‹ La pensée religieuse dans le Nouveau TestamentChapitre 54 sur 78 · IX. IBS ESPI^RANGBS CHRÉTIENNES · texte numérisé non relu

IX. IBS ESPI^RANGBS CHRÉTIENNES

Les questions eschatologiques qui avaient au début une grande importance subissent déjà le contre -coup de sa conception morale plus profonde du christianisme. ËUes apparaissent ici comme le complément et le couronnement de toutes les considérations d'ordre moral où cette question du salut en Jésus vient d'entraîner Paul. Elles portent sur trois points. D'abord le problème de la résurrection est examiné,

mais seulement à propos des justes, des disciples (I Cor., XV, 23). Il n'est pas question des incrédules, des ennemis de rÉvangile. Paul reste muet à leur sujet *.

La résurrection de Jésus est envisagée comme le gage et l'assurance de la résurrection de ses disciples (I Ck)r., vi, 14; Rom., viii, 11; I Cor., xv, 12-18; II Cor., iv, 14), évidemment dans ce sens que, si Dieu a pu rendre l'existence à Jésus crucifié et lui accorder la capacité de se montrer aux hommes après sa mort, Dieu peut bien rappeler à l'existence l'âme d'un mort, ce qui est œuvre moindre. Paul déclare positivement que, si nous ne devions pas ressusciter, il serait incompréhensible que Dieu eût ressuscité Jésus, pour faire naître en nous une espérance folle. Ou bien il n'y a point de résurrection, et alors Dieu n'aura pas la cruauté de nous la faire entrevoir en laissant revenir sur la terre Jésus après sa mort, ou bien il y a une résurrection et les apparitions de Jésus nous en donnent un gage, une certitude.

Paul ajoute que la résurrection des fidèles est l'espérance nécessaire des croyants, autrement ils seraient sur terre les plus malheureux des hommes (I Cor., xv, 19). Cela ne veut pas dire que, prise indépendamment des perspectives d'avenir, la vie du chrétien dans la pureté, la sanctification, le secours de l'Esprit soit plus malheureuse que la vie de l'indiffèrent sous l'esclavage du péché. Paul affirmerait au contraire qu'en elle-même la vie du chrétien, avec ses difficultés et ses renoncements est encore la meilleure vie et que, n'y eût-il rien au delà, le croyant ne se trouverait pas avoir fait marché de dupe en secouant l'empire du péché pour se donner à Christ. Mais Paul déclare que la foi en Christ fait naître et entretient des besoins et des aspirations, qui ne se peuvent

*■ Ce n'est pas là un oubli de Tapôtre ou le silence de l'ignorance. C'est un trait de sa conception de la résurrection. Etant données ses preuves et ses espérances, il n'y a de résurrection que pour les justes, c'est-à-dire les disciples de Christ. Weiss : « Il n*y a pas de résurrection pour ceux qui n'ont pas part au salut chrétien. )>

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assouvir que dans une vie meilleure, et que, si ce n'était là qu'une illusion, le chrétien qui s*en nourrit serait bien entre les hommes malheureux le plus à plaindre. De même Paul ajoute que la négation de la résurrection entraîne, non pas moralement, mais logiquement, au matérialisme le plus grossier *(I Cor., XV, 32, 33). Nous n'avons jusqu'ici que des arguments de prédicateur, que le rappel de leur certitude à des convaincus.

Mais Paul prévoit l'objection qui s'élève contre la résurrection, en s'appuyant sur la décomposition du cadavre (I Cor. , XV, 35-50). Paul répond que la résurrection n'a pas lieu dans le cadavre, mais dans un corps nouveau affranchi de toutes les misères mortelles de notre corps actuel. Voici un premier trait qui découle directement de la conception paulinienne du salut. Si la chair présente est le siège de Tinfluence du péché, si la chair doit être mystiquement crucifiée avec Christ, la chair doit devenir la proie de la mort et y disparaître. La mort du chrétien doit être la délivrance radicale de sa chair. La résurrection ne peut avoir lieu dans le cadavre. Mais alors, pourquoi ce besoin d'un corps nouveau, pourquoi ne pas s'en tenir à la résurrection hors du corps charnel? Par une faiblesse de la pensée juive, qui ne peut pas se repré senter l'esprit sans corps. Mais le raisonnement de Paul, décisif jusqu'à ce point où il refuse la résurrection au cadavre, cesse d'être probant sur ce point qu'il faut un corps nouveau

