
IX, 22). Mais, répond l'auteur, tout d'abord la répétition nécessaire des sacrifices de l'ancienne alliance en prouve l'insuffisance, ils servent avant tout à rappeler le souvenir des péchés (Hébr., x, 1-3). On peut même se demander s'ils sont réellement efficaces, car il est impossible que le sang des taureaux et des boucs ôte les péchés (Hébr., x, 4). Et le fait que le Lieu Très Saint reste fermé, inabordable, est un symbole que les sacrifices sont incapables d'amener à la perfection réclamée par la conscience (Hébr., ix, 8-9). Nous trouvons là toutes les prémisses d'une vigoureuse réfutation contre l'opinion contemporaine de l'expiation des péchés par le sang des victimes^
Mais par malheur l'auteur s'en tient là. Il n'a pas la vigueur de pensée suffisante pour entreprendre de ramener la notion de l'expiation à son vrai sens, à sa vraie valeur. Ou plutôt ce n'est pas son afiaire, il s'engagerait sur un terrain psychologique, dont il n'entrevoit pas l'importance, où peut-être il ne se meut pas à l'aise. Nous sommes donc aux antipodes de Paul, nous n'avons pas là un paulinien fidèle, mais un membre
^ « L'Epître aux Hébreux marque définitivement, dans Thistoire de révolutioii religieuse de l'humanité, la disparition du sacrifice, c'est-à-dire de ce qui avait fait jusque-là Fessence de la religion. » (Renan.)
conséquent du cercle apostolique ^ Il établit bien les jalons d'une étude psychologique, réformant les idées contemporaines; il exprime bien les convictions chrétiennes, qui amènent les disciples à se passer des sacrifices. Mais il se hâte de revenir au domaine historique, d'adopter pleinement l'opinion des adversaires, et de les battre sur ce terrain en cherchant ce qui, dans l'Église chrétienne, est supérieur aux sacrifices juifs. Il faut avouer que l'auteur se laisse ici entraîner par les ennemis, et glisse malheureusement sur leur terrain, au lieu de se maintenir ferme sur le sien'. Et il a entraîné avec lui toute l'Eglise chrétienne, qui, dans sa majorité énorme, accepte encore aujourd'hui la conception juive de l'expiation.
Ce que l'auteur répond donc réellement aux Juifs, c'est qu'on peut établir exégétiquement la substitution de la venue de Jésus aux sacrifices de l'ancienne alliance (Hébr., ix, 11- 14, x, 5-10), c'est-à-dire le sacrifice du corps de Christ en remplacement et en destruction de tout autre sacrifice, car il n'y a pas là d'autre sens possible. L'oblation chrétienne, c'est l'oblation du corps de Christ.
Évidemment nous avons là une expression qui conduit logiquement à l'expiation des péchés par le sang de Jésus, répandu sur la croix. Mais il est clair aussi qu'on n'y arrive que par une défaillance de la pensée, produite par l'assurance et la force de la conception juive de l'expiation ^.
Enfin Tancienne alliance établit un souverain sacrificateur (Hébr., V, 1-10), dont le droit est indiscutable par sa descen-
^ « Sa théologie n*a pas, comme eelle de Tapôtre Paul, une base psychologique. » (Reuss.)
' Mais, ou ne peut pas aller jusqu'à dire avec Ghavannes : « Il n*est pas chrétien en théorie ; car son Christ n'est pas celui qui réconcilie le pécheur avec le Père Céleste, mais celui qui fait propitiation pour lui et sans lui. »
' Beyschlag démontre péremptoirement que la pensée de TEpître aux Hébreux n^est rien moins que favorable à la théorie de Texpiation juridique et de la substitution. Elle est au contraire très rapprochée de la pensée de Paul. C'est le développement sous une autre forme et en réponse à un nouveau besoin, de la pensée de Paul.
dance de Ib tribu de Lévi (Hébr., vu, 1-19), pour célébrer la cérémonie annuelle des Expiations, en pénétrant dans le Lieu Très Saint, et faisant aspersion du sang des victimes. Or c*est ici qu'éclate toute la supériorité de la nouvelle alliance. Puisque le temple, le sanctuaire est une copie seulement du sanctuaire céleste, il faut bien que dans le ciel même chose se passe que sur la terre (Hébr.j xx, 23). Le souverain sacrificateur de la nouvelle alliance, c'est Jésus. Au lieu d'une succession de souverains sacrificateurs, un seul qui ne passe pas (Hébr., vu, 23, ii, 17, iv,14-15); au lieu d'appartenir à l'institution du sacerdoce lévitique, il relève d'un ordre sacerdotal plus ancien, celui de Melchisédec, comme on peut l'établir exégétiquement (Hébr., v, 5-10, vu, 1-19), et Melchisédec est supérieur à Lévi, en ce qu'il a reçu la dime d'Abraham, ancêtre de Lévi. De plus Jésus a été établi sacrificateur avec serment (Hébr., vii, 20-22). Au lieu d'une cérémonie d'expiation qui est valable pour une année, puisqu'il faut la renouveler, une expiation faite une fois pour toutes, en pénétrant dans le ciel, dans le modèle céleste du Lieu Très Saint, et en y apportant non le sang des victimes animales, mais son sang précieux (Hébr., ix, 7,11,14). Jésus nous a ainsi ouvert l'accès du Lieu Très Saint, à travers le voile, c'est-à-dire parla rupture de sa chair (Hébr., x, 20). Par là la nouvelle alliance s'est complètement substituée à la première *.
