‹ La pensée religieuse dans le Nouveau TestamentChapitre 77 sur 78 · LE CHRÉTIEN EST AVOUE · texte numérisé non relu

LE CHRÉTIEN EST AVOUE

Cette première thèse établie, Jean en vient au résultat que cette œuvre de Dieu doit produire chez les hommes. Il faut qu'ils cessent de marcher dans les ténèbres (IJean, i, 6, 7), ce qui ne signifie pas la franchise de la conduite, mais l'effort pour s'arracher au joug du péché. En effet, tous les hommes sont pécheurs, celui qui en doute ou qui le nie est dans l'illusion la plus dangereuse (I, i, 8, 10). Il faut bien plutôt que les hommes confessent leurs péchés, leur état de péché, s'en remettant à la fidélité et à la justice de Dieu, pour les leur pardonner (I, i, 9, ii, 12). Alors, si même leur cœur les condamne, ils peuvent se rassurer (f, m, 19, 20). Dieu est plus grand que leur cœur. Il connaît tout.

Nous le voyons, la pensée de Jean ne s*arrête pas sur ce point qui est pourtant la grosse question psychologique : Comment l'homme reconnaît-il le besoin du salut, comment l'homme se rend-il compte qu'en Jésus il trouvera son salut, comment, par quelles expériences l'homme pécheur devient-il réellement sauvé ? C'est que pour l'apôtre Jean, il n'y a là aucun souvenir de son expérience personnelle. Les choses se sont passées pour lui si naturellement, presque sans qu'il y prît garde, qu'il attend pour tous les hommes la même facilité, et s'il se rendait compte que son cas à lui est exceptionnel, il n'aurait aucun conseil à donner, il ne pourrait fournir aucune description, aucune analyse de processus qui ne se

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sont pas présentés avec netteté et précision k sa propre conscience. Ainsi pour Jean, le problème, la question importante n*est pas celle de la conversion, mais bien celle de la production dans le cœur humain de Tamour pour Dieu. Il est bien clair que nous avons ici les deux faces d'une même question : le converti arrivera nécessairement à aimer Dieu, celui qui aime Dieu se convertira nécessairement. Mais Jean se borne à Texamen, ou plutôt à l'exposition de celle de ces deux faces qu'il connaît par expérience ^

Les hommes doivent répondre à l'amour souverain de Dieu, dont rèffet immédiat est de les faire passer des ténèbres à la lumière, par de l'amour reconnaissant, qui s'adresse d'abord et directement à Jésus-Christ (Jean, xrv, 23, xv, 4). Cet amour est si profond, si intime, qu'il s'appelle être en lui, demeurer en lui. Ainsi l'amour que Christ leur a témoigné arrache les hommes à eux-mêmes pour les livrer à Christ. Les hommes doivent donc cesser de marcher dans l'égoïsme pour vivre désormais en et pour Christ.

La manifestation directe de cet amour, c'est l'obéissance à ses commandements (Jean, xiv, 15, 21, xv, 9-10; Jean, xii, 34-35, XV, 12, 17; IJean, ii, 3-6), la fidélité à suivre ses traces. Or le commandement de Jésus, ancien par son contenu, mais nouveau par sa provenance et par le mobile qui le fait respecter, c'est l'amour fraternel (I, ii, 7-11, m, 11 ; II Jean, 6). Les hommes doivent cesser de marcher d'une manière intéressée pour vivre désormais dans la charité. Celui qui en est venu à ce point d'aimer comme un frère tout prochain, celui-là n'a plus aucun sujet de péché (I Jean, ii, 10). Mais celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, montre par là qu'en réalité il n'aime pas le Dieu invisible (I, iv, 20-21). En effet, l'amour pour Christ d'une part, l'amour fraternel de l'autre, ne sont que les deux manifestations pratiques, les deux

^ « Selon Paul, il s*agit de mourir pour naître et, selon Jean, de naître pour vivre. » (Reuss.)

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seules applications possibles du véritable amour, disposition du cœur, n'ayant qu'un objet légitime, Dieu lui-même.

