‹ La pensée religieuse de Joseph de Maistre; d'après des documents inéditsChapitre 40 sur 101 · Œuvre», XIII, p. 189, et II, p · texte numérisé non relu

Œuvre», XIII, p. 189, et II, p

clamant tyrannique le gouvernement qui sert les intérêts du chef au détriment de la nation, et déclarant que renverser un tel gouvernement n'est pas une sédition, à moins que de cette révolution faite à contretemps ou mal conduite il ne résulte plus de mal que de bien pour la nation. Et dans le traité sur le Gouvernement des Princes, attribué au même saint Thomas, la menace se précise : « S'il appartient de droit à la multitude de se donner un Roi, elle peut sans injustice condamner à disparaître le Roi établi par elle (rexinstùutus potest destrui), ou mettre un frein à sa puissance s'il abuse tyranniquement du pouvoir royal ». Le Jésuite Suarez, au début du x vu* siècle, autorise la nation à déposer et à chasser, « sur l'avis conforme, rendu public, des cités et des grands », le Roi légitime qui gouverne tyranniquement : car le droit naturel, explique t-il, permet de repousser la violence par la violence ; et puis le cas de résistance légitime, indispensable au salut de la société, est toujours inclus dans le contrat premier par lequel la nation a transféré son pouvoir au Roi*.

1. Voir les textes dans Féret, Le pouvoir civil devant renseignement catholiqite (Paris, Perrin, 1888), et l'épilogue de notre livre: Une ville Eglise: (Jenève (Paris, Perrin, 19i9). Dès le XI* siècle, le théologien alsacien Manegold, commentateur de la pensée de Grégoire VII, frappe de déchéance le roi qui devient

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(h en luco do co Jésuite un théologien se dressa, pour représenter dans sa plus abrupte rigueur la doctrine de l'absolutisme royal ; et c'était un fils spirituel de la Réforme, le roi «rAngleterro Jacques I*'. Et l'on se tromperait en prêtant à tout le protestantisme français du XV II" siècle les doctrines d'un Jurieu sur la souveraineté du peuple : ce serait oublier les déclarations théologiques sur le droit divin des rois, faites en iir,\9 au synode national de Loudun, et le Traité du pouvoir absolu des souverains, que publiait, Tannée même de la Révocation de l'édit de Nantes, le pasteur Merlat*.

Au demeurant, par une construction de l'esprit, analogue à celle que sous nos regards Maistre ((hlie, on pourrait soutenir, au rebours de Maistre, que les réformateurs du xvi* siècle, ayant trop souvent permis aux princes d'établir sur leurs Eglises une sorte de césaropapisme, laissèrent ainsi s'éclipser la distinction même entre César et Dieu, apportée dans le monde par le christianisme, et que sur les ruines de cette distinction devaient nécessairement s'épanouir des

tyran (Fliche, Saint Grtgcirt VU, p. it5-ir7. Ptrit, OtbakU, IH21).

1. Frank Puaux, Les défenseurs de la mwtrûinête du peupU <'>us le règne de Louis XIV, p. 13-14 rt 2S-1S (Ptris. Fischb»- ' her, 1917).

absolutismes religieux tels que celui de la vieille cité genevoise, des absolutismes politiques tels que celui des Hohenzollern. Et dans ces conclusions, comme dans celles de Maistre, il y aurait une part de vérité, mais rien qu'une part. Car les exactes nuances de l'histoire ne s'asservissent pas forcément aux conclusions du raisonnement ; elle ne serait pas ondoyante et diverse, comme l'homme lui-même, si le jeu des libres volontés y était passivement gouverné par le jeu de la dialectique, tel le corollaire qu'un théorème commande.

Maistre cite Suarez et surtout Bellarmin^ mais par son insistance à présenter le catholicisme comme le champion systématique de la souveraineté politique, il s'apparente sans le vouloir aux théologiens gallicans qui soutinrent le droit divin des rois, plutôt qu'à ces deux représentants de l'exacte doctrine romaine sur l'origine divine du pouvoir. L'étude plus attentive de l'histoire, une familiarité plus intime avec l'institution de la Papauté l'amèneront, dans le livre du Pape,

1. Bellarrain est déjà cité dans Y Elude sur la souveraineté {Œuvres, I, p. 389); dans une lettre à Blacas au début de 1812, Maistre dit de lui qu'il « n'a point de supérieur, pas même Bossuet ». (Daudet, Jo eph de Àlaistrc et Blacas, p. 154), et il refait son éloge dans les Soirées. {Œuvres, V, p. 121, n. i.) Pour Suarez, voir Œuvres, VIII, p. 210.

à glorilicr la Papauté du moyen Age comme con»tituéc pour fairo é(|uilibro aux souvorainetéê temporelles et pour leur servir do frein * > ; il aimera iiiii'|ii*i !(;» limites imposées i\ l'absolutisme divin. Mais tout on mémo temps il continuera de vouloir arcbouter contre rédifico séculaire do TEglise la fragilité branlante des trônes: c 11 faut quo la religion refasse la monarchie », écrira- t-il à Boiiald, « ot c est ce qui arrivera, malgré toutes ' > apparences contraires* ». Passer outre aux

[tparences contraires >, ce sera, d'un bout à i litre du XIX* siècle, l'erreur des ultras,

Tn jour Léon XIII constatera que par leur l'inlongation, par leur constante récidive, ces n apj)€a'ences contraires i ont pris l'éclat d'évid(ncos: et larcliaïsme politique qui voulait lier I • iiis. .!(> la religion et celle de la < légitimité »

i définitivement disgracié. Mais la pensée de i\iai>tro avait une telle richesse de nuances, une t( Ile ampleur d'horizons, que ces ultras mêmes (]iii le citaient comme leur père intellectuel (lissent pu prévoir, en le lisant, l'échec de leurs illusions. N'avait-il pas écrit en 1809 :

Tous nos projets nous échappent comme des ii^'os... J'ai couservé, tant que j'ai pu, Tespoir que

Œuvres, 11. p. 255-Î57.

Œuvres^ XiV, p. 111; cf. XII, p. ^3.

les fidèles seraient appelés à rebâtir l'édifice, mai il me semble que de nouveaux ouvriers s'avancen dans la profonde obscurité de l'avenir, et que S. M. 1; Providence dit : Ecce nova facio omnia* ».

Et si Dieu se montrait plus novateur que Maistre, comment Maistre, h l'avance, n'eCit-il paj été soumis ?

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