I. ÉTÉNBMBNTS TERRESTRES
Nous avons cherché à établir comment s'est formée pour Fapôtre Jean la conception de l'Apocalypse. Il nous reste à examiner le livre lui-même. Mais nous nous bornerons à y relever ce qui sort des données habituelles de l'apocalyptique. Nous nous souviendrons que l'intention de Jean est de relever le courage des chrétiens, abattu par les persécutions aux quelles ils sont en butte. Nous avons devant nous une prédication qui s'adresse à la masse du peuple chrétien et qui se complaît dans les images vives et impressionnantes, dans les tableaux terrifiants. Nous n'y chercherons pas la tractation philosophique de cette question très délicate du succès apparent des méchants et de la calamité atteignant les fidèles serviteurs de Dieu. Nous ne devrons nous attendre à trouver qu'une exposition populaire de cette grande pensée que les destinées terrestres ne sont que le reflet d'un drame surnaturel entre Dieu et les puissances du mal. Enfin nous ne nous laisserons pas arrêter par la tournure juive très prononcée de toutes les conceptions et de toutes les descriptions.
456 LA CONCEPTION MYSTIQUE DU CHRISTIANISlfE
Les caractères principaux de la prophétie sont : 1^ TindicatioQ d'un nombre considérable d'ennemis terrestres, que l'auteur voit de tous côtés s'élever menaçants, redoutables contre la petite communauté chrétienne, à savoir le fauiprophète (Apoc, xvi, 13, xix, 20, xx, 10), incarnation de l'obstacle religieux à la propagation de l'Evangile, de l'hostilité des religions déjà établies et qui défendent leur existence et leurs droits ; la prostituée, Babylone, désignant Rome, la maîtresse du monde (Apoc., xiv, 8, xvi, 19, xvii, 1-6, 15-18, XVIII, 1-3), l'incarnation de l'obstacle politique à la propagation de l'Evangile, de l'hostilité de l'institution civile qui se défend contre le nouvel ordre moral et social qu'apporte le christianisme ; enfin la bête (Apoc, xrii, 1-8, 11-18, xvii, 7- 13, XI, 7, xix,19-20, XX, 10), désignant l'empereur romain» et particulièrement Néron, c'est-à-dire la personnification de la persécution administrative et légale, mais à ce qu'il semble résultant d'un caprice du souverain delà terre. Naturellement, et c'est ici une première application de la thèse de l'auteur, ces puissances malfaisantes avec lesquelles les disciples se trouvent directement en contact, ne sont que des émissaires de l'ennemi ancien de Christ, du serpent, du dragon rouge, de Satan (Apoc, xii, 9, 3, xx, 2).
2^ La prolongation des calamités, qui doivent atteindre les disciples en raison même du nombre et de l'importance des adversaires. C'est ici une grande marque de sens de la part de l'auteur, qui ne se laisse pas emporter par son imagination à prévoir ce qu'il désirerait, la cessation rapide, prochaine de toutes les souffrances pour les chrétiens, qui comprend que des obstacles aussi formidables ne seront pas facilement renversés. C'est là aussi du courage et de la foi de sa part, et ce fut un élément du succès de son écrit.
3° Les cataclysmes affreux qui assaillent l'humanité pendant cette longue période de troubles et de luttes entre l'ancien* monde qui va disparaître et le nouveau qui veut se faire sa place. La terre est ravagée de fléaux inouïs et épouvantables.
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4* Le triomphe final de Christ et de tous les saints sur tous leurs adversaires, mais renvoyé pourtant à la fin de longues épreuves.
Sur tous ces points il faut admirer la justesse et la profondeur du regard de ce voyant, inconnu du monde et peu au courant des lois de son histoire, mais éclairé par les lumières supérieures de l'Esprit. Nous voyons que sa foi ne le porte pas à un enthousiasme exagéré et méprisant toutes les don nées de l'expérience. Nous le trouvons au contraire patient et sagace observateur. Comme il a vu avec netteté les obstacles à la propagation de l'Evangile ! Comme il apprécie avec sagesse leur valeur et leur force de résistance ! Comme il distingue avec sûreté quelle cause ils servent, à quel résultat ils tendent ! Il comprend que Dieu tient compte de l'état des choses, et ne procède pas par bouleversements imprévus et inexplicables de la nature et de l'histoire, et sans le dire il entrevoit le rôle important de la liberté humaine que Dieu respecte dans ses écarts et ses débordements. Nous avons ainsi une vue philosophique très haute et très sensée de l'état de la société contemporaine et de ses destinées. Mais ici il nous faut suivre l'auteur dans l'application de sa thèse et nous élever de ces faits historiques justement appréciés, à la contemplation du monde surnaturel qui contient l'explication vraie de tout l'enchevêtrement des événements terrestres.