‹ La pensée religieuse dans le Nouveau TestamentChapitre 48 sur 78 · II. LES EXPiaiENCES DU MISSIONNAIRE · texte numérisé non relu

II. LES EXPiaiENCES DU MISSIONNAIRE

On ne peut aborder le christianisme par une autre porte que la porte historique. Aussi, l'apôtre Paul, lui-même, doit débuter sur ce terrain. C'est ce dont témoignent les discours du livre des Actes (Actes, xiii, 16-37, xvii, 3, ix, 20-22, XVIII, 5). Nous y voyons le grand missionnaire se rattacher étroitement à l'histoire du peuple d'Israël, au ministère du Baptiste, et établir la messianité de Jésus. On croirait entendre un membre du cercle apostolique ^ Une préoccupation nouvelle, ou plutôt un terme nouveau apparaît, qui est bien comme la signature encore incomplètement formée de Paul, le mot de justification (Actes, xiii, 38-41). Mais il n'y a là qu'une légère extension de l'affirmation du pardon des péchés en Jésus-Christ. C'est surtout une méthode nouvelle qui fait avec Paul son apparition. Il s'adresse tout d'abord aux Juifs, mais quand il se voit repoussé par ses compatriotes, il se tourne simplement vers les prosélytes (Actes, xiii, 46-48, XVIII, 6), les détachant de la synagogue, et ensuite attire à la communauté ainsi formée des recrues païennes. C'est là le résultat direct de l'expérience de Paul et il convient de s'y arrêter, car c'est le point de départ de pensées toutes différentes de ce que nous avons rencontré jusqu'ici^.

Paul est placé par son expérience chrétienne sur le terrain

^ Paul prêche la vie historique de Jésus (Sahatier, Beyschlag). « 1 a prédication de Tapôtre a consisté avant tout en récits de la passion, de la mort et de la résurrection de Jésus, en une argumentation scripturaire, tendant à prouver que Jésus était le Christ et qu*en lui était la rémission des péchés, n (Sahatier.)

* L'idée de Weizsâcker que Paul ne peut jamais avoir commencé ses prédications par la synagogue est un parti pris au moins aussi ahsurde et aussi peu historique que celui qu'il repi*oche à Tauteur des Actes.

historique, puisque sa première affirmation c'est la messianité de Jésus, et que sa preuve en est une apparition du Ressuscité. Et cependant par le changement radical produit en lui, il est placé sur la ligne de la rupture avec le judaïsme. Le rapport que son expérience lui fournit entre judaïsme et christianisme, ce n*est ni couronnement^ ni développement, ni même dépendance, mais au contraire opposition, déchirement, séparation. C'est là le fond même de son expérience.

Pour lui, dès le début, le judaïsme ne se présente pas crame une condition favorable préparant au christianisme. Il sait par lui-même qu'il faut être violemment arraché au judaïsme pour accepter Jésus comme le Messie. En sorte qu'il est tout prêt à dire aux Juifs (Actes, xxi, 21) : Toute votre religion juive vous est plus nuisible qu'utile, jetez tout pardessus bord ; et aux païens : Vous êtes aussi bien préparés que les Juifs pour recevoir l'Evargile, ne vous embarrassez pas de cette religion juive, qu'il vous faudrait accepter, qui vous conduirait en mauvais chemin et qui deviendrait une difficulté de plus pour votre adhésion au christianisme. Paul ne le dit pas encore, mais il agit en conséquence. Il s'adresse aux Juifs, c'est le chemin normal, et il désire de tout son cœur produire chez ses compatriotes la métamorphose qu'il doit à Jésus. Mais quand l'occasion lui est fournie de parler ensuite aux Gentils, il estime que c'est aussi un terrain où il doit porter l'Évangile. Son expérience personnelle fait de lui l'apôtre des Gentils, nul ne peut en douter, Paul moins que personne.

Quand il se tourne vers les païens, il ne peut plus se tenir sur le terrain historique, il doit chercher un autre domaine plus favorable, et nous le voyons s'adresser à la philosophie. Tout Tefiort de Paul semble se résumer sur ce point : le monothéisme. Il veut établir, par des arguments solides, l'unité de Dieu (Actes, xrv, 15-17). Il affirme la création et la providence, et il s'élève contre les notions grossières, anthro pomorphiques de Dieu. Il proclame la spiritualité de Dieu

'Wsxvii, 22-29, XIX, 26) ^ Cette première tentative de Paul ^^ pouvait aboutir qu'à le faire considérer comme un philosophe spiritualiste et théiste. Mais la difficulté était grande pour passer de là à la prédication de Jésus. Car Paul reve- ^sdt au domaine historique, et ne trouvait guère des disposi tions favorables à ses affirmations ^.