* « Selon Paul, s'il n*y a pas de résurrection, la foi des Cïorinthiens est ▼aine et ils sont encore dans leurs péchés. A mes yeux c*est un paralogisme, car si la vie nouvelle est née en moi — si je ne suis plus dans mes péchés — ce fait ne peut pas être détruit par un raisonnement. » Chavannes oublie ici tout le système de Paul. Le point de départ de la prédication du missionnaire, c'est la résurrection de Jésus. Si c'est là une erreur, une illusion ou une tromperie, tout ce qui est établi sur cette base ne saurait être regardé comme solide, comme inébranlable. D'ailleurs Paul suppose des auditeurs chez qui la vie nouvelle n'est pas assez forte pour qu'elle suffise à assurer la résurrection à elle seule. Du moment que la vie nouvelle est née, que l'homme n'est plus dans ses péchés, il n'y a plus de place chez lui pour le doute relatif à la résurrection.

pour la résurrection ; on peut admettre la résurrection sans un nouveau corps. Cependant, l'hypothèse du corps glorifié a pour Paul une base authentiquement chrétienne, c'est Tapparition qu'il a contemplée de Jésus. A ce moment, Jésus lui est apparu dans un corps qui n'est certainement pas le corps terrestre. Si donc Jésus glorifié possède un corps céleste, les ressuscites posséderont eux aussi un corps céleste à la ressemblance du corps de Christ, comme les vivants ont un corps terrestre à la ressemblance du corps d'Adam (I Cor. , xv, 49). Mais n'est-ce pas' simplement pour remplir les conditions indispensables de la vision, que Jésus glorifié possédait cette apparence corporelle, ne peut- on supposer avec vraisemblance que le corps glorifié apparu aux yeux de Paul n'est qu'un accident de Jésus ressuscité * ?

Mais voici qui est plus important encore. Paul indique les faits positifs de l'expérience chrétienne, qui permettent de conclure avec assurance à la résurrection (II Cor., iv, 16, V, 10). Tandis que l'homme extérieur, sensible, visible, va se détruisant peu à peu avec l'âge, l'homme intérieur, caché, secret, va se développant, s*affermissant de jour en jour. C'est bien la formule qui dérive de la conception paulinienne du salut. Si la chair est le siège de l'influence du péché, il est naturel et logique qu'elle s'affaiblisse et se détériore, qu'elle s'approche lentement de l'anéantissement définitif; mais l'être intérieur, qui est le siège ou plutôt l'objet de l'influence de l'Esprit, qui est l'habitation de Christ, ne peut que se développer et grandir et se préparer à la vie toujours plus intense

^ Il semble bien que Paul admet un intervalle même assez considérable entre le moment de la mort et celui de la résurrection (I Cor., xv, 52). Beyschlag montre très justement que Paul, qui a fait subir à la conception de la Parousie cette transformation qu'elle devient le commencement d'une ère nouvelle qui comporte progrès et développement, n*a pas songé avant ce terrible événement, qui constitua pour lui un réel danger de mort, qu'il pût mourir lui-même avant la Parousie, et qu'il y eût à se préoccuper du sort des morts dans cette période qui les sépare encore du moment de la Parousie.

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et plus parfaite. Mais pour comprendre et sentir cette preuve, il faut savoir attacher plus de réalité à l'invisible qu'au visible, c'est-à-dire il faut reconnaître en soi-même la supériorité incontestable de l'homme intérieur, dont Christ est l'hôte habituel ^ Dieu nous donne ainsi, dès ici-bas, les arrhes de la vie éternelle, à savoir son Esprit, son action directe dans nos cœurs (Rom., viii, 11, 23). Mais tant que nous sommes encore sur la terre, nous habitons loin du Seigneur; de là le désir légitime pour le croyant de quitter la terre pour vivre avec le Seigneur^. Nous trouvons donc ici la pensée de Paul complètement conséquente, allant à ses derniers résultats.

Nous retrouvons ensuite l'affirmation de la Parousie prochaine, du retour glorieux de Christ sur la terre (I Cor., i,7, IV, 5, VII, 26, 29, 31 ; Rom., xiii, 11, 12). Paul parle d'une calamité imminente. Le temps s'est fait court. Le salut est devenu plus proche. L'état de ce monde va passer. Au moment de la Parousie, subitement les morts ressusciteront, et ceux qui seront encore vivants seront transformés pour prendre part avec eux àTimmortalité (I Cor., xv, 51-55).

