‹ La pensée religieuse dans le Nouveau TestamentChapitre 76 sur 78 · L'ÉVANGILE MYSTIQUE I. DIEU EST AMOUR · texte numérisé non relu

L'ÉVANGILE MYSTIQUE I. DIEU EST AMOUR

11 nous reste à établir au moyen de l'Evangile et des Epîtres la pensée religieuse de Jean arrivée à son entier épanouissement. Elle s'exprime sous une formule très simple et cependant très complète : L'amour de Dieu, manifesté en Jésus- Christ, produit chez les hommes l'amour pour Dieu et pour leurs semblables ^ Rien de plus vivant, de plus expérimental que cette pensée fondamentale du grand théologien. Il faut, pour l'établir solidement, montrer d'abord que l'amour de Dieu s'est bien manifesté en Jésus, puis décrire d'après l'expérience l'effet que produit tout naturellement sur une âme, la découverte, la connaissance toujours plus intime de cette sublime réalité^.

*■ « Jean est l'apôtre de l'amour. Tout, pour lui, se résume dans ce mot suprême. L'amour de Dieu envers les hommes, voilà tout le dogme chrétien ; l'amour des hommes envers Dieu et envers leurs frères, voilà toute la morale chrétienne. » (Bonifas.)

^ « Jean ne part pas de l'homme et de sa misère, comme Paul, mais de Dieu et de sa perfection. Son premier comme son dernier mot est l'amour. » (De Pressensé.)

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La première thèse de Jean est selon sa propre formule : Dieu est amour. C'est là, non pas le résultat d'une haute spéculation métaphysique, mais des faits historiques tout d'abord. Ces faits acquerront, il est vrai, toute leur signification à la clarté de lumières métaphysiques projetées sur les personnages, en particulier sur la personne de Jésus. Voyons donc comment Jean justifie par les événements Tamour de Dieu. Cet amour éclate tout d'abord dans la préparation par l'Ancien Testament, dans l'éducation donnée autrefois au peuple élu (Jean, iv, 22, i, 16, 17, ii, 17, m, 10, 14, v, 39, 45, VI, 31). Certes Jean n'est plus Juif; pour lui, c'est une époque préliminaire désormais dépassée, mais il y reconnaît les traits distinctifs d'une action de Dieu, qui révèle son amour. Puis cet amour se déploie dans toute sa grandeur par l'envoi de Jésus, messager suprême de sa grâce (Jean, m, 16-18). Et c'est ici que la compréhension de la personne de Jésus, le mystère entrevu de l'incarnation en lui du Logos divin, fait grandir encore la dignité et le prix de celui que Dieu a donné au monde, et accorde une signification profonde, immense à cette manifestation de l'amour de Dieu.

Cependant, même en dehors de cette haute spéculation métaphysique, si peu que soit comprise la valeur exceptionnelle de Jésus, c'est en lui que se manifeste pleinement, suffisamment, définitivement l'amour de Dieu. A ce sujet, en efiet, il faut remarquer que l'Epître est très sobre. Elle se borne à nommer Jésus Fils unique de Dieu (I Jean, iv, 9, 14), envoyé dans le monde comme Sauveur du monde. Elle ajoute que Jésus est venu, passant par l'eau et par le sang, c'està dire évidemment par le baptême et par la mort (I, v, 6). Cela doit être une réfutation ou du moins une revendication historique opposée au docétisme, et une allusion à son abaissement volontaire d'une part, à son sacrifice de l'autre. Jésus a donné sa vie pour nous (I, m, 16). Il n'y a dans ce langage de l'Epître rien qui dépasse le niveau du cercle apostolique. Mais en revanche, l'Evangile est dans son ensemble une démonstration, ou plutôt une affirmation

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de rincarnation du Logos. C'est donc à cause de la valeur sublime qu'elle donne à l'amour de Dieu manifesté parle don de Jésus, que la doctrine du Logos semble si importante à Jean, et elle doit servir à ce but seulement de mettre en une clarté plus haute et plus éblouissante l'amour de Dieu pour le mondée