Il ne faut pas oublier que l'auteur parle ici à des auditeurs qui ne demandent qu'à être convaincus, et qui ne songent pas à le chicaner sur les termes employés. U s'adresse à des
1 «c Si la thèse fondamentale de TEpître aux Hébreux est identique à celle de l'apôtre Paul, la manière dont elle est développée n*est pas tout à fait la même. Paul, qui par ce côté se rapproche de Tapôtre Jacques, considère Tancienne alliance comme se résumant tout entière dans la loi ; la supériorité de T Evangile consiste en ce qui! accomplit seul ce que la loi ne pouvait accomplir. Pour Fauteur de TEpitre aux Hébreux, Tancienne alliance est tout entière dans Tinstitotion du sacerdoce et du sacrifice. » (Bonifu.)
croyants, à des chrétiens dont la foi accepte facilement et joyeusement ces analogies, le rapprochement de Jésus et de Melchisédec, le rapprochement de Télévation de Jésus au ciel avec l'entrée du souverain sacrificateur dans le Lieu Très Saint, le rapprochement de sa mort avec le déchirement du voile du Temple.
En vue de Tédification personnelle, ces assimilations, ces illustrations sont excellentes et produisent tout leur effet; elles mettent en relief pour la piété chrétienne les traits de la supériorité de Jésus. Mais l'auteur ne donne pas ici une argumentation capable de convaincre un incrédule, de fermer la bouche aux objections des Juifs. Qui ne voit le danger et l'insuffisance de cette raison, que tout ce qui se fait au Temple doit trouver non pas son analogue, mais sa reproduction exacte dans le ciel (Hébr., ix, 23). Qui ne comprend que Melchisédec peut être un type, mais non le chef d'une caste sacerdotale comparable à ceUe qui descend d'Âaron ? Qui ne comprend que la très belle et très saisissante image de Jésus entrant au ciel couvert de son propre sang, ne peut devenir une preuve directe et concluante de l'expiation par le sang de la croix ? Qui ne voit le danger de concéder implicitement la justesse de l'explication, qui accorde à la cérémonie des Expiations une efficacité magique ? Nous n'avons pas là une page dejthéorie solide, serrée, dont chaque mot est pesé et peut être pressé et poursuivi dans ses conséquences, mais une méditation sur ce sujet : mettre en lumière l'analogie entre Jésus et le souverain sacrificateur juif.
Il faut admirer pleinement l'auteur del'Ëpître aux Hébreux dans les arguments qu'il emploie pour relever la fidélité des chrétiens, puisqu'il affirme en substance la supériorité de Jésus sur Moïse, la supériorité d'une religion qui n'a pas de temple terrestre et se contente du sanctuaire céleste, la supériorité d'une religion qui n'a plus recours aux cérémonies répétées des sacrifices, puisqu'il affirme que les fonctions de grand sacrificateur sont abolies par Jésus. Mais n'oublions pas que la lettre, ne porte que pour un lecteur qui ne met pas en. doute
la messianité de Jésus, qui lui applique tous les passages messianiques de l'Ancieu Testament avec toute Tinterprétation que la méthode rabbinique autorise, mais qui se sent ébranlé par les objections des Juifs et commence à croire que l'institution juive a pourtant des avantages réels sur l'institution chrétienne.
Le seul but de l'auteur est donc de prêcher la fidélité aux Juifs convertis, de les raffermir dans leurs espérances. Il emploie pour cela, d'abord la menace, l'avertissement sévère, en rappelant le sort des Hébreux dans le désert (Hébr., m, 7- 19), eux qui avaient connu le secours de Dieu dans la délivrance d'Egypte et qui s'étaient cependant révoltés contre Dieu, en sorte qu'ils ont attiré sur eux son courroux. Il faut donc craindre de s'exposer à un sort semblable, d'autant plus que delà supériorité du messager, Jésus, découle la gravité de la conduite à l'égard du message (Hébr.,ii, 1-5, xii, 25-27). L'auteur déclare impossible que celui qui a connu la réalité de l'expérience chrétienne et qui s'en est détaché y soit ramené de nouveau, et, pour le faire bien sentir, il emploie la parabole de la bonne et de la mauvaise terre (Hébr., vi, 3-8). Il déclare que les disciples infidèles crucifient à nouveau le Fils de Dieu (Hébr., x, 26-31). Il use aussi de la promesse, de l'encouragement, en relevant le travail de ses lecteurs (Hébr., VI, 9-12, x, 33-39), leur amour pour le nom de Dieu, les services qu'ils ont rendus aux saints. Mais il importe de conserver son assurance ; c'est par une foi persévérante, qu'on devient héritier des promesses ; l'espérance du chrétien est comme une ancre sûre et solide de l'âme.
