‹ La pensée religieuse de Joseph de MaistreChapitre 21 sur 109 · Bord, op. cit., I, p · texte numérisé non relu

Bord, op. cit., I, p

2. Lettre de la duchesse de Montmorency-Laval (Constance de Maistre), publiée par le P. Dudon, Eludes, 20 novembre 1910, p. 504.

diait la question du serment maçonnique. Il ne lui échappait pas que Benoît XIV avait « attaqué la place par le côté faible » en niant qu'on pût licitement jurer de cacher quelque chose à la puissance civile si l'on était interrogé légalement par cette puissance. Quelque peu gêné lui-même, semble-t-il, par son propre respect pour la souveraineté, Maistre essayait d'un peu de casuistique :

« On peut soutenir que, dès que nous sommes sûrs dans notre conscience que le secret maçonnique ne contient rien de contraire à la religion et à la patrie, il ne concerne plus que le droit naturel, et que nous ne sommes pas mieux obligés de le révéler au gouvernement que le secret de nos amis, que nous pouvons refuser aux tribunaux suivant des moralistes philosophes. »

Et puis, comme s'il sentait chanceler ses pas sur ce terrain très mouvant, il ajoutait : « Au surplus, on désirerait voir cette question traitée par les Frères réunis avec plus d'étendue qu'on ne peut le faire ici. »

Là-dessus, Frère J.-M. A Floribus prenait congé de Son Altesse Sérénissime en s'excusant d'avoir été si long : « Le zèle est parleur, quand la bonté l'interroge ». Onze ans plus tard, mentionnant dans sa lettre à Vigiict des Etoles le

convent de Wilhelmsbad, en vue duquel ce mémoire avait été rédigé, et où la loge de Chambéry avait été représentée par un Lyonnais, Maistre dira cavalièrement : « Toute assemblée d'hommes dont le Saint-Esprit ne se mêle pas ne fait rien de bon. Chacun s'en retourna avec ses préjugés ». On pourra toujours écrire l'histoire du convent de Wilhelmsbad sans s'occuper beaucoup du programme qu'avait tracé Maistre et que Brunswick ne remarqua peut-être point; mais on ne pourra plus écrire l'histoire de Maistre sans retenir le portrait même que ce document nous présente. C'est le portrait d'une intelligence aventureuse au service d'une conscience catholique.

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