C'est alors que se présente à lui tout naturellement la conception eschatologique. Il dirige les yeux de ses auditeurs vers l'avenir. Il proclame le redoutable jugement de Dieu comme imminent. Il compte que toute conscience d'homme sera effrayée de cette perspective. Mais voici ce qui distingue cette conception du jugement, ce qui lui donne son caractère chrétien, c'est qu'il sera exercé par Jésus, l'homme ressuscité par Dieu (Actes, xvii, 30, 31). Il y a donc une espérance pour l'homme pécheur, c'est qu'il obtienne la faveur et la clémence de ce Juge qui le menace. C'est ainsi que pour Paul, l'idée messianique s'exprime sous cette forme du Juge à venir, ce qui n'est, d'ailleurs, tout simplement que la transposition exacte et immédiate en pensée païenne de la conception du cercle apostolique. D'autre part, tout en faisant une première tentative pour combler l'abîme qui séparait de lui les païens, Paul se trouve engagé dans une lutte

' Renan reconnaît justement que a ce discours nous montre une tentative à peu près unique au premier siècle, pour concilier le christianisme avec Ja philosophie et même en un sens avec le paganisme. » Mais qu*il en apprécie mal la signification. « Ce Dieu dans lequel nous vivons et nous nous mouvons est fort loin du Jéhovah des prophètes et du Père céleste da Jésus. • Sabatier : <c 11 y a là un effort et un essai de comprendre le paganisme et son histoire au point de vue de la révélation nouvelle, une ébauche de cette philosophie de Thistoire que lapôtre achèvera plus tard. » Weizsâcker : a Toute Tinstruction sur le monothéisme est un acheminement à l'assurance de la filialité divine, et par là la préparation du plus profond changement moral, n

* « Ce premier contact du christianisme et de la philosophie grecque fut peu bienveillant. On ne vit jamais mieux combien les gens d*esprit doivent se défier d'eux-mêmes et se garder de rire d'une idée, quelque fbUe qu'elle leur paraisse. » (Renan.)

ardente et permanente avec la synagogue. Non seulement il apprend à connaître les difficultés que tous les disciples de Jésus rencontrent quand ils veulent convertir les Juifs, mais encore sa conviction intime de l'inutilité et du danger de la ferveur juive suscite contre lui des haines plus profondes et plus irréconciliables, mais encore sa méthode qui le porte k présenter TEvangile aux païens directement et sans précaution le fait regarder comme un renégat, comme un traître. Cette lutte revêt donc, à l'égard de Paul, des caractères dramatiques (Actes, XIII, 50, XIV, 5, 19, 20, xvii, 5-9, xviii, 13, XX, 19). Au milieu de ces dangers permanents, la pensée de Paul se porte du seul côté qui puisse lui offrir consolation, espérance, à savoir l'eschatologie. C'est ici le terrain où se concilient les intérêts pratiques des deux tentatives différentes de Paul : à l'égard des païens, le seul domaine historique qui peut avoir de l'intérêt, c'est l'avenir ^ c'est la prophétie, la prédiction, la peinture des destinées futures qui peut les captiver ; à l'égard des Juifs hostiles, le seul domaine historique qui puisse donner du courage et de l'espérance, c'est l'avenir, la réalisation prochaine entière de l'attente messianique. C'est ainsi que, pour la pensée de Paul qui se retire du domaine historique en marche vers une nouvelle conception, la dernière étape avant l'abandon complet de la préoccupation historique est Teschatologie ^. La pensée de Paul va donc prendre une tournure, une couleur eschatologi* ques. Nous avons un monument littéraire de cette première

^ (c Amener les païens à la connaissance du yrai Dieu et à Tattente du jugement, c'était préparer le chemin à l'acceptation de la bonne nouvelle du salut et de la délivrance, à la prédication du Fils de Dieu ressuscité des mort8, qui reviendra du ciel pour délivrer de la juste colère du Juge divin. > (Weizsâcker.) « Le fondement de la prédication de Paul était la proximité du jugement messianique. I^ foi à la messianité de Jésus devient pour les païens la foi à Jésus le juge du monde, de qui dépend la délivrance dans le jugement. » (Weiss.)

* « L'apôtre des Gentils, comme les autres, a commencé par prêcher Timminence du jugement de Dieu, et décrire, comme Jean- Baptiste, la colère à venir. » (Sabatier.)

phase de soa système, daas les deux lettres aux Thessaloniciens ^

m. SYSTÉMATISATION DB LA PBNSBE DU GBBGLE APOSTOLIQUE

Répondant aux espérances exaltées et impatientes des disciples, Paul affirme que le jugement dernier est proche^. Jusqu'à ce moment peu éloigné, l'hostilité juive contre les disciples ira croissant et prendra de telles proportions qu'il faut l'appeler une véritable apostasie (II Thess., ii, 3). C'est comme une loi inévitable qu'on peut reconnaître déjà dans les destinées des communautés chrétiennes, que partout la prédication de l'Evangile soulève la persécution des incrédules (I Thess., III, 4). Déjà les païens commencent à suivre l'exemple des Juifs (I Thess., ii, 14-16), mais c'est encore le peuple d'Israël qui est le principal adversaire des disciples de Jésus.

