‹ La pensée religieuse dans le Nouveau TestamentChapitre 61 sur 78 · IV. LES EXPERIENCES DE LA GAPTIYITE · texte numérisé non relu

IV. LES EXPERIENCES DE LA GAPTIYITE

Nous avons maintenant dans son entier la réponse de Paul à cette nouvelle difficulté. Après avoir rencontré les Juifs qui prétendent que leur nationalité est un privilège indispensable au salut, et leur avoir répondu par sa conception de la propagation du salut, Paul a rencontré les païens, qui prétendent que leur spéculation philosophique est un élément intellectuel.

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indispensable au salut et leur répond par sa métaphysique chrétienne. Mais en même temps, ces nouvelles lettres de Paul nous révèlent quelques changements qui se sont produits, quelques développements de sa pensée, résultant directement de sa triste expérience de la captivité.

Tout d'abord la pensée de la mort s'est présentée à lui (Il Cor., I, 8, 9), la certitude que devant les difficultés et les adversaires de son œuvre il va succomber. La Parousie toujours attendue recule un peu dans l'avenir, et auparavant, il y aura place pour la mort de l'apôtre (Philip., iv, 5). Et c'est avec une grande sérénité qu'il envisage cette perspective. C'est à la grande pensée générale de son Evangile que se rattache directement son calme et son espérance. Du moment que Christ vit en lui, que Christ est sa vie, la mort physique ne peut que lui être avantageuse (Philip., i, 21-26), car ce sera la délivrance totale et efiective de la chair et la communion complète et intime avec Christ. 11 n'y a qu'une préoccupation, celle de son œuvre, que sa mort laisserait inachevée, qui le rattache encore à sa chair, à sa vie terrestre. Et cependant, la vraie patrie du chrétien (Philip., nr, 20-21), ce n'est pas la terre, c'fest le ciel, en sorte qu'un jour viendra où Jésus transformera le corps vil de Thomme en un corps glorieux comme le sien propre. Ce n'est pas que Paul s'imagine arriver ici-bas à la perfection (Philip., iir, 12-14), mais il s'y sent attiré par Christ, il la poursuit avec persévérance, il laisse ce qui est derrière lui, il se porte toujours en avant vers le but.

Mais ce qui est plus important encore, la captivité qui le tient éloigné des préoccupations directes des Eglises particulières, permet à sa pensée de se porter sur le grand sujet de l'Eglise, laissé jusqu'ici inachevé, et de terminer en quelques traits seulement, mais d'une profondeur et d'une vérité inimitables l'esquisse de l'œuvre de salut de Jésus ^ L'Eglise se

A « Sur les hauteurs (métaphysiques) où il s'est élevé, il a saisi d'un point de vue nouveau les rapports du Christ et de T Eglise... Auparavant

rattache à son Evangile psychologique, en tant que manifestation visible, pratique, de la solidarité nouvelle qui relie les pécheurs à Christ. L'Eglise, c'est le lieu et le moyen de Tunion des disciples entre eux et avec Christ. Paul estime comme la seule chose nécessaire que l'union réelle et profondé existe dans l'Eglise, et il énumère tous les moyens qui la produisent et la maintiennent (Ephés., i, 23, iv, 1—16; Colos., II, 2 ; PhiL, ii, 1,2): l'Eglise forme un seul corps, il y a pour tous les chrétiens un seul et même esprit, une seule espérance, un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous. Ce qui constitue Tunion des membres de l'Eglise, ce n'est pas un lien factice ou extérieur, c'est une disposition psychologique toute semblable. Tous ceux qui sont sous la dépendance paternelle de Dieu, sous la direction du Seigneur- Jésus, participant à une même foi, un même baptême, une même espérance, un même esprit, sont si intimement rapprochés, que l'union parfaite doit régner entre eux.

C'est dans l'Eglise et par l'Eglise que s'opère la fusion de tous les peuples (Ephés., ii, 11-22 ; Colos., m, 11 ; Ephés., m. H), la réconciliation des Juifs et des Grecs, c'est la sphère où il n'y a plus de différence entre circoncis et incirconcis, car Christ y est tout en tous. C'est Jésus qui a abattu le mur de séparation, l'inimitié, en abrogeant la Loi, les ordonnances impératives. Tous ont accès auprès de Dieu en un seul et même esprit.

Si nous demandons quelle est la condition psychologique que doit remplir un homme pour être membre de l'Eglise, Paul l'indique très clairement : avoir Christ en soi. L'Eglise

il remontait de TEglise au Christ. Aujourd'hui, partant de Tidée du Christ trauscendant, il considère la manifestation et la réalisation progressives dans TËglise des virtualités latentes en lui. La personne du Christ, c*est déjà l'Eglise en puissance (in potentia) et TEglise c'est encore Christ luimême en acte (in actu)... Ainsi TEglise et le Christ sont l'un à l'autre ce que Tàme est au corps. L'âme anime le corps, et le corps manifeste les vertus de Tfime. » (Sabatier.)