La Parousie n'apparaît plus comme un événement rapide, de courte durée, comme une journée redoutable, mais bien plutôt comme une longue période pendant laquelle s'affirme et se complète le triomphe de Christ, formant une étape de l'histoire pendant laquelle la tâche du Sauveur et la victoire

^ « La résurrection physique à venir, liée inséparablement à la résurrection spirituelle d*à présent, voilà la forme paulinienne, la forme chrétienne du dogme... Le réveil à la nouvelle vie morale en Christ dans ce siècle est la condition préalable et essentielle du réveil pour la vie de réternité... Dieu seul possède Timmortalité en propre; la notion de rindeatructibilité de Tâme, d*une continuité de vie qui lui serait inhérente essentiellement, et tout ce que nous appelons en philosophie Timmortalité et sa preuve ontologique est en dehors du cercle d^idées dans lequel se meut la théologie apostolique. » (Reuss.)

' Nous ne saurions accepter Topinion de Chavannes : « Toute description quelconque du comment, soit de la fin du monde, soit de la prolonga tion de l'existence individuelle après la mort terrestre, est nécessairement arbitraire, puisque l'homme ne possède absolument aucune donnée qui puisse lui servir de point de départ. »

de Dieu se poursuivent lentement et sûrement entre la période actuelle de la domination spirituelle de Jésus ressuscité sur les âmes, et la période définitive de la souveraineté de Dieu.

Enfin, nous entrevoyons la perspective du jugement final porté sur tous les hommes par le Christ glorifié (Rom., ii, 16 ; I Cor., I, 8; II Cor., v, 10; I Cor., m, 12-15). Le moment de ce jugement s'appelle le jour du Seigneur Jésus-Christ. Les disciples y doivent être trouvés sans reproche. Le jugement qui les atteint est dépeint comme une journée flamboyante. L'épreuve de l'ouvrage de chacun sera faite comme par le feu. Les ouvriers fidèles, dont le travail se montrera résistant, en recevront la récompense ; l'ouvrier inhabile ou indocile, dont l'œuvre sera consumée, se sauvera comme au travers du feu. Notons bien que Paul ne parle encore ici que des chrétiens. Le sort des infidèles ne l'inquiète pas ; il ne l'indique d'aucune manière. Notons aussi que Paul se sert ici d'images. Pour faire comprendre la difficulté et le danger, il emploie l'analogie du feu. Mais ici comme ailleurs, on a transformé la ressemblance en identité, l'image en réalité ^

Le jugement du Seigneur ne se réglera pas seulement sur la foi, ni sur les actions, mais aussi sur les desseins cachés des cœurs (I Cor., iv, 5). Ce sera le renversement de toute principauté, de toute autorité et puissance, et même enfin la destruction de la mort (I Cor., xv, 24-29). Ces termes, un peu énigmatiques, en cette période de la pensée de Paul, semblent désigner tous les moyens employés par le péché pour dominer sur une âme. Les maladies terrestres, la mort, les diverses afflictions des disciples sont envisagées comme des avertissements salutaires ou même des châtiments anticipés de Dieu, destinés à nous épargner le châtiment final avec le monde (I Cor., XI, 30-32). Mais les vrais disciples qui sont justifiés par la mort de Jésus (Rom., v, 9-11), c'est-à-dire

^ « Quand il est dit que Dieu fera présider le jugement par Jésus-Christ, nous y entrevoyons Tidée que l'arrêt se prononcera en vue de la position que chacun aura prise vis-à-vis de l 'Evangile. » (Reuss.)

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amenés à Texpérience réelle de la justification par la foi, par la Croix du Calvaire, qui se sont réconciliés avec Dieu, après avoir reconnu la signification profonde pour eux de la mort de Jésus, sont sauvés de la colère, délivrés du jugement terrible et de ses affreuses conséquences par la vie actuelle de Christ, par Christ vivant et intervenant pour eux. Ainsi ce n'est pas la mort, mais l'intercession de Christ que Paul fait valoir comme l'espérance du croyant devant le jus te jugement. Le jugement de Christ sera suivi immédiatement d'un rétablissement cosmique (I Cor., xv, 24-28). Comme le péché avait eu pour conséquence de réduire la création entière à cet état misérable où elle sert de cadre, d'occasion et d'instrument au développement de la puissance du mal, le triomphe de Christ, le règne de Christ s'affirmant au jour éclatant du jugement, ramènera la création entière à sa situation normale où elle sert de moyen au plein épanouissement de la volonté de Dieu. Alors ce sera le moment où la tâche de Christ sera pleinement accomplie, où Jésus lui-même se soumettra à Dieu et où commencera le règne de Dieu qui doit durer éternellement, Dieu sera alors tout en tous.

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