L'opposition atteindra son comble lorsqu'apparaîtra un faux Messie (II Thess., ii, 4, 9, 10), qui s'attribuera même la divinité. Pour le moment, il y a un grand obstacle à la fureur des Juifs, c'est l'organisation de la société romaine (II Thess., II, 6, 7). Mais cet obstacle lui-même cédera au faux Messie^.

* (( Ce qu'il y a de vraiment paulinien dans nos deux épîtres, c'est le souftle religieux qui les pénètre. » (Sabatier.)

'^ « Le rêve qui avait été Tâme du mouvement d'idées provoqué par Jésus continuait encore d'être le dogme fondamental du christianisme : tout le monde croyait à l'avènement prochain du royaume de Dieu, à la manifestation inopinée d'une grande gloire au milieu de laquelle le Fils de Dieu apparaîtrait. » (Renan.)

3 Nous ne croyons pas qu'on puisse encore soutenir l'opinion de Renan « L'Antéchrist est ainsi conçu, en l'an 54, comme un continuateur de la folie sacrilège de Caligula. » M. de Pressensé voit justement comme

Et alors ce sera le moment de la Parousie (I Thess., m, 13 ; II Thess., I, 7, II, 8). Jésus glorifié reviendra sur la terre avec tous ses saints pour anéantir le pseudo-Messie et pour procéder au jugement terrible de tous les hommes. Alors la colère de Dieu atteindra les adversaires de l'Evangile (I Thess., II, 16 ; II Thess., i, 8; II Thess., i, 8, 6, 9), et d'abord les persécuteurs, sur qui elle fera tomber une affliction égale à celle dont ils auront tourmenté les disciples. Ils seront punis de la perdition éternelle, qui consiste à être privé de la présence du Seigneur et de la gloire que sa Parousie donnera aux saints. Jésus apparaîtra alors avec ceux des disciples qui ont déjà péri (I Thess., iii,13 ; II Thess., i, 7 ; I Thess., iv, 13-18), victimes, pour la plupart, de la persécution. Par conséquent, la résurrection des fidèles morts en vue de leur apparition triomphante sur la terre avec Jésus glorifié, précédera l'enlèvement des fidèles vivants. Alors ce sera l'heure du repos (II Thess., i, 7), après les tourments subis sur cette terre. Et tous ensemble seront désormais dans la communion parfaite de Christ. Cependant, il est bon de modérer la fièvre de cette attente (II Thess., u, 1 -2) par la pensée de l'incertitude du moment de cet événement, comme il est nécessaire de persévérer dans la vigilance, à cause de l'imprévu de son apparition (1 Thess., v, 1-11).

Nous retrouvons ici bien nettement le levain juif sous cette double forme: besoin de manifestations rapprochées, éclatantes du secours de Dieu et de bénédictions évidentes reposant sur les fidèles ; besoin de vengeance, de la défaite définitive des ennemis de Dieu. Mais nous avons ici la constatation des difficultés énormes de la tâche missionnaire, la vue claire que les obstacles deviendront toujours plus abondants et plus ter-

Weiss dans l'Antéchrist le faux Messie juif et dans le xgctIxov Tempereiir romain. Beyschlag admet plutôt un Antéchrist païen, mais sous une forme impersonnelle. Sabatier : «c C'est le représentant de la révolution juive qui déjà fermente. » Weizsficker : a A Torigine on ne pensait pas que 1* Antéchrist fût la puissance païenne, mais le faux Messie. »

ribles, et la renonciation à l'idéal du cercle apostolique de la conversion en masse du peuple juif. Nous sommes en présence de cette illusion que le peuple est capable de se relever de son abaissement et de renverser le joug de Rome^ non plus sous la conduite du vrai Messie, mais même sous celle d'un faux Messie. Mais cette illusion juive se change pour l'expérience de Paul en mélancolique appréhension des triomphes sacrilèges des Juifs incrédules, persécutant les fidèles. Paul est le premier, en conséquence de son cas personnel et de ses expé riences dans la lutte contre la synagogue, qui en vienne à redouter la réalisation de la puissance juive sur les autres nations. Mais sa foi passée est encore trop tenace pour qu'il en vienne à renoncer à cette espérance nationale.

Mais pourquoi accepter cette idée d'un faux Messie. C'est qu'il sait par expérience combien est vive, ardente, l'attente messianique de son peuple ; c'est qu'il reconnaît qu'elle s'égare sur de faux symptômes et de fausses espérances, et qu'il comprend quel parti un imposteur pourrait tirer de ces dispositions. Le vrai Messie ayant passé inaperçu, il est certain que de faux Messies apparaîtront. D'ailleurs, les faits historiques sont là pour mettre Paul sur la voie. Alors, le peuple rebelle, l'imposteur triomphant ne peuvent être réduits que par la puissance du vrai Messie, de Jésus glorifiée C'est ainsi que, chose étrange, du mélange des impressions juives qui demeurent en lui ineffaçables et des expériences chrétiennes, sort pour le plus ferme, le plus hardi, le plus positif des missionnaires, le rêve du triomphe. C'est ainsi que cet

