X. EXHORTATIONS MORALES
Il semble que la théorie si profonde et si juste du salut par la foi dispense Paul de toute espèce de prédication morale. Du moment qu'un pécheur est devenu juste par la foi, il n'y a plus aucune recommandation spéciale à lui faire. Du moment qu'un homme a encore besoin qu'on le rende attentif au péché et qu'on le pousse à l'obéissance envers Dieu, il n'est pas encore rendu juste par la foi. Est-ce que Paul rabattrait de ses prétentions théoriques quand il passe au domaine pratique? Est-ce qu'il concéderait qu'en réalité le croyant n'est pas devenu juste, qu'il est encore sous le joug du péché? Est-ce que Paul serait ici convaincu d'inconséquence, et sa concep-
tion démontrée radicalement fausse, et contredite par Texpérience? Nullement. Il n'aurait pas soufiTert que la moindre atteinte fût portée à cette certitude : la foi rend juste. Mais il sait par expérience que les chrétiens eux-mêmes n'ont pas de suite, n'ont pas avec persévérance, avec fidélité, cette foi. Et au lieu de mettre hors de l'Église ceux qui sont ainsi défaillants et insuffisants, il les y retient et leur montre par ses lettres leurs infirmités, pour qu'ils en cherchent le remède non pas dans leurs efibrts personnels, mais dans plus de foi. La terminaison naturelle de tous ses raisonnements sur la foi, c'est le retour aux membres de l'Église pour leur dire : voilà votre idéal, il n'est pas atteint, vous présentez' en eflfet beaucoup de déficits ; en conséquence cherchez plus de foi, appliquez votre foi en toutes directions afin de devenir des disciples parfaits de Christ. Il n'y a pas inconséquence ni concession à un point de vue étranger.
Mais surtout il ne faut pas oublier que pour Paul la foi constitue la vraie justice de l'homme devant Dieu, mais devant Dieu seul. Le justifié est appelé nécessairement à développer, à épanouir sa justice intime, visible pour Dieu en une sanctification progressive constatable de tous. Il importe donc de lui rappeler constamment quels sont les fruits multiples et excellents que sa foi doit produire dans sa vie, dans sa conduite, pour l'exciter à la vigilance, à la permanente application de tous ses soins à épanouir sa foi. C'est ici que se manifeste l'accord profond de Paul et de Jacques. Tous deux exigent que la foi se montre aux hommes et ne demeure pas seulement un principe excellent sans doute, mais impuissant et stérile caché au fond du cœur. Nous voyons Paul relever particulièrement le devoir de la charité (Galat., v, 13-14, vi, 2-5; Rom., XIII, 8-10, XII, 10;IGor., xiii), qui est l'accomplissement de toute la loi, qui est le plus beau don que l'Esprit fasse au disciple de Jésus, qui est éternelle au lieu que tout le reste est plus ou moins passager ^ ; le devoir de l'humilité
^ a La supériorité accordée à Tamour dérive de ce que la foi et Tespé-
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(Rom., xir, 3-8), découlant de ce fait que nous sommes de simples membres du corps de Christ, sans importance en dehors de lui; le devoir de l'activité chrétienne (I Cor., iv, 18- 20), car le royaume de Dieu ne consiste pas en paroles, mais en œuvres; le devoir de la pureté (I Cor., vi, 12-20), car le disciple de Jésus ne doit se laisser dominer par aucun besoin, ne doit tomber sous l'esclavage d'aucune habitude, car la virginité est supérieure même au mariage, qui n'est envisagé que comme une sorte de palliatif (I Cor., vu, 1-9, 25-34) ; le devoir de la fidélité, car la tentation est toujours mesurée par Dieu à nos forces (I Cor., x, 13) ; le devoir de la prière d'intercession pour les frères (II Cor., i, 11 ; Rom., xii, 12). L'ensemble de la vie du chrétien est comparé aux courses du stade, ou encore à la marche d'Israël dans le désert (I Cor., IX, 24, X, 13).
Nous voyons Paul d'un autre côté, donner des recommandations pratiques touchant les affaires de la vie civile. Il demande que les différends entre chrétiens ne soient pas portés devant les tribunaux païens, mais soumis à des arbitres chrétiens (I Cor., vi, 1-10). Et même il va jusqu'à dire que tout procès avec un frère est une faute. 11 donne des conseils de prudence pour la conduite à suivre dans les ménages mixtes (I Cor., vu, 12-17). Il établit comme règle générale qu'il ne faut point chercher à modifier sa position sociale (I Cor., VII, 18-24) sous prétexte qu'on a reçu un appel de Dieu. Il exige qu'on évite tout ce qui est idolâtrie et ce qui y ressemble (I Cor.,vin,l-13,x, 14,25-30; Rom., xiv). Ace sujet, il donne ses recommandations en ce qui concerne les viandes immolées aux idoles. Ceux qui en sont arrivés h ce point d'intelligence de reconnaître qu'il n'y a qu'un seul Dieu et un seul Seigneur peuvent manger de tout sans danger. Mais celui qui s'imagine
raoce sont des qualités qui ne sont propres qu*à l*homm6, pour relever audessus de la sphère terrestre et pour le mettre en rapport avec le ciel, tandis que Tamour est un attribut de Dieu communiqi^é è^*J^pQme pour lui imprimer le sceau de sa destinée divine. » (Reuf^-'-^r V*"f^
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qu'il existe réellement des idoles et des démons ne peut manger delà viande qui leur est consacrée sans se souiller. Ainsi pour Paul, la souillure n'est pas objective, elle n'a qu'un caractère subjectif. Ce qui souille l'un, ne souille pas nécessairement l'autre. Mais comme celui qui serait ainsi souillé en mangeant de la viande sacrifiéeest scandalisé en voyant d'autres disciples manger de cette viande, il faut par charité s'abstenir de faire un pareil mal à des frères, ce serait manquer à Christ. Paul recommande la soumission aux autorités civiles, non seulement par crainte, mais encore par devoir de conscience (Rom., xiii, 1-7).
Ainsi Paul ne se montre point un théoricien qui ne se préoccupe pas de la pratique. Il tient rigoureusement compte des conditions matérielles où se trouvent les disciples, et répète avec force toutes les recommandations déjà fournies par le cercle apostolique. Paul aussi veut que les assemblées locales de disciples, les églises, présentent Tirnage du règne de Dieu réalisé sur la terre. Mais il y apporte des lumières supérieures, car il a contemplé les choses de plus haut et il a compris d'une vue large et profonde l'étendue et la signification du salut en Jésus-Christ. C'est ainsi que plus ou moins directement sa psychologie chrétienne domine pour lui l'histoire.