‹ La pensée religieuse de Joseph de Maistre; d'après des documents inéditsChapitre 64 sur 101 · I. <4:iurrs. MU · texte numérisé non relu

I. <4:iurrs. MU

LES ESPOIRS DE 1812 ET LES DÉCEPTIONS DE 1815; LA DOUBLE DISGRACE DE MAISTRE ET DES JÉSUITES; LE LIVRE DE STOURDZA.

Vers 1812, une brève période s'ouvrit, qui parut autoriser beaucoup d'espoirs. Alexandre lisait la Bible et des livres de piété; et si nous en jugeons par son petit écrit : De la littérature mystique, adressé à sa sœur Catherine Pavlovna, il rangeait saint François de Sales et sainte Thérèse, l'Imitation et Tauler, à côté d'ouvrages illuministes, parmi les livres « les plus dignes de confiance et les plus sûrs ». Théologiquement même, — Maistre le sut-il? — le Tsar admettait, dans une lettre datant de 1813, que le Saint-Esprit procédait du Fils aussi bien que du Père * ; il n'était

1. Pierling, Alexandre I" est-il mort catholique? 2* ëdit. (Paris, Bcauchesne, 1913.)

'pa» sans importance que les sentiments intimrA du Chef de l'Église russe abolissent ainsi la divcrfçence séculaire entre l'Orient et l'Occident. Des influences de l'illuminisme martiniste gagnaient l'esprit du Tsar; et Maistre estimait, nous le savons, que le martinisme, dans les nations séparées, pouvait agir heureusement sur les contciences.

Mais il apparut bientôt que M** de Krtldner et autres illuminés acheminaient Alexandre, non point vers le catholicisme, mais vers une sorte de syncrétisme religieux qui, sous le nom de (hristianisme universel, distinguait arbitrairem(mt entres dogmes fondamentaux et non fondainontaux : la convention de la Sain le- Alliance exprima cette tendance. Maistre l'épluchait, la critiquait, diagnostiquait que l'esprit qui l'avait dictée était f aussi bon dans les communions séparées que mauvais dans la confession catholique », et finissait par croire que cette promiscuité profiterait au catholicisme, puisque aucune autre confession chrétienne n'avait une pareille force de prosélytisme*.

Or, à ce même moment, avec ses Bibles et se* livres sterling, la succursale ouverte à Pélers-

I iEuvres, XIII, pp. 162-163 et 2S2-2i3. et II. pp. 3I»-33T.

bourg, en 1811, par la Société biblique de Londres, visait à la conquête spirituelle de la Russie, et même du catholique duché de Varsovie ^ C'est une machine socinienne, disait Maistre-; et les prohibitions papales portées contre la Société biblique étaient formelles. Alexandre voulait enrôler les Jésuites dans la Société biblique. Ils durent refuser. Maistre, alors, sentit leur prestige pâlir ; bien qu'ils n'eussent jamais tenté d'insinuer à leurs élèves,

— nous avons à ce sujet un témoignage très formel de l'historien Viazemski ^, — « que l'Eglise romaine fût plus élevée et plus propice au salut de l'âme que l'Eglise orthodoxe », la conversion d'un jeune Galitzin fut imputée à leur influence*; et cette Société de Jésus que Pie VII venait de rétablir dans le reste du monde était, en décembre 1815, expulsée de Saint-Pétersbourg, et quatre ans plus tard de tout l'Empire.

Maistre, endolori, méditait. L'entente des trois Mages, — ainsi désignait-il les augustes signataires de la Sainte-Alliance, — cette entente, qui

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