* On ne saurait se contenter de Topinion de Ghavannes : « Ceci n'a de force qu'auprès de gens qui croient sur parole des affirmations dont rien ne prouve le bien fondé et sur lesquelles le premier illuminé venu peut renchérir à sa guise. » Il faut se donner la peine d*examiner d*où proviennent ces affirmations et ce qu'elles signifient. Mais en revanche sur la tendance générale des Épîtres aux Thessaloniciens, Ghavannes, qui se croit en désaccord avec Tauteur, confirme entièrement les sages précautions de Paul : a Celui qui ne sent pas le prix inestimable de la piété pour Theure présente, pour la communion avec Dieu qu'elle procure, pour la force contre le mal qu'elle crée en lui, celui-là n^est pas pieux de la piété qui sauve. »

homme énergique et indomptable dans son courage, cherche la consolation et le relèvement au milieu des épreuves du moment présent dans les espérances de l'avenir.

Mais il faut relever la sobriété de ces prévisions et leur caractère particulièrement moral. Pas de descriptions des tourments des vaincus et des béatitudes des vainqueurs ; son imagination ne se plaît pas à ces tableaux ^ Etre privé de la présence du Seigneur et de la gloire qu'il communique, c'est le châtiment ; demeurer dans sa communion parfaite, c'est la récompense. C'est bien ici le chrétien, le chrétien très dégagé des conceptions juives, qui parle.

Nous avons maintenant la pensée de Paul, touchant les événements des derniers jours. Mais ce n'est pas pour Paul un système auquel il se complaît, car il reproche aux chrétiens de Thessalonique d'en faire leur préoccupation presque exclusive. Paul profite de l'attente impatiente de ces manifestations de la puissance de Christ glorifié pour en faire la base de son exhortation morale. Et ici nous nous trouvons sur un tout autre terrain. Il ne s'agit plus des espérances juives modifiées par les expériences douloureuses du missionnaire chrétien, mais bien des expériences chrétiennes proprement dites.

Paul sait qu'on ne devient chrétien que par la grâce de Dieu. Là où Dieu ne manifeste pas sa grâce, la conversion et le salut sont impossibles. C'est simplement la généralisation de son cas particulier. Mais comme il se trouve en réalité des hommes nombreux qui repoussent l'Evangile, c'est donc que la grâce de Dieu ne les atteint pas ; tandis que d'autres, en petit nombre, l'acceptent, c'est donc que la grâce de Dieu les îavorise. La question semble devoir se poser de suite: Pourquoi cette différence ? Paul en est encore seulement à se demander comment se manifeste cette différence? Nous avons devant nous la pensée de l'élection (I Thess., i,4). Le mot vient à Paul de son éducation juive, il le trouve déjà appliqué par

* « On ne trouve pas trace d'un règne terrestre de Christ. » (Weiss.

les disciples aux membres du cercle apostolique, il lui donne pour contenu sa propre expérience. Les chrétiens sont des élus. Dieu a opéré un triage parmi les hommes pour mettre à part les disciples de Jésus. Cette élection a pour condition rimpression produite sur les âmes par la prédication évangélique (I Thess., i, 5), impression qui n'a pas pour cause seulement le talent de parole et la conviction profonde de l'apôtre, mais qui tient sa puissance particulière du Saint- Esprit, agissant sur les auditeurs.

De là l'importance attachée par Paul à bien mettre en lumière ses sentiments à lui. L'Evangile est confié au prédicateur (I Thess., Il, 3, 4), qui exécute sa tâche pour Dieu, en se préoccupant seulement de Dieu, sans rechercher l'approbation des hommes. Il en résulte que l'apôtre a droit à l'autorité (I Thess., II, 6). Mais il a surtout une profonde tendresse pour les âmes (ii, 8). Aussi Paul, ne voulant être à charge à personne (I Thess., II, 9, II Thess., m, 8), travaille de ses propres mains pour gagner sa vie. De là, la fierté (I Tess., ii, 19-20) que l'apôtre ressent des résultats obtenus. De là aussi la nécessité de rejeter sur les obstacles sans nombre de sa carrière (I Thess., II, 17-18) le retard qu'il met à visiter les églises qu'il a fondées, d'attribuer à Satan lui-même ces obstacles et de prier Dieu constamment pour obtenir Tautori sation d'aller ici ou là. L'itinéraire de l'apôtre ne dépend donc pas de sa volonté (I Thess., m, 10-11), mais de l'impulsion de Dieu et des obstacles que Satan lui oppose. Ainsi, c'est Dieu directement qui appelle par la prédication de l'Evangile. Voilà le moyen de l'élection.