Il établit, par une longue étude historique» que la foi est de nature adonner une pleine et durable espérance (Hébr., xi,), à inspirer une conviction inébranlable, quand bien même les événements ne semblent pas les justifier, en dépit du retard apporté à leur réalisation. Il fait à ce sujet une rapide revue des hommes de foi de TAncien Testament et conclut que leur sort commun a été d'attendre, sans la voir arriver, l'exécution des promesses de Dieu. L'auteur relève le privilège
des contemporains qui ont assisté à ces événements, si longtemps inutilement attendus (Hébr. , xx, 40) , et explique le retard mis à leur apparition par le fait que Dieu voulait aussi envelop per lagénérationprésentedans sa miséricorde et dans sagloire.
Enfin il interprète les souffrances et les épreuves que les disciples ont à subir, comme les châtiments sagement calculés par l'amour du Père pour l'éducation, c'est-à-dire pour le bien de ses enfants (Hébr., xii, 4-11).
Mais surtout, l'auteur a recours à un enseignement qu'il considère comme parfait (Hébr., vi, 1-2), en regard del'ensei^ gnement élémentaire qu'il laisse décote. Les principes fondamentaux, sur lesquels il ne veut pas insister, il les énumère pourtant, c'est le renoncement aux œuvres mortes, la foi en Dieu, le baptême, l'imposition des mains, la résurrection des morts, le jugement éternel, le salut annoncé par le Seigneur, proclamé par les témoins auriculaires, prouvé par des signes miraculeux et le don du Saint-Esprit (Hébr. , ii, 3,4). La lettre renferme deux allusions claires à des événements de la vie terrestre de Jésus : à l'agonie de Gethsémané (Hébr., v, 7-10), Jésus y a appris l'obéissance par la souffrance, et au supplice hors de la porte de la ville (Hébr., xiii, 12). En outre, nous trouvons l'affirmation de la résurrection (Hébr., xiii, 20) et de la proximité de la Parousie, qui n'aura pas pour but, comme la première venue de Christ, d'ôter le péché, mais bien de donner le salut à ceux qui l'attendent (Hébr., ix, 28, X, 37). Nous reconnaissons bien là l'ensemble de la prédication du cercle apostolique.
Quant à l'enseignement parfait, nous l'avons vu dans son détail, c'est la théorie de la substitution de la communauté chrétienne à la nation juive, de la supériorité de la nouvelle alliance sur l'ancienne, avec les arguments auxquels l'auteur a recours pour la démontrer. Quand l'auteur la désigne sous le nom d'enseignement parfait, il est victime d'une illusion, il prend la nécessité pressante, l'importance directe de ces pensées pour un signe de leur plus haute valeur. Il ne nous semble pas que ce soit là un enseignement supérieur, mais
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seulement qu*il était plus particulièrement utile, indispensable à cette période de l'existence du cercle apostolique. 11 faut même remarquer que le sujet traité est si spécial, si nettement circonscrit, que les pensées qui y rentrent naturellement n'excluent pas à côté d'elles la prolongation d'autres interprétations pareilles à celles que nous avons déjà rencontrées dans le cercle apostolique. Ainsi il semble que l'auteur possède une théorie parfaitement déterminée sur la mort de Jésus. Voici au contraire que nous trouvons dans la lettre plusieurs tentatives d'explications. La mort de Jésus est comparée à la mort d'un testateur (Hébr., ix, 15-17), nécessaire pour quels testament soit valable. Elle est présentée aussi, comme une délivrance^de la puissance du diable (Hébr., ii, 14,15), Jésus ayant anéanti par sa mort celui qui a l'empire de la mort, et ayant délivré tous ceux que la crainte de la mort tenait dans la servitude pendant toute leur vie.
Ainsi, nous voyons que le cercle apostolique, après avoir, dans une première période, affirmé qu*il absorberait progrèssivement tout le peuple élu, et que de cette façon s'opérerait la conciliation des promesses faites aux Juifs et des espérances des disciples de Christ, en vient après expérience faite, à se consoler de ce que la majeure partie de la nation lui reste étrangère et à se défendre de ses attaques possibles en proclamant la supériorité de la nouvelle alliance, et, parla, la déchéance pure et simple de l'ancienne.