XI. SOUVERAIIVBT^ DE DIEU
Paul est appelé pour répondre à exposer tout d'abord la théorie de l'activité de Dieu dans l'humanité en vue du salut
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des hommes. Les individus et les nations sont envisagés ici, non pas au point de vue moral, mais au point de vue historique, comme des instruments de Dieu, en vue de son œuvre. Paul établit le principe de la liberté absolue de Dieu dans le choix des individus ou des communautés dont il veut faire les dépositaires et les porteurs de son œuvre de salut (Rom., ix). 11 ne doit à ce sujet de compte à personne. Il faut faire à Dieu cet honneur de supposer qu'il n'agit pas au hasard, et qu'il est dans son appréciation plus sage et plus prudent que nous. C'est là un principe que les Juifs sont obligés d'approuver et de reconnaître, car c'est le seul qui puisse légitimer le choix d'Abraham, la préférence donnée à Isaac sur Ismaël, la préférence accordée à Jacob sur Esaii. 11 n'est pas question ici du salut individuel. Il n'est pas affirmé qu'lsmaël et Esaii soient exclus des faveurs spirituelles de Dieu, et voués à une espèce de damnation. Les individus ne sont regardés ici que dans leur rôle historique. Isaac et non Ismaël, Jacob et non Esaû, sont les instruments de l'œuvre de salut de Dieu^ C'est encore la seule raison à invoquer pour légitimer ce grand duel de Moïse et de Pharaon, la compassion de Dieu pour le peuple d'Israël et l'endurcissement progressif de Pharaon, ce qui fait éclater et la puissance de Dieu et sa tendresse pour la nation élue.
On ne comprend le choix de ces citations de Paul, qui ont l'air d'accentuer autant que possible l'arbitraire absolu de Dieu dans son intervention, qu'en se replaçant dans la position de Paul * et en ne perdant pas de vue le but qu'il se
^ « Qu'on lise ce que Paul dit au sujet de rélection de Jacob et du rejet d*Esaû, présentés ici comme les types des élus et des réprouvés en général. » (Reuss.) a Pour Paul, Esaii est exclu du salut du moment qu'il est privé de l'héritage théocratique et de même Pharaon, quand Dieu l'endurcit pour montrer sa puissance dans le jugement qui le frappe. »> (Weiss.) 11 faut avoir des écailles dogmatiques bien épaisses sur les yeux pour voir de la sorte. Cïonsulter à ce sujet l'étude de Beyschlag, qui nous semble dans le vrai.
< Sabatier l'oublie ou la méconnaît complètement : <c Paul veut ici précisément enlever à l'homme tout ce qui pourrait influer sur la volonté
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propose. Il a devant lui les Juifs qui crient à l'arbitraire, parce que Dieu ne réserve pas à Israël ce rôle magnifique et privilégié de porteur et propagateur de l'œuvre de salut, et transmet cette fonction à la communauté des disciples de Jésus. Alors Paul prend simplement les débuts de la protection de Dieu accordée à Israël, les rappelle aux Juifs et leur demande : Comment vous qui acceptez ces choses sans crier à l'arbitraire, vous qui prétendez qu'on admire et qu'on approuve Dieu dans le choix qu'il a fait autrefois du peuple d'Israël, vous ne voulez pas supporter et admettre ce changement qu'il fait subir eu ce moment à son œuvre ? 11 faut bien reconnaître que cette argumentation fermait la bouche aux Juifs et à leurs réclamations. Mais il ne faut pas trahir la pensée de Paul en là transportant en un autre domaine, celui de la réalisation du salut individuel. C'est lui faire affirmer la prédestination au salut et à la damnation, c'est lui faire nier franchement la liberté humaine ; et en même temps c'est introduire la complète obscurité dans une argumentation qui est lumineuse et simple.
