JEAN L' APOTRE
tion grandiose et sublime, de consacrer tout un volume à l'exaltation de Christ, de présenter la haute certitude du Maître glorifié, au milieu des tourments cruels et des persécutions atroces infligés aux malheureux disciples par toutes les puissances terrestres déchaînées.
En revanche nous ne pourrons que regretter les accents de haine et de vengeance, tout en comprenant combien ils sont profondément naturels et humains en ces temps douloureux. Nous constaterons seulement que l'amour pour Christ qui comporte encore cette autre face de la haine pour ses ennemis n'est pas arrivé à son dernier point de pureté. Nous estimons aussi que la réponse eschatologique est à elle seule insuffisante. Nous voudrions trouver le côté moral accentué, la démonstration de la supériorité morale de ceux qui sont persécutés et qui souffrent avec patience, sur leurs abjects bourreaux. Mais regretter que cette note ne soit pas clairement ajoutée, ce serait oublier que Jean n'est pas Paul, qu'il ne se livre pas à des analyses psychologiques. Et nous devons être très heureux que la pensée de Jean ne se dirige pas du côté psychologique, où elle n'eût été qu'une pâle répétition de celle de Paul, et qu'elle se prépare au contraire à nous découvrir des horizons nouveaux que Paul nous a fait seulement entrevoir.
Mais comment ce cadre que l'expérience chrétienne générale et le caractère particulier de l'apôtre Jean nous ont permis de dessiner d'avance, va-t-il se remplir de faits précis, d'éléments nettement dessinés ? Tout naturellement et tout simplement Jean va avoir recours aux données de l'apocalyptique juive. Il ne faut pas oublier ici que Jean est un membre fidèle du cercle apostolique, et que son œuvre à ce moment pourrait à bon droit être comptée au nombre des produits littéraires'du cercle apostolique. Il se meut encore entièrement dans la sphère des idées juives sur tous les points où les expériences chrétiennes ne les ont pas modifiées ou complétées. Entraîné à contempler l'avenir, il est impossible que les tableaux bien connus à un Juif pieux ne se présentent pas à lui. Certes il est appelé à les retoucher, à y introduire des détails nouveaux,
à changer la valeur de plus d'un élément, mais il est tout à fidt incapable de rompre avec cette tradition et d'en créer une toute nouvelle. C'est ainsi que les êtres, les images, les faits, tout est emprunté k la pensée juive. Et voilà pourquoi l'Apocalypse présente cette singulière apparence d'un livre à l'inspiration franchement chrétienne, où tous les éléments chrétiens semblent seulement plaqués sur un fond juif. Voilà pourquoi aussi il n'est pas utile de chercher à reproduire la succession des événements indiqués, ni à trouver une réalisa tion historique quelconque.