Cet amour s'affirme et se développe par l'œuvre magnifique accomplie en faveur de notre humanité par ce messager divin, et plus cette œuvre est comprise en relation avec la dignité du messager et l'abaissement et le sacrifice qu'elle réclame de lui, plus elle devient touchante, attendrissante pour notre cœur. Jésus est venu de la part du Père manifester la vie éternelle et nous en faciliter l'accès (1 Jean, i, 1-4, ii, 25). Pour cela il a dû tout d'abord faire la propitiation pour nos souillures, en versant son sang pour nous, sang précieux qui nous purifie de tout péché (I, i, 7, n, 2, iv, 10). Si nous ne voulons pas avoir ici une intrusion de la pensée juive de la propitiation d'après les modes et formes de l'ancienne alliance, «n contradiction avec l'idée fondamentale de l'Evangile, dont la formule exacte serait que Dieu n'a pas à être rendu propice au pécheur pour la simple raison qu'il Taime, il faut interpréter la pensée de Jean ainsi : par le sang de Jésus répandu, c'est-à-dire par son sacrifice, Dieu est non pas rendu, mais montré propice, et nos péchés apparaissent lavés, non pas à Dieu, mais à nos propres yeux, — l'homme se tient pour purifié.

Cette première fonction de montrer Dieu propice, comme il Test réellement, est preuve de l'amour de Dieu, puisque Dieu ne veut pas que les hommes ignorent cette vérité consolante, mais c'est aussi une preuve de l'amour de Jésus, puisqu'elle exige son sacrifice. Ensuite Jésus remplit auprès du Père le

* Nous croyons cette interprétation plus juste que celle de M. de Pressensé : « L'amour du Verbe ne peut se répandre largement sur le monde, s*il n*est pas aflranchi de ce que sa manifestation terrestre sur un point de Tespace et du temps, a de local et de restreint. »

rôle d'avocat, de défenseur des siens (I, ii, 1). Et si Ton songe que celui qui s*abaisse à la mort de la croix, et qui désormais se dévoue à la protection de ses disciples, est le Logos divin, cet amour qui se manifeste prend des proportions telles que le cœur le plus dur en est subjugué. Le résultat de l'œuvre de Jésus, c'est que nous sommes appelés enfants de Dieu, ce que nous sommes bien réellement (I, m, 1). Jésus a ainsi détruit l'œuvre du diable (I, m, 8), et il nous a donné l'intelligence du vrai Dieu (I, v, 20).

Cet amour de Dieu se manifeste encore constamment dans la continuation et l'appropriation individuelle de l'œuvre du salut par le moyen du Paraclet, du Saint-Esprit (Jean, xiv, 16, 17, 26, XV, 26, xvi, 7, 13). A ce sujet, nous ne trouvons pas de développement sous la plume de l'apôtre. Nous devons relever seulement cette tentative de mettre sous une forme accessible aux Grecs la notion hébraïque de l'Esprit, qu'on doit rapprocher de cet essai de faire comprendre aux Gentils toute la richesse profonde de la conception juive du Messie en le désignant du nom de Logos ^ Enfin cette œuvre d'amour sera couronnée par laParousie glorieuse de Christ, dont l'approche est annoncée par l'apparition de l'antichristianisme (I Jean, ii, 18).

Voilà bien exposée dans toute sa largeur l'histoire du salut de l'humanité pécheresse, qui est un témoignage constant et constamment renouvelé de l'amour infini de Dieu. Après avoir parcouru d'un vol ces sommets de l'histoire, l'apôtre a bien le droit de conclure : Dieu est amour. Si l'apôtre ajoute sous une autre forme : Dieu est lumière (I Jean, i, 5), nous savons qu'il ne faut pas entendre par là qu'il est maintenant compréhensible, clairement révélé, mais que son œuvre de

^ < Il n*est pas possible de distinguer entre l'action du Paraclet et celle que s'attribue Christ dans le ciel, alors qu'il promet de demeurer dans les siens pour être leur lumière et leur force. » (De Pressensé.)

« Il n*y a pas de plus haute manifestation de son amour, que si le Dieu vivant lui-même demeure en nous. » (Weiss.)

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salut comprise fait de Dieu la source de toute lumière pour le cœur et la volonté et la pensée. Ce qui achève de mettre eu pleine clarté la grandeur de Tamour de notre Dieu, c'est son initiative (I, iv, 10, 19). Ce n'est pas nous qui l'avons aimé les premiers, mais tandis que nous étions indifférents ou hostiles, il nous a aimés le premier.

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