Mais Paul ne se contente pas d'avoir ainsi réduit l'adversaire au silence, il veut le convaincre. Non, il n'y a pas d'arbitraire en Dieu, pas plus en ce qui concerne la formation du peuple élu que pour la constitution de la communauté chrétienne. Dieu est souverain dans le choix de ses moyens, parce qu'il est devant l'humanité, comme un potier devant l'argile ^ Personne ne songera à accuser un potier habile
diTine ou la déterminer dans un sens ou dans un autre. Pour mieux j réussir, il ne craint pas d*aller jusqu'à anéantir devant Dieu toute activité indépendante en Thomme. Ce que nous somme? et ce que nous faisons doit si peu obliger Dieu que nous ne le sommes et ne le faisons que par la volonté même de Dieu. »
*■ Et non pas du tout ce que Reuss croit trouver dans cette image du potier. « Il y a dans Tordre moral des vases de grâce et des vases de colère, de même que dans Tatelier du potier, il y a des vases pour les usages de luxe et pour les besoins bonteux... Ahl certes si le dernier mot de la i-évélation chrétienne est contenu dans Timage du potier et de son argile, elle est une amère dérision de tout ce qu*une ftme aspirant vers son Dieu
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d*arbitraire parce qu'il a fait des vases artistiques et des vases grossiers. 11 a pris dans la masse d'argile qu'il conualt, tandis qu'elle ne se connaît pas elle-même, ce qu'il a vu de meilleur, de mieux approprié pour en faire un vase artistique, et le reste qui ne j>ouvait être propre à cet usage, a servi à faire un vase grossier. De même l'humanité ne se connaît pas elle-même, mais Dieu la connaît. Il y voit très distinctement et très sûrement les éléments favorables à la conservation et à la propagation de son œuvre de salut, il les discerne longtemps à l'avance, il les prédestine, sans que l'individu ou la nation ait rien à faire, ou du moins soit capable de rien faire pour obtenir cette faveur. Nous sommes ici en dehors du domaine delà liberté humaine, sur le terrain du déterminisiDc historique, ou plus exactement encore dans la sphère de rinfluence de la liberté humaine sur les destinées futures des descendants et de la race. Longtemps avant que l'individu soit né, longtemps avant que la nation soit formée. Dieu connaissant la conduite et les dispositions des ancêtres, et d'autre parties événements qui vont influer sur leur développement , prévoit et décide à l'avance qu'il pourra trouver en tels ou tels des instruments, des ouvriers.
Notons bien qu'il n'est pas question du tout d'une prédestination au salut ou à la damnation, mais seulement d'une prédestination à être sur la terre un instrument de l'œuvre du salut de Dieu. Et comme un vase artistique peut remplir mal sa fonction et être reconnu inutile, être mis au rebut, il se peut que le prédestiné se montre un mauvais instrument de l'œuvre de Dieu et mérite pour cela un châtiment, en sorte que la prédestination à être instrument dans l'œuvre du salut peut devenir occasion de chute et de damnation. Tout comme un vase grossier peut servir fort bien à son usage et être
renferme de besoins profonds et de légitimes désirs ! d Weiss dit plus justement : « L^apôtre réclame pour Dieu comme Créateur le droit absolu d*agir comme le potier qui a le droit absolu de faire de la même argile des vases d*usage noble ou vil. »
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reconnu utile, il se peut que celui qui ne sert pas à la propagation de l'œuvre du salut soit lui-même sauvé et fort heureux de son sort.
La réponse de Paul aux objections juives sur ce point spécial revient donc à ceci : Dieu est absolument libre dans le choix de ses moyens de salut et cela parce que seul il peut reconnaître dans l'humanité les éléments favorables, ceux dont il pourra faire usage. Tout homme est prédestiné. Avant sa naissance déjà Dieu qui connait les éléments inaccessibles à notre étude peut voir quelle carrière tracent à un homme la nature qu'il reçoit de ses ancêtres, l'influence sur lui de l'hérédité, le milieu où va se faire son développement, les événements imprévus qui viendront bouleverser son existence. Pour lire à l'avance la destinée terrestre d'un homme avec quelque sûreté, il suffirait de connaître les lois de l'histoire et de la nature, telles que Dieu les connaît, de comprendre les facultés et dispositions qui seront de par l'hérédité en germe chez un enfant qui n'est pas encore né, ce que Dieu a parfaitement à sa disposition. Mais la manière dont le prédestiné remplit cette tâche que tout lui prépare, dépend de sa liberté. La prédestination impose une carrière à parcourir, mais ne donne pas l'esprit avec lequel elle sera acceptée et comprise. Dieu ne se trompe pas dans son choix. Il a la connaissance exacte des éléments qui contribuent à fixer la position terrestre d'un homme ou d'un peuple. Celui qu'il a prédestiné est apte à remplir la fonction qui lui est confiée. Mais ici intervient la liberté humaine et il se peut que le prédestiné se refuse à sa mission ou s'en acquitte fort mal.