VI. LBMSEMBLE BU SYSTEME BE PAUL
Si nous voulons jeter un regard sur l'ensemble de la doctrine de Paul, sur sa pensée religieuse toute formée et déve loppée, nous devons ne pas nous en tenir à l'ordre chronologique. Il n'a pas été donné à Paul de développer une pensée logiquement et complètement, de trouver dans sa vie même
' « Dans lés lettres précédentes la communauté ne se compose que d'élus. Maintenant les élus n*en forment plus que le noyau inébranlable. » (Weiss.)
l'unité et la progression constante de son système. Jésus seul peut nous donner un tel exemple, peut nous permettre de tracer un pareil tableau. Pour Paul, il faut faire violence à l'ordre rigoureux de ses Épîtres pour en retirer une doctrine serrée, compacte, bien en ordre. Nous nous contenterons d'indiquer ici le cadre qu'il conviendrait d'adopter.
L'Evangile paulinien, l'exposé complet de la prédication même de l'apôtre, se trouve sous sa forme positive dans les Grandes Épîtres, sous cette double face, d'un côté Péché, de l'autre Salut. C'est le fond même delà doctrine. Ensuite notïs trouvons trois espèces de développements résultant de trois difficultés que Paul rencontre dans la propagation de son Evangile positif : 1*^ les disciples eux-mêmes sont impatients de voir se réaliser les merveilles de la gloire de Christ ; Paul est obligé d'ajouter à son système toute une partie eschatologique, qui va se développant, se modifiant selon les péripéties de son ministère ; 2^ les Juifs réclament, comme un élément essentiel de l'Evangile, le maintien de leur prérogative nationale; Paul est obligé d'ajouter à son système toute une partie historique, l'examen des plans de Dieu dans la propagation du salut ; 3° les païens sont disposés à regarder comme un élément essentiel de l'Evangile les spéculations philosophiques sur les événements et les expériences qui font le noyau de la doctrine de l'apôtre ; Paul est obligé d'ajouter à son système toute une partie métaphysique, le problème de la nature et de la destinée de Jésus. Enfin nous rencontrons un domaine plus intime, la préoccupation de Paul qui n'aboutit pas à la formation d'un quatrième appendice ; l'Église voit apparaître les divergences de doctrines et le problème se pose des rapports de la foi et de la croyance. Paul a la réponse très facile parce que, de toute évidence, l'hérésie provient ici d'un déficit moral. Aussi il n'y a pas lieu de développer une théorie. Mais Paul sent très clairement que le problème est plus grave et ne parvient pas a l'embrasser dans son ensemble. C'est que l'expérience manque, la rencontre ne s'est pas faite d'un hérétique pieux et moral ; elle n'est pas encore apparue la doctrine
LES POSTULATS DE l/ÊVA>*GlLE PAULINIEN 435
nouvelle s*appuyant sur une foi aussi profonde et une moralité aussi haute que celles que Paul réclame de ses disciples. A d'autres temps, à d'autres serviteurs de Dieu, de résoudre cette question délicate. Pour Paul l'essentiel c'est son évangile psychologique, d'une part le péché vivant dans l'homme naturel, de l'autre Christ vivant dans le régénéré *.
^ Nous nous rattachons de plus près au plan adopté parUsteri, en cherchant à donner moins d*importance aux notions historique^, et à présenter plutôt le côté psychologique. Nous croyons que Baur confond Timpor tance littéraire et polémique de la thèse de la justification par la foi avec l'importance qu'elle a dans la pensée de Paul. Enfin Sabatier a construit admirablement le système théologique du docteur Paul, mais c'est plutôt la pensée religieuse de Tapôtre et du missionnaire qui nous intéresse. En général un exposé dogmatique trop strict, trop systématique, nous paraît en contradiction avec les conditions de la vie de Paul. Co que l'histoire nous permet d'attendre, c'est bien plutôt une pensée centrale très simple et très complète, le noyau, la forteresse inattaquable de l'apôtre et tout autour des travaux de défense contre toutes les attaques que sa carrière et sa pensée ont eu à subir. S'il est une chose certaine, c'est que Paul n'a pas prêché avant tout la justification par la foi, mais bien le salut en Jésus- Christ, il n'a pas eu avant tout et exclusivement un auditoire dejudaïsants, mais bien des âmes qu'il fallait amener à Christ.