‹ La pensée religieuse dans le Nouveau TestamentChapitre 56 sur 78 · C. Propagation du Salut · texte numérisé non relu

C. Propagation du Salut

Nous en venons à la troisième partie de l'argumentation de Paul, provoquée par une objection du monde juif. Par une habileté de prédicateur, les Juifs ont été amenés à se confondre avec les païens dans la constatation du péché, fait général. C'est bien. Mais il ne faut pas présenter un salut absolument le même pour la nation élue et pour les Gentils. C'est aller trop vite. Au-dessus des individus, il y a les

l'évangule paulinien 379

peuples et on n'arrive à l'individu qu'en passant par la nation à laquelle il appartient. La nation juive confesse son état de péché tout comme une nation païenne. Mais elle est habituée de longue date à être traitée par Dieu d'une façon spéciale, en raison de ce privilège que Dieu lui a accordé d'être son instrument sur la terre, d'être à son service dans l'œuvre qu'il veut accomplir pour l'humanité. En s'adressant de suite à l'individu et en lui présentant un salut qu'il peut s'appro prier, on désorganise la belle harmonie des nations, et on forme un nouveau peuple factice, composé en partie de Juifs, mais surtout de Gentils. Ce peuple prétend supplanter Israël dans cette fonction, qui est pourtant sa raison d'existence, son but national, de serviteur de l'Éternel, de propagateur de l'œuvre du salut. Agir ainsi, c'est faire œuvre de mauvais patriote. La psychologie de Paul est très belle, très satisfaisante. Elle serait parfaitement acceptable, si elle voulait s'appliquer à quelques individus tombés tout à coup du ciel. Mais eUe est anti-historique, elle ne tient pas compte de l'état actuel de la société ; elle est suspendue entre les nuages et la terre, elle ne prend pas pied dans la réalité des choses. Telle est la formule philosophique et polie de l'opposition formidable que Paul rencontrait et où les injures , les insultes accompagnaient chaque argument. Les adversaires ici ont raison ; la conséquence inévitable de la conception paulinienne du salut, c'est d'arracher à Israël sa fonction naturelle de moyen d'établissement sur la terre du règne de Dieu, et de lui substituer la communauté chrétienne. Paul doit non pas nier ce résultat qui est évident, ou en atténuer l'importance, mais y montrer l'expression de la volonté de Dieu.

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