Le but de Dieu, c'est de sauver les hommes par la sanctification de l'esprit et par la foi à la vérité (II Thess., ii, 13). Dieu cherche donc par la prédication de l'Évangile à créer une société nouvelle dont les caractères seront pratiquement une conduite sainte, c'est-à-dire aspirant à la sainteté et possédant les forces nécessaires pour y parvenir, et théoriquement une confiance entière dans la vérité, telle que l'Évangile la présente. Cette vérité renferme certainement

comme un des points importants, les perspectives d'avenir que Paul a développées. Quant au salut, il semble qu'il s'agisse seulement de la délivrance des souffrances réservées aux incrédules, et de la participation à la gloire du Seigneur Jésus (II Thess., H, 16 ; I Thess., v, 23). Nous croyons donc qu'ici encore le salut a une couleur eschatologique, mais certainement il se prépare et s'achève par des moyens purement moraux *.

Il semble donc qu'il y ait cette liaison entre la doctrine de l'élection et la doctrine de la Parousie, que la certitude de la grâce de Dieu, qui a produit l'élection, est la base et l'assurance des espérances escbatologiques . Entre ce point de départ et ce point d'arrivée, se place toute l'exhortation morale. En vue de ce salut prochain, de cette délivrance de la colère à venir (I Thess., i, 10) par Jésus ressuscité, glorifié, il faut que la communauté des disciples conserve précieusement les caractères moraux qui la distinguent, qui manifestent clairement et rappellent sans cesse son élection, qui assurent iné~ branlablement ses espérances.

Les disciples se sont convertis à Dieu (I Thess., i, 9), c'està-dire ont renoncé au culte des idoles, dans tous les sens, pour

^ « Paul se borne à dresser une tente d'un jour, où il &ut se réfugier

en hâte pour attendre la consommation des choses 11 ne poursuit

qu*un seul but : tenir la conscience en éveil et préparer ceux auxquels il s*adresse à une sollennelle veille des armes. i> (De Pressensé.)

Harnack rappelle Texistence de deux conceptions du salut dans le cercle primitif des chrétiens : d'un côté, c'est la participation au royaume de Gbrist qui est sur le point d'apparaître; de Tautre, ce sont les conditions, qui rendent les hommes capables de cette participation : pardon, justice, foi, qui deviennent la réalisation commencée du salut en attendant son achèvement nécessaire dans la vie éternelle. Le mélange de ces deux conceptions, ou plutôt la subordination de la seconde à la première, caractérise le point de vue du cercle apostolique. Mais c*est encore exactement la pensée de Paul dans nos Ëpîtres aux Thessaloniciens. Ce qui fera Toriginalité des grandes Ëpîtres, de la pensée développée et affranchie de Paul, ce sera la suboi'dination de la première conception à la seconde, ce sera toute Timportance donnée aux réalités religieuses de la vie présente, et cela précisément c'est le résultat naturel de la tournure psychologique donnée à sa conception du christianisme.

revenir au culte du vrai Dieu. Ils ont commencé la pratique des vertus chrétiennes (I Thess., i, 3 ; II Thess., i, 3), la foi, la charité et l'espérance, et ils doivent y persévérer. Paul insiste sur la nécessité de la charité, non seulement à Tégard des disciples, mais à l'égard de tous les hommes, pour arriver à la sainteté (I Thess., m, 12-13, iv, 9-10) ; sur le devoir de la pureté, s'abstenir du libertinage (I Thess., iv, 3-4) ; sur le devoir de la probité, s'abstenir de tromperie, de duperie (I Thess., iv, 6) ; sur le devoir de mener une vie active (I Thess., iv, 11-12, II Thess., m, 10-12), paisible et réglée * ; sur le devoir de la vigilance dans la sobriété (I Thess., V, 6-8), en attendant la Parousie; sur la considération et Taffection (I Thess., v, 12-13) dont les membres de la communauté doivent entourer leurs conducteurs spirituels ; sur le devoir delà concorde intérieure (I Thess., v, 14-15), de l'encouragement et de la répréhension mutuels ; sur la nécessité de rompre les relations (II Thess., m, 6, 14, 15) avec ceux qui se disent disciples et vivent dans le désordre, sans vouloir se conformer aux instructions de l'apôtre. Mais le grand devoir, le plus pressant (I Thess., m, 3, II Thess., i, 4, ii, 15), c'est de supporter avec fermeté et fidélité les souffrances, les persécutions que soulève partout la prédication de l'Evangile, d'imiter en cela les apôtres et le Seigneur lui-même dans leurs afflictions, avec la joie que donne le Saint-Esprit (I Thess., I, 6-7) et de devenir ainsi modèle de constance pour les autres croyants. Le but à atteindre pour le disciple, c'est l'amour pour Dieu et la patience de Christ (II Thess., m, 5). Nous voyons ce premier essai de systématisation très simple et cependant déjà très ferme, très complet. La morale chrétienne, la vie spirituelle des disciples, dépeinte sous des traits qui rappellent très bien ceux où le cercle apostolique se complaisait, s'appuie ici sur deux doctrines,

^ « Toute une série nouvelle de préceptes s'ajouta à ses leçons : Téconomie, Tapplication à sa besogne, Thonneur industriel fondé sur l'aisance et Tindépendance. » (Renan.)