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telle qu'il l'entend, n'ayant pas de manifestation directe, pratique, on n'y entre pas par une cérémonie, par une formalité, on n'a pas à demander d'autorisation ou d'approbation ; du moment que Christ vit en un homme, de ce fait, immédiatement il est membre de l'Eglise. Entre les membres de l'Eglise doit se réaliser l'union toujours plus complète. Les procédés pour cela sont tous psychologiques et moraux. Cette union se manifeste dans les groupements locaux de chrétiens qui sont les Eglises particulières. Quanta l'organisation de ces Eglises particulières, Paul n'en dit rien. Evidemment elles sont libres, ne reconnaissant qu'une condition, indispensable il est vrai : ne pas repousser, tenir éloigné, un seul membre de l'Eglise de Jésus, un seul homme en qui Christ vit.

Quel but poursuit alors une Eglise particulière, comme manifestation de l'Eglise de Christ ? Que tous ses membres parviennent à l'iinité dans la foi et la connaissance du Fils de Dieu, à l'état d'hommes faits, à la hauteur de la perfection de Christ (Philip., ii, 2). Nous trouvons ici, comme noyée au milieu de buts exclusivement moraux, la seule indication de doctrine. Paul ne fait pas grand cas, ni comme moyen de rapprocliement et d'union, ni même comme but à atteindre, de l'unité de doctrine. Certes, l'union des membres est plus parfaite s'ils partagent la même doctrine, mais la divergence de pensées ne doit pas empêcher l'union. Et quel est le moyen d'action de l'Eglise sur ses membres et de ses membres entre eux ? Paul l'indique clairement: la charité. L'Eglise de Jésus est donc le lieu et le moyen de l'exercice de la charité entre les hommes en qui Christ vit. Une Eglise particulière est la réalisation pratique de ce lieu et de ce moyen.

Mais, d'autre part, l'Eglise ainsi formée en organisme vivant a des relations à soutenir avec Jésus-Christ. Paul reprend ici sa comparaison de l'Eglise au corps de Christ (Colos., r, 24 ; Eph., i, 22). C'est pour elle que Christ a souffert et que Paul souffre à son tour. Jésus lui-même est le chef de l'Eglise, c'est lui qui en règle les destinées, qui lui donne ses apôtres, ses prophètes, ses évangélistes, ses pasa. p. 27

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teurs et ses docteurs (Ephés., iv, 11-12). Mais ces images ne suffisent pas encore à Paul pour décrire ou du moins pour faire comprendre la relation intime de Christ avec l'Eglise ; il a recours à une image nouvelle, empruntée cependant à l'Ancien Testament, celle du mariage. Christ est l'époux de l'Eglise (Ephés., v, 21-33). C'est là une conception plutôt mystique que mystérieuse, qui est si familière à Paul qu'il en renverse les termes. Ce sont les sentiments et disposition^ des époux, qui comme une parabole peuvent faire comprendre l'intimité de Jésus avec son Eglise. Mais Paul veut ensuite faire comprendre aux époux leurs devoirs mutuels, en les comparant aux relations de Jésus avec son Eglise. Alors il y rencontre quelque difficulté, et cela entraîne quelque obscurité dans le texte.

Paul rappelle et complète sa comparaison de l'Eglise et d'un édifice, dont Jésus est la pierre angulaire, dont les apôtres et prophètes sont le fondement, dont les disciples, Juifs et Gentils, sont les pierres vivantes. Cette maison. Dieu l'habite. Voilà en quelques traits indiquée la conception paulinienne de l'Eglise'. Notons encore deux détails pratiques : l'Eglise est si peu solidement constituée que nous voyons encore les assemblées tenues dans une maison privée, à Laodicée chez Nymphas (Colos., IV, 15), à Colosses, chez Philéraon (Philémon, 2). D'autre part, elle a déjà une organisation intérieure. Il y a comme trois catégories de membres (Philip. , r, 1), les simples fidèles, appelés saints, les directeurs spirituels, appelés évêques, et les administrateurs, appelés diçicres.

* Nous ne trouvons aucun point d'appui à i*opinion de Chavannes : « Avoir la foi devient de fait synonyme d'appartenir à la communauté, ce qui mène directement au catholicisme : extra ecclesiam nulla salus. Aussi n'est-ce point étonnant de voir poindre dans notre épître (Ephésiens) cette notion de T Eglise. »

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