Descostcs, op. cit., II, p. 2'ù
2. Descostes. oo. cil,, I, p. 298 et 307 : t Eloge de Victor Ame- .h;- ni .>.> nous est conou que par les copleoset ciuUoos d« ^ -tes.
phie politique le mettront aux prises avec Jean- Jacques, « l'homme du monde, peut-être, qui s'est le plus trompé », cet homme qu'il faut « veiller sans relâche et surprendre lorsqu'il laisse échapper la vérité par distraction*. » Mais en 1777, les sénateurs qui écoutaient le Discours sur la Vertu durent discerner, dans le jeune orateur, un écolier de Jean-Jacques.
(( Représentez-vous, leur disait-il, la naissance de la société : voyez ces hommes, las du pouvoir de tout faire, réunis en foule autour des autels sacrés de la patrie qui vient de naître : tous abdiquent volontairement une partie de leur liberté; tous consentent à faire courber les volontés particulières sous le sceptre de la volonté générale, la hiérarchie sociale va se former ^. »
Nous avons là, réédité pour des auditeurs savoisiens, le roman du philosophe de Genève sur les origines du corps social, ce roman contre lequel, un jour, Maistre mobilisera ses sarcasmes ; et Maistre souhaitait que « nos citoyens rassemblés fussent maîtres de nous demander compte de notre conduite. »
Sept ans après avoir célébré la vertu, il définis-
\. Œuvres, I, p. 56 et 81; cf. Pierre-Maurico Masson, Rousseau et la restauration religieuse, p. 276 (Paris, Hachette, 1916).
2. Discours inédit sur lu vertu, dans Descosteg, Joseph de Maistre orateur, p. 14 et 10 (Chambéry. Pcrriii, 1S!UiV
sait, dans une autre tiarauguc, le r.ir i.t, i. .-xt.rieur du magistrat. Autour do lui, les h«'nalcur», devant lui, la € nation ». Et tout son diftcouni, portrait du magistrat idéal, invitait la nation ï regarder la réalité, c'esi-à-diro les membres du Sénat, et à confronter. Tant pis pour eux, s'ils répondaient mal aux définitions du substitut, c Le public, leur signifiait-il, vous compare à ce tableau 01 juge les justices *. »
Efkt-il aimé, plus tard, ces idées et ces expressions? J'en doute fort, et je doute aussi que le Maistrodes Considérations se fût volontiers reconnu dans certain mémoire de Tannée 1788, où s'appuyant sur c Tétincelant Mirabeau >, il dénonçait la. « tendance malheureuse » de la puissance souveraine < j\ vouloir tout voir et tout faire », le « crime > que Ton fait aux peuples de c croire qu'ils ont des droits », leur c prodigieux abrutissement dans la plupart des monarchies* ».Maistre (Mî 181 r» écrira : « Il faiif absolument tuer Tesprit
1. tH-nvrea, VU, p. 11. En JaOTier nss.litaotrécrUdeNeekw sur VAdminvitraHon des finances, Manlre éXAïtionthtnnfOL d'y tr<)uyer certaines idées qu'il avait lai-méroe émisM Discours sur le caractère extérieur dm magùir^. (] Joseph de Maistre pendant ta Hcvotution^ p. S97 (Tourt, '. isor)).
2 Mémoire sur la ténalité des charges, publié par CléllMat dt Paillette, Livres d'hier et d:autrefois, p. 16^171 (Paris, Poussielgue, 1896).
du XVIII* siècle* », mais, pour l'instant, la langue du siècle le grisait, Tesprit du siècle le frôlait; et M"' Swetchine, sa confidente de Saint-Pétersbourg, diagnostiquera plus tard qu* « il n'avait pu se soustraire entièrement au prestige de l'éloquence de Rousseau-. »
La postérité connaîtra, sur l'Inquisition espagnole, tout un livre signé Maistre : ce sera un plaidoyer, presque une apologie. Mais en 1775, au cours de son Eloge de Victor- Amédée, M. le substitut, tout d'un coup, prenait des réquisitions, et c'était contre les inquisiteurs, coupables de « certains sacrifices mille fois plus horribles que ceux que nos ancêtres offraient à l'affreux Tentâtes' ». « Voltaire, écrira-t-il en 1818, n'a jamais été dans ma bibliothèque * » : il parlait pourtant de l'Inquisition comme l'auteur du Traité sur la Tolérance, C'était l'usage, dans cette petite Savoie, de « faire venir ses opinions de France comme ses étoffes^ » : les discours de Maistre s'en ressentaient un peu; et même il confessera plus tard que, dans ses « belles années », sa « jeune foi