314 Lk CONCEPTION PSYCHOLOOIQUE DD CHRIST! A NISBfE

toutes deux produit direct des expériences particulières et personnelles de Paul, la doctrine théologique de l'élection et la doctrine eschatologique de la Parousie *. Nous sommes encore sur un terrain qui n'est pas essentiellement distinct de celui du cercle apostolique. Il ne diffère que par trois points qui dépendent tous trois de Paul : 1® le caractère spécial de la conversion de Saul de Tarse ; 2^ le champ nouveau d'activité chrétienne au milieu des païens; 3<> les expériences très cruelles de la persécution, très vive de la part de la synagogue, commençant de la part des païens. Mais Paul n'a pas encore trouvé son véritable terrain.

ly. SOLUTION DU PROBLEME DE LA CIRCONCISION

Jusqu'ici les circonstances n'ont pas encore poussé Paul à s'engager résolument dans une conception nouvelle du Christianisme^. Mais des difficultés surgissent autrement

^ Nous ne saurions tt'ouver dans nos Epîtres aucun trait qui justifie l'afifirmation de Renan : « Christ, ponr ces Eglises, n*est presque pas un personnage réel, ayant vécu ; c'est Timage de Dieu, un ministre céleste, ayant pris sur lui les péchés du monde, chargé de réconcilier le monde avec Dieu ; c*est un rénovateur divin, recréant tout à nouveau et abrogeant le passé. » Weizsâcker : « Le cachet particulier de cette morale, c'est qu'elle apparaît comme la préparation en vue du jour du Seigneur. » Rappelons aussi que, selon Tobservation très juste de Weizsâcker, c'est en Macédoine qu'il £eiut chercher le paulinisme se développant à l'abri des perturbations et influences étrangères. Il relèye en effet les traits suivants dans nos Epîtres : 1" pas de tendance judaîsante; 2* pas d'habitudes païennes persistantes; 3« pas de recours aux Saintes Ecritures; 4^ recours au contraire aux paroles de Jésus.

' Les Epîtres aux Thessaloniciens appartiennent historiquement au deuxième voyage missionnaire, à la période qui a suivi la conférence de Jérusalem et précédé le conflit d'Antioche. Mais la pensée de Paul y reste entièrement étrangère aux préoccupations de la lutte contre les partisans de la circoncision. Il est naturel que dans une ville païenne, où les émissaires des judaïsants n'ont pas encore pénétré, où les chrétiens n'ont à craindre des Juifs que la persécution violente, Paul n'aborde pas même la question de la Justification et n'oppose pas la voie de la foi à la voie des

graves et douloureuses pour l'apôtre. Dès les débuts de sa carrière missionnaire au milieu des païens, les procédés de Paul avaient soulevé des soupçons et des objections et bientôt des accusations contre l'apôtre des Gentils. Nous avons vu que le cercle apostolique dans son ensemble se trouve fort irrésolu sur la question de l'admission des païens. On s'en tient à un compromis qui cherche à sauvegarder tous les scrupules et tous les droits et qui en fait ne peut être que provisoire, temporaire. Pour Paul, de son expérience personnelle ressort avec toute évidence la complète inutilité de l'acceptation préalable de la religion juive. Il sait que la pratique fervente des coutumes des ancêtres l'a conduit très loin de Christ, l'a amené à repousser le Messie Jésus et à persécuter les disciples ; et il ne prend pas son cas pour une exception, une monstruosité, mais pour le type naturel et normal : voilà ce que la religion juive produit uniquement, nécessairement. Alors la circoncision qui entraîne après elle l'observation indispensable de tout le judaïsme, se montre parfaitement superflue et même dangereuse. Donc il ne réclamera pas la circoncision, et s'adressera sans précaution aux païens. Ici Paul a l'avantage d'une certitude inébranlable sur le cercle apostolique qui n'a pas d'opinion bien décidée.

Mais le cercle apostolique compte au nombre de ses membres une minorité tout aussi résolue que Paul et qui réclame pour les néophytes la nécessité de la circoncision. En apprenant les succès missionnaires de l'apôtre des Gentils (Actes, xv, 1 ; Gai., II, 3), ils exigeront de ses convertis qu'ils se fassent

œuvres légales. Aassi, nous avons dû, dans notre étude psychologique, considérer nos Epîtres comme un monument de la pensée de Paul avant que la question de la circoncision eût été résolue dans son esprit. Mais cette circonstance même nest-elle pas \m argument décisif en faveur de ceux qui prétendent que la conception paulinienne se développe sur le fond de son expérience chrétienne sous Tinfluence des luttes qu'il doit soutenir? Les Epîtres aux Thessaloniciens ne sont-elles pas la preuve irrécusable que Paul lui-même serait resté sur le terrain du cercle apostolique, légèrement modifié, sans les rudes attaquea des partisans de la circoneision ?