Il faut que l'homme choisisse entre le monde et Dieu, parce que ce sont deux amours incompatibles, l'amour du monde est inimitié contre Dieu (I Jean, ii, 15-17). Mais Dieu a témoigné tant d'amour à l'homme, que le choix doit être vite fait. D'ailleurs lé monde est fragile et passager, au lieu que Dieu est immuable et que celui qui fait sa volonté demeure éternellement. Celui qui a préféré l'amour de Dieu, marche sur les traces de Christ, pratique la justice comme Jésus est juste (I, ir, 29, 111,7), se purifie comme Jésus est pur(I, m,. 3), ne pèche plus comme Jésus est sans péché ( v, |18). Cet amour fait de lui un enfant de Dieu, il est comme né de Dieu. Seulement la conséquence pratique immédiate, c'est la haine que le monde lui fait sentir (I, m, 13, Jean, xv, 18-21, xvii, 14). En revanche, celui qui a préféré l'amour du monde est comme issu du diable, il est comme naturellement porté au péché, à la violation de toute loi (I, m, 4-8). Pour reconnaître pratiquement où un homme se trouve, il suffit de savoir que celui qui ne pratique pas la justice et n'aime pas son frère, n'est pas issu de Dieu (I, m, 10). Il y aencore cette difierence, qu'aimer le monde ce n'est pas aimer c'est plutôt haïr, c'est être dans la mort (I, lu, 14-15) ; tandis qu'aimer Dieu et aimer son prochain, c'est aimer, c'est passer de la mort à la vie. Quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu (I, rv, 7). Mais il importe que cet amour ne se renferme pas seulement en belles phrases, qu'il soit une vérité intérieure qui se manifeste en actes et qui aille au besoin, comme celui de Jésus, jusqu'au sacrifice de sa vie pour ses frères (I, m, 16-18).

Ainsi le but de Dieu en nous manifestant en Jésus tout son amour, c'est que nous donnions toute notre confiance à son Fils Jésus-Christ et que nous nous aimions les uns les autres (I, III, 23). Alors quand ce résultat est obtenu, Dieu demeure en nous, et nous le constatons à l'esprit nouveau qu'il nous donne, à la part qu'il nous fait de son Esprit (I, m, 24, iv, 11-

13). Désormais nous ne connaissons plus la crainte, nous sommes pleins d*assurance pour le jour du jugement (I, nr, 17- 18). Nous sommes au contraire toujours dans une joie parfaite (t, I, 4 ; II, 12). C*estlà toute la religion, toute la victoire de la foi sur le monde : aimer Dieu, pratiquer ses commandements, aimer les enfants de Dieu (I, v, 1-5). Et elle apporte avec elle le témoignage intérieur de Dieu qu'il nous a donné la vie éternelle * (I Jean v, 9-13 ; Jean m, 36). Désormais nous pouvons demander à Dieu avec pleine assurance d'être exaucés (I,iii, 21-22), si nous demandons selon sa volonté, en sorte que nous pouvons par avance regarder comme reçu ce dont nous avons besoin (I, v, 14-15). Etceprivil^e devient sacré quand il s'exerce dans l'intercession pour les pécheurs, intercession qui ne trouve sa limite que dans l'énormité d'une faute entraînant la mort (I, v, 16-17).

Ce que le chrétien possède ainsi est inébranlable, immuable (II, 1, 2). Quand il a réellement connu d'expérience cette vérité, elle demeure éternellement en lui. L'âme du disciple est alors en si parfaite prospérité que le seul souhait qu'on puisse former, c'est que l'état de ses affaires et de sa santé soit aussi satisfaisant (III, 2).

^ « L*anion parfaite de la créature et du Créateur par le Verbe, c^eat le dernier mot de la doctrine de Tamour ; au delà il n'y a plus rien. » (De Pressensé.) «c La théologie mystique ignore la différence que Ton peut faire ailleurs entre la yie présente et la vie future. Dans le développement de Texistence individuelle , le moment décisif, le point culminant n'est pas celui où le corps meurt, mais bien celui où TAme conmience à vivre de sa vie réelle, seide digne de ce nom. » (Reuss.)

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