Œuvres, X, p
4. Descostes, Joseph de Maistre pendant la Révolution, p. 436.
Hormis l'honneur, nul souci ^; et qui, confiant en la Providence, écrivait un jour : « Si je vous faisais sentir la main cachée qui me conduit visiblement, sans que je m'en mêle, vous approuveriez l'espèce de fatalisme raisonnable que j'ai adopté^ ». Et ce fatalisme même l'agenouillait devant le devoir, sans qu'il cherchât à savoir ce qui en adviendrait. « Dans les révolutions, professait-il, chacun doit prendre le chemin tracé par la conscience, sans jamais examiner où il aboutit' ». Aussi fiévreusement curieux de l'avenir de l'Europe que volontairement incurieux de son propre avenir, il interrogeait Dieu sur tout, sauf sur ses propres destinées, remises une fois pour toutes aux mains de Dieu.
Un révolté, occupé de ressasser ses amertumes, n'eût jamais eu la lucidité d'esprit nécessaire pour deviner dès 1794 qu'avec ce désagrément personnel qui s'appelait la Révolution, une époque universelle commençait. Il fallait être, d'ores et déjà, le philosophe des futures Soirées de Saint- Pétersbourg, pour atteindre dès 1797 aux intuitions historiques des Considérations, et ces intuitions sanctionnaient l'attitude religieuse d'une