circoncire^. Paul répondra que les Gentils conTertis sont devenus des chrétiens accomplis, qu'il ne leur manque rien au point de vue chrétien, que le sceau du Saint-Esprit leur a été accordé et exploitera en sa faveur l'exemple delà conversion de Corneille, concédée à titre exceptionnel et qui va maintenant justifier, par la logique de la situation, les conversions en masse. Le cercle apostolique ne suivra les prétentions, sinon formulées, du moins vaguement entrevues, ni de Paul, ni des partisans de la circoncision, il réclamera seulement les précautions nécessaires (Actes, xv, 23-29, xxi, 25) pour ne pas entraver la conversion du peuple juif et ne pas rendre impossible tout à fait la vie en commun des disciples ^. En réalité, Paul peut estimer qu'il a gain de cause: la circoncision n'est pas exigée (Galat., ii, 3). Les précautions réclamées, Paul les reconnaît justes, équitables (Actes, xvi, 4). Les partisans de la circoncision, sentant bien qu'ils sont battus, se

^ a La contradiction qu'il rencontre de la part du judéo-christianisme ayait contribué puissamment à lui donner pleine conscience de raffranchissement de l'Ëglise vis-à-yis du judaïsme et à lui faire traduire en quelque sorte sous la forme d'une doctrine nettement articulée Texpérience personnelle qu'il avait faite lui-même, quand, au moment de sa conversion, un abîme se creusa entre son passé de pharisien, et sa vie nouvelle d'afiranchi 'du Christ. » (De Pressensé.)

* Les circonstances et l'indécision firent ce que Renan attribue à l'habileté, à la justesse de coup d'oeil. « Avec un bon sens profond, ces gens simples atteignirent le plus haut degré de la politique. Ils virent que le seul moyen d'échapper aux grandes questions est de ne pas les résoudre, de prendre des moyens termes qui ne contentent personne, de laisser les problèmes s'user et mourir faute de raison d'être. » En réalité la communauté chrétienne exerce ici pour la première fois le droit que Jésus lui a reconnu de « lier et de délier », c'est-à-dire, selon l'explication pleinement satisfaisante et solidement motivée de Beyschlag, de déclarer ce qui est compatible avec la foi chrétienne et ce qui lui est incompatible, de fixer les droits et les devoirs des chrétiens. Elle ne se prononce pas sur la circoncision, elle s'abstient à ce sujet. Mais elle rappelle quelques prescriptions indispensables pour les disciples. Weizsftcker observe avec justesse qu'en ne se prononçant pas sur le fond de la question, on pose un principe, sur lequel tous sont d'accord, c'est que le christianisme est et doit devenir une religion indépendante. Voilà le résultat le plus important et désormais inébranlable.

montreront très intransigeants sur Tapplication stricte des décisions, ne permettront pas qu'on exige d'eux de nouvelles concessions.

Or Paul, en pratique, est allé déjà beaucoup plus loin. Son expérience personnelle a été une rupture avec le judaïsme. Du jour où il a compris que les coutumes des pères l'ont conduit nécessairement à s'opposer à Jésus et à persécuter les disciples, un discrédit a été jeté sur les habitudes nationales ; chaque fois que les préjugés juifs se rencontrent comme un obstacle à rÉvangile et aux bonnes relations entre chrétiens, Paul y reconnaît une nouvelle application de la règle une fois découverte, et il n'hésite jamais à faire céder les coutumes juives aux intérêts chrétiens. Ainsi, il est certain que lui, Juif, a renversé chez lui et chez ses disciples tout scrupule s'opposant à ce qu'ils vécussent fraternellement avec les païens convertis (Actes, xxi, 21, 28). C'est là la conséquence de son expérience. Mais c'est là précisément le point où il se trouve en désaccord avec le cercle apostolique.

Paul ne peut pas, dans sa logique, admettre la moindre atteinte à la communion entre chrétiens, sous prétexte de coutumes juives ; et le cercle apostolique ne peut pas se résoudre à ce pas décisif, d'affranchir un Juif des habitudes nationales. Pierre lui-même (Galat., ii, 11-14) est incapable de suivre Paul sur ce terrain *. Et c'est parfaitement compréhensible : l'expérience personnelle de Paul seule pouvait opérer cet affranchissement^. Le cercle apostolique ne rompt

*■ Voir Tadmirable étude de Weizsâcker sur le conflit d'Antioche. Weizsâcker y remarque très justement que, si Pierre avait été convaincu, et si le conflit s'était terminé selon Topinion de Paul, Paul n'aurait pas manqué de le dire formellement dans TEpître aux Galatea.

> Harnack : ce D'autres que Paul ont contribué à Taffranchissement du christianisme des étreintes du judaïsme. C'est un &it historique indéniable que la constitution d'Eglises affranchies de la Loi en dehors de l'influence de Paul (en particulier Rome). Mais Paul a envisagé la question de face et en a donné une solution, il a cherché et réussi à motiver fortement et à foire accepter luniversalisme chrétien. » Et cela était en effet réservé à une expérience aussi complète et aussi sincère que la sienne.

318 LA CONCEPTIOxN PSYCtîOLOGIQOE DU CHRISTIANISME

pas avec Paul (Galates, ii, 7 10), les rapports restent au contraire cordiaux comme entre frères qui ne se comprennent pas entièrement, mais s'aiment et se respectent ^ Mais les partisans de la circoncision ont trouvé l'occasion qu'ils attendaient et cherchaient pour s'opposer à Paul, et ils organisent une contre-mission, pour détruire l'influence de Paul et ramener ses Églises à la saine doctrine et aux honnes pratiques. Alors Paul attaqué doit se défendre. Mais comment ? Sur le terrain historique, rien que sa propre expérience ne lui donne raison. Il faut donc y renoncer et chercher ailleurs. Il faut étudier de plus près le fait religieux chrétien, il faut descendre dans le domaine de la psychologie et y montrer la parfaite sufSsance de la foi; la parfaite inutilité de la circoncision ^* C'est donc bien cette question spéciale des dangers que courent ses Eglises de la part des apôtres chrétiens de la circoncision, qui pousse Paul à la recherche psychologique, mais aussitôt ses vues s'étendent et se complètent, son horizon s'élargit, sa conception s'affermit et s'approfondit ^.

^ « Le dissentiment le plus fondamental qui se soit jamais produit au sein de TEglise n*amena pas d'anathème. Grande leçon que les siècles suivants ne sauront guère imiter. » (Renan.) « Ce que Paul avait voulu éviter devenait plus inévitable que par le passé. Dès qu'on eut reconnu ofificiellemen t que les païens seraient dispensés d'une obligation qui restait sacrée pour les Juifs, il n'y avait plus moyen d'espérer une union parfaite, une véritable fusion des deux nationalités. » (Reuss.) n Ce n*est pas une définition dogmatique, mais une délimitation ethnographique entre deux champs missionnaires que nous avons ici. » (Sabatier.)

^ « La théologie chrétienne a débuté par l'examen des rapports de l'Evangile et de la loi... Tant que le centre de gravité du christianisme s'était trouvé dans la sphère des' idées d'avenir ou eschatologiques, sa théologie n'était guère qu'une science d'emprunt, qu'un souvenir du judaïsme ; il en eut une qui lui appartenait en propre du moment qu'il se portait de préférence sur le teirain de la sotériologie, c'est-à-dire lorsque les faits relatifs au salut de l'individu commencèrent à le préoccuper davantage. Mais ce qu'il y a ici de plus essentiel à remarquer, c'est que, par le changement de direction, la personne de Christ vint occuper bientôt une place tout autrement importante que celle qui lui était échue dans la conception primitive. » (Reuss.)

3 « La théologie de Paul a une base toute psychologique ; elle en appelle à des expériences intérieures que chacun peut, ou du moins devrait avoir faites. » (Reuss.)

Ajoutons que Dieu lui avait déjà préparé cette voie par une rude épreuve. Paul nous parle d'une ècharde en la chair (Galat., IV, 13-15 ; II Cor., xii, 7-9), qui lui était un grand obstacle dans son œuvre missionnaire, et dont Dieu n'avait pas voulu le délivrer. On peut admettre qu'il s'agit d'une infirmité de la vue, que Paul avait les yeux malades. Nous comprenons que, devant la tâche énorme qu'il se voyait proposée, Paul ressentît une profonde douleur quand il était retenu longtemps dans l'immobilité et l'impuissance. Nous sentons avec quelle ardeur il devait prier Dieu de le délivrer. Et nous admirons l'humilité et la patience de l'apôtre, se réfugiant dans cette espérance de sa foi que Dieu manifesterait sa force en lui précisément parle moyen de sa faiblesse incurable.

Or, si Paul n'a pas compris le but de cette épreuve, il nous est peut-être permis de l'entrevoir. Nous savons que, pour un grand esprit, la privation, même momentanée, de la lumière, l'obscurité faite sur les réalités du dehors, est compensée par une clarté plus vive sur les réalités intimes, cachées, par une attention plus soutenue accordée aux phénomènes de la vie intérieure, par une intuition plus pénétrante des réalités du cœur, du sentiment et de la conscience. Est-ce trop s'avancer que de prétendre que c'est en partie à cette infirmité que Paul a dû la vision si claire des processus de la vie spirituelle ?

N'avons-nous pas comme une indication, qui nous oriente en ce sens, dans le fait indiscutable des visions que Paul avait si fréquemment (II Cor., xii, 1-5), des extases, des ravissements, où les beautés et les vérités célestes venaient compenser pour lui les ténèbres profondes de sa maladie ? Si son esprit se portait avec ardeur et avec joie à la contemplation des spectacles d'en haut, ne devait-il pas être amené à rechercher le spectacle intérieur de la vie chrétienne en lui-même ?Ne devons-nous pas dire aussi que, pour l'esprit qui forcément quitte la contemplation des réalités historiques, la vision des clartés célestes n'est qu'une étape, la dernière, sur le chemin qui conduit à l'examen attentif psychologique de. la